Îles Loyauté : 4 milliards dans le rouge

Résumé IA
Mercredi à Wé-Lifou, la Province des Îles Loyauté a voté son budget primitif 2026, affichant un déficit de près de quatre milliards de francs CFP. Suite aux observations de la Chambre territoriale des comptes, elle doit provisionner des subventions versées sans justificatifs, notamment à l'ASEE et à Air Loyauté.
Près de quatre milliards de déficit, des subventions versées sans justificatifs, des aides retoquées par l'État.
Mercredi à Wé-Lifou, la Province des Îles Loyauté a surtout passé la séance à corriger ses propres copies.
Un budget dans le rouge, des comptes sous tutelle
L'assemblée de la Province des Îles Loyauté s'est réunie ce mercredi. Finances, développement économique, sport, orientations de mandature : l'ordre du jour était chargé.
Mais à y regarder de près, un fil rouge traverse la séance. Une bonne partie des délibérations ne relève pas d'une initiative politique. Elles répondent à des observations extérieures.
Celles de la Chambre territoriale des comptes. Celles du représentant de l'État.
Le procès-verbal du 26 août 2026 adopté, pure formalité, les élus ont attaqué les dossiers qui fâchent.
Commençons par le chiffre qui résume tout. Le budget primitif 2026 de la Province affiche un déficit de 3 933 902 972 F CFP.
Près de quatre milliards de francs. Pour une collectivité de cette taille, le montant donne le vertige.
La décision modificative n°2 votée mercredi est présentée en suréquilibre. En fonctionnement, 1 012 569 189 F CFP de dépenses pour 1 024 013 785 F CFP de recettes. Excédent dégagé : 11 444 596 F CFP. En investissement, 48 687 694 F CFP de mouvements réels, à l'équilibre.
Onze millions de suréquilibre face à un trou de près de quatre milliards. Les proportions se passent de commentaire.
Vient ensuite le dossier CAFAT. La Province détient des créances sur la caisse et avait provisionné le risque de ne pas les recouvrer. Après réexamen mené avec la trésorerie des îles et la CAFAT, une reprise partielle de provisions est votée : 411 726 585 F CFP.
Une écriture comptable favorable, certes. Elle ne fait pas disparaître le déficit.
Le plus révélateur arrive avec l'avis n° 0002-2026 de la Chambre territoriale des comptes. Suite à ses observations, la Province doit constituer une provision de 29 169 560 F CFP.
Le détail mérite qu'on s'y arrête.
22 169 560 F CFP concernent une subvention versée à l'ASEE, bloquée par un problème de coordonnées bancaires. Plus de vingt-deux millions d'argent public dont le circuit de paiement n'a pas été sécurisé.
Les 7 000 000 F CFP restants visent une subvention versée à Air Loyauté. Les pièces justificatives n'ont toujours pas été transmises.
L'argent est parti. Les justificatifs, eux, se font attendre.
Il aura fallu le regard des magistrats financiers pour que ces deux opérations soient provisionnées. Les comptes sont désormais « sécurisés dans l'attente de la régularisation ». Autrement dit, rien n'est encore réglé.
Des aides économiques recadrées par l'État
Même logique côté développement économique.
À Ouvéa, la Boucherie d'IAAI, installée à la tribu de Banoutr, avait obtenu un agrément le 22 mai 2026. Moins de cinq mois plus tard, il faut le modifier.
Pourquoi ? Parce que le commissaire délégué de la République a relevé que certaines aides n'étaient pas conformes au propre Code de développement économique de la Province, le CODEV PIL.
La collectivité ne respectait donc pas ses propres règles.
L'aide à l'équipement est recalculée à 7 715 179 F CFP, soit 35 % de 22 043 369 F CFP d'investissements éligibles. Une aide de 175 550 F CFP, prévue pour des équipements de protection de l'environnement, est purement supprimée : ces matériels ne relevaient pas de l'article 42 du CODEV PIL. La dépense est toutefois réintégrée dans l'assiette de l'aide à l'équipement.
Le reste est maintenu. Le projet totalise 22 940 323 F CFP d'investissements et 1 810 877 F CFP de frais de fonctionnement.
Sans le contrôle de légalité de l'État, la délibération initiale serait restée en l'état.
Autre dossier, la SARL Nengone Town, commerce de détail à la tribu de Nece. Depuis les événements de 2024, l'activité s'est effondrée. Trésorerie à sec, dettes empilées chez les fournisseurs, les organismes sociaux et le fisc.
La Province débloque une aide exceptionnelle de 12 091 080 F CFP, complétée par 350 000 F CFP pour le fonds de roulement. Total : 12 441 080 F CFP, pour apurer les dettes prioritaires, payer les ruptures conventionnelles et reconstituer le stock.
Une entreprise victime de 2024 mérite d'être soutenue. Reste qu'une collectivité dans le rouge de près de quatre milliards distribue désormais des aides exceptionnelles au cas par cas.
L'État paie la cantine, la Province promet la rigueur
Quelques bonnes nouvelles tout de même.
La commune de Maré reçoit 5 000 000 F CFP pour préparer la Foire des îles 2026 sur le site de Tadurehmu, district de Guahma.
L'association Horizon Sports « Ci Roiko » de Patho, qualifiée pour le 7ᵉ tour de la Coupe de France en métropole en novembre, touche une subvention exceptionnelle de 2 500 000 F CFP pour son déplacement. Un club loyaltien dans la grande compétition nationale : voilà une fierté partagée.
Côté cantines, la SODIL obtient 15 millions de francs CFP pour la restauration scolaire, afin d'approvisionner cantines et internats en produits locaux, au profit des élèves du public et du privé.
Le financement s'inscrit dans le dispositif de solidarité républicaine. Autrement dit, c'est le cadre de la solidarité nationale qui permet de remplir les assiettes des enfants des îles.
Une réalité que l'on gagnerait à rappeler plus souvent.
Enfin, l'Assemblée a adopté le Pacte de politique de convergence 2026-2031, présenté comme le cadre stratégique de la mandature.
Responsabilité dans la gestion publique. Redressement durable des équilibres budgétaires. Efficacité de l'action publique. Les mots sont là, tous.
Ils figurent dans un document voté le jour même où la collectivité a dû provisionner des subventions sans justificatifs, sur injonction de la Chambre des comptes, et corriger une aide non conforme, sur observation de l'État.
Le Pacte fixe le cap jusqu'en 2031. Les contribuables, eux, jugeront sur les actes.
(Crédit photo : page Facebook "La Province des Iles Loyautés")



