Avant Lyon, il y avait Lugdunum

Résumé IA
Une décision du Sénat romain en 43 avant Jésus-Christ mène à la fondation de Lugdunum, future Lyon, sur la colline de Fourvière. Le légat Lucius Munatius Plancus trace la ville, qui devient capitale des trois Gaules sous Auguste, et Claude y naît en 10 avant Jésus-Christ. Lyon perpétue cet héritage romain, toujours visible sur la colline de Fourvière.
Il y a plus de deux mille ans, une décision prise à Rome a donné naissance à l'une des plus grandes villes de France.
Avant les soyeux, avant les bouchons et avant la Fête des Lumières, il y avait une colline, un général et l'ordre du Sénat.
Une colonie née dans le chaos de Rome
Il est des dates que la France aurait tort d'oublier. Le 9 octobre de l'an 43 avant Jésus-Christ en fait partie.
Ce jour-là, un légat romain pose les fondations d'une ville appelée à traverser les siècles. Il s'appelle Lucius Munatius Plancus. Ancien officier de César, proconsul en Gaule, il fonde sur la colline de Fourvière la Colonia Copia Felix Munatia Lugdunum. Le site domine le confluent du Rhône et de la Saône.
Deux mille ans plus tard, cette colonie porte un autre nom. Lyon est aujourd'hui la deuxième métropole de France, avec plus d'un million d'habitants.
On ne comprend pas une nation sans regarder ses fondations. Celles de Lyon sont romaines, solides, et elles disent beaucoup de ce qu'est la France : un héritage, une continuité, une civilisation.
Le contexte n'a rien de paisible. Jules César vient d'être assassiné. Rome vacille, les ambitions s'affrontent, la République se déchire.
Dans les mois qui suivent, le Sénat donne un ordre clair à deux généraux, Lépide et Plancus, qui commandent alors les légions de Gaule : fonder une colonie sur la colline qui surplombe la rencontre de la Saône et du Rhône.
L'emplacement n'a rien d'un hasard. De nombreuses routes y convergent et relient les différentes régions de la Gaule. Tenir ce point, c'est tenir un carrefour.
Les Romains ne s'installent d'ailleurs pas sur une terre vide. Des Gaulois vivent déjà à proximité, dans un village nommé Condate, sur la presqu'île, entre la colline de la Croix-Rousse et l'actuelle place Bellecour. Le Lyon d'aujourd'hui porte encore la trace de cette double origine, gauloise et romaine.
Plancus agit avec méthode. Il trace le decumanus, l'axe est-ouest de la future cité, à l'endroit où se dresse aujourd'hui le musée gallo-romain. Une ville romaine commence toujours ainsi : par une ligne droite, un ordre, une organisation.
Le nom évolue rapidement. Colonia Copia Felix Munatia devient bientôt Copia Lugdunum. Quant à Lugdunum, futur Lyon, le terme signifierait en gaulois « la colline du dieu Lug ». Rome a conquis, mais elle a aussi gardé le nom que la terre portait.
Lugdunum, capitale des trois Gaules
Le véritable essor vient avec Auguste, héritier de Jules César.
Sous son règne, son gendre Agrippa réorganise la « Gaule chevelue », c'est-à-dire la Gaule conquise par César. Elle est divisée en trois provinces : la Lyonnaise, l'Aquitaine et la Belgique. Sur le littoral méditerranéen, la Narbonnaise, romanisée depuis plus longtemps, conserve son statut de province sénatoriale.
Lugdunum se retrouve au centre du dispositif.
En 16 puis en 14 avant Jésus-Christ, Auguste séjourne en Gaule. Il fait bâtir à Lugdunum le premier théâtre des Gaules. L'édifice reste modeste, avec 4 500 places, mais le symbole est immense : la culture romaine s'enracine sur le sol gaulois.
La ville devient alors la capitale commune aux trois Gaules. Plusieurs empereurs y séjournent. Ce n'est plus un simple avant-poste militaire, c'est un centre de pouvoir.
Un empereur né à Lyon
Un fait résume à lui seul le prestige de la cité. Le 1er août de l'an 10 avant Jésus-Christ, un enfant y voit le jour. Il deviendra l'empereur Claude.
Sa généalogie parle d'elle-même. Il est le fils de Drusus, beau-fils d'Auguste, et d'Antonia, fille de Marc-Antoine. Le sang des plus grandes familles de Rome coule dans les veines d'un enfant né sur les bords du Rhône.
Un empereur romain né en Gaule. Voilà ce que fut Lugdunum.
Un héritage que la France doit assumer
Il est de bon ton, dans certains cercles, de regarder l'histoire de France avec gêne, comme une suite de fautes à expier. L'histoire de Lyon rappelle autre chose.
Elle rappelle que la France s'est construite par strates, par héritages successifs, par la rencontre entre un peuple gaulois enraciné et une civilisation romaine qui apportait le droit, les routes, l'urbanisme et la culture. Rien de cela ne relève du mythe. Le decumanus tracé par Plancus, le théâtre voulu par Auguste, le statut de capitale des trois Gaules sont des faits.
Les touristes qui gravissent aujourd'hui la colline de Fourvière marchent sur les traces de cette fondation. Les ruines du théâtre antique, le musée gallo-romain, la vue sur le confluent : tout raconte la même histoire.
Celle d'une ville qui n'est pas née d'hier. Celle d'un pays qui a des racines profondes et qui n'a aucune raison d'en rougir.
Le 9 octobre, Lyon souffle ses bougies. Plus de deux mille ans d'histoire, et une leçon toujours actuelle : une nation qui connaît ses origines sait d'où elle vient, et sait où elle va.
(Crédit photo : CCO public domain)



