Grenades ASSD : les policiers lâchés ?

Résumé IA
La suspension des grenades ASSD par Laurent Nuñez suscite un malaise chez les policiers, qui y voient un geste symbolique les désignant comme responsables. Seule une vingtaine de ces grenades ont été tirées depuis fin septembre, principalement par la CRS 8. Dans les rangs, la colère monte face aux propos prêtés à Emmanuel Macron sur l’empathie, ravivant le souvenir de l’affaire Nahel.
Vingt grenades tout au plus. Une suspension qui ne change presque rien sur le terrain, mais qui en dit long sur la confiance entre l’exécutif et ceux qui tiennent la rue.
Chez les CRS, on ne parle plus de matériel. On parle d’abandon.
Une arme presque jamais utilisée
Les chiffres sont têtus. Depuis la fin du mois de septembre, une vingtaine de grenades assourdissantes au maximum ont été tirées. Pas davantage.
Et qui les a utilisées ? Pour les trois quarts, la CRS 8. Une unité qui n’a rien d’anodin : elle est spécialisée dans les émeutes urbaines de haute intensité, celles où la situation peut basculer en quelques minutes et où l’improvisation n’a pas sa place.
Autrement dit, depuis le début du mouvement, la grenade ASSD est restée un outil d’exception, réservé à des professionnels aguerris et employé avec parcimonie.
Sa suspension, décidée par Laurent Nuñez, n’aura donc que très peu de conséquences concrètes sur le terrain. Les opérations de maintien de l’ordre continueront à peu près comme avant. Le dispositif ne s’en trouve pas désorganisé.
Alors pourquoi ce retrait fait-il autant de bruit dans les rangs ?
Un geste symbolique qui vise les mauvaises personnes
Parce qu’en politique, le symbole compte souvent plus que la mesure elle-même. Et celui-ci est mal reçu.
Retirer une arme dont on s’est si peu servi revient, aux yeux de nombreux fonctionnaires, à désigner implicitement un coupable. Le message perçu est limpide : le problème viendrait des policiers. Pas du contexte, pas des débordements, pas de ceux qui provoquent les affrontements. Des policiers.
Un agent le dit sans détour, avec agacement : une fois encore, c’est sur les épaules des forces de l’ordre qu’on fait reposer la responsabilité.
Ce n’est pas une plainte isolée. C’est un sentiment qui revient, qui s’accumule, et que chaque nouvel épisode vient raviver.
Et puis il y a l’Élysée.
Ce sont surtout les propos prêtés à Emmanuel Macron qui passent mal. Le chef de l’État a demandé aux policiers de faire preuve de davantage d’empathie à l’égard des lycéens mobilisés. Une demande qui, pour des hommes et des femmes exposés en première ligne, sonne comme une leçon de morale venue d’en haut.
Un CRS résume l’état d’esprit : dès le premier incident, le président les a de nouveau laissés tomber. Comme au moment de l’affaire Nahel.
La référence n’est pas choisie au hasard. Pour beaucoup d’agents, cet épisode reste une blessure. Le souvenir d’un pouvoir qui avait pris ses distances avec ses propres forces au moment où elles attendaient du soutien. Voir la même mécanique se répéter, c’est la confirmation d’une crainte ancienne : en cas de tempête, l’exécutif ne couvre pas ceux qu’il envoie au front.
Dans les rangs, une colère qui monte
Le plus préoccupant n’est peut-être pas ce qui se dit publiquement. C’est ce qui commence à circuler entre collègues.
Une petite musique s’installe. Elle évoque un scénario précis : si un policier ou un gendarme venait à être grièvement blessé, ses collègues pourraient baisser les boucliers et refuser de repartir en première ligne.
Un commissaire parisien veut croire que cette hypothèse reste improbable. Mais il ne la balaie pas d’un revers de main. Lui aussi admet entendre cette colère grandir au sein de ses propres équipes.
Ce constat devrait alerter.
Car le maintien de l’ordre repose sur un équilibre fragile. D’un côté, des agents qui acceptent de s’exposer physiquement, parfois dans des conditions extrêmement tendues. De l’autre, une autorité politique censée leur garantir un appui sans ambiguïté. Quand ce lien se distend, ce n’est pas seulement le moral des troupes qui en souffre. C’est la capacité même de l’État à faire respecter l’ordre public.
Les policiers ne demandent pas l’impunité. Ils demandent de la cohérence. Qu’on ne les désarme pas symboliquement au premier remous médiatique. Qu’on ne leur fasse pas la leçon pendant qu’ils encaissent.
Une vingtaine de grenades, à peine. Le chiffre est dérisoire. Le malaise, lui, ne l’est pas.
(Crédit photo : FIORA GARENZI / HANS LUCAS / AFP)


