Inaat veut le nickel… sans payer ?

Résumé IA
Réunie en assemblée générale à Saint-Louis les 24 et 25 septembre, l’Alliance des Royaumes Kanak Inaat Ne Kanaky adopte six résolutions, dont la création d’une carte d’identité kanak et la consultation des chefferies sur le nickel. Roch Wamytan en assure le secrétariat permanent. Les grands chefs préviennent : toute décision sans eux sera considérée comme une décision contre eux.
Les chefferies réclament un droit de regard sur le nickel. Mais qui paie, qui investit, qui prend les risques ?
Derrière les six résolutions d’Inaat Ne Kanaky, c’est une autre Calédonie qui se dessine. Moins républicaine, plus communautaire.
Une prise de pouvoir qui ne dit pas son nom
Ils se mettent en ordre de marche. Pour 2027.
Réunie en assemblée générale à Saint-Louis les 24 et 25 septembre, l’Alliance des Royaumes Kanak, Inaat Ne Kanaky, en est ressortie avec six résolutions. Ce vendredi 9 octobre, conférence de presse à la Grande Chefferie de Saint-Louis pour en dresser le bilan. Le programme a le mérite de la clarté.
Restructurer les chefferies. Chiffrer ce que l’Alliance appelle la « dette coloniale ». Peser sur les discussions relatives à l’avenir institutionnel du territoire. Et, au passage, évoquer la souveraineté des royaumes, la réparation du « contentieux colonial », les îles Matthew et Hunter.
Le vocabulaire est choisi. Il n’y est jamais question de développement, d’emploi ou d’investissement. Il y est question de dette, de réparation, de contentieux. Toujours le même registre : celui de la créance, où la France devrait et où d’autres réclameraient.
À la manœuvre, un nom que les Calédoniens connaissent bien. Roch Wamytan assure le secrétariat permanent de l’ARK. L’ancien président du Congrès ne découvre pas la politique. Il en connaît les leviers, et l’on aurait tort de voir dans cette Alliance un simple cercle coutumier.
Le reste de l’agenda achève de dessiner le tableau. Un retour sur la participation de l’ARK’INK au sommet Lakou, à Paris, du 21 au 27 septembre. Et un point consacré à « l’État vivant breton » à l’ONU, censé s’exprimer au nom de l’Alliance. On croit rêver. Pendant que le pays panse ses plaies, certains préfèrent les tribunes internationales et les alliances de circonstance.
Carte d’identité kanak : la République en pièces détachées
C’est sans doute la proposition la plus lourde de sens.
L’Alliance veut créer une carte d’identité kanak, réservée aux personnes de statut civil coutumier. Elle pourrait, nous dit-on, être « éventuellement » étendue aux autres communautés.
Éventuellement. Le mot est tout un programme.
Il y aurait donc, sur une même terre, ceux qui en sont par naissance et ceux qui pourraient, un jour, y être admis. Les Calédoniens d’origine européenne, wallisienne, futunienne, vietnamienne, indonésienne, tahitienne attendraient qu’on veuille bien leur ouvrir la porte.
Ce n’est pas un détail administratif. C’est une vision du monde, et elle tourne le dos à l’égalité républicaine. Une carte d’identité n’est pas un symbole culturel. C’est un titre qui dit qui appartient à quoi. En réserver l’accès selon l’origine, c’est institutionnaliser la séparation.
La coutume a sa place, sa dignité, sa légitimité. Personne ne le conteste. Mais la coutume n’a pas vocation à délivrer des papiers d’identité ni à trier les citoyens. La Nouvelle-Calédonie a déjà payé très cher les logiques de division. Elle n’a pas besoin qu’on lui en propose une nouvelle, estampillée et plastifiée.
Consultés sur le nickel ? Alors qu’ils participent au capital
Reste le cœur du sujet. Le nickel.
L’Alliance va écrire à Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, attendu prochainement sur le territoire. Les grands chefs demandent à être consultés sur toutes les décisions liées au nickel. Et ils préviennent :
Toute décision prise sans les chefferies sera considérée comme une décision contre les chefferies.
La phrase sonne comme un avertissement. Elle se veut un droit de veto. Elle ressemble surtout à une menace à peine voilée, adressée à un secteur déjà à genoux.
Alors posons la question simplement.
Ils veulent être consultés ? Pas de souci. Mais dans ce cas, il faudrait aussi participer au capital des sociétés minières.
Car le nickel n’est pas une rente qui tombe du ciel. C’est une industrie lourde, exposée, ruineuse quand les cours s’effondrent. Ce sont des usines qu’il faut financer, des fours qu’il faut faire tourner, des salaires qu’il faut verser chaque mois. Ce sont des milliards engagés, des pertes encaissées, et un État qui a remis au pot, encore et encore, pour éviter l’effondrement.
Dans toute économie sérieuse, le droit de décider va avec le risque assumé. On ne siège pas au conseil d’administration sans avoir mis un franc sur la table. Réclamer la parole sans la responsabilité, c’est vouloir le pouvoir sans la facture.
Les investisseurs, eux, entendront surtout la seconde partie de la phrase. Une « décision contre les chefferies ». Quel industriel viendra engager son argent sur un territoire où chaque arbitrage peut être déclaré hostile par une autorité qui ne porte aucun risque ?
C’est pourtant d’investisseurs dont la Nouvelle-Calédonie a besoin. Pas de nouvelles créances, pas d’une dette coloniale chiffrée en conférence de presse, pas d’une carte d’identité qui trie les habitants.
Inaat Ne Kanaky prépare 2027. Les autres Calédoniens seraient bien inspirés de s’y préparer aussi.
(Crédit photo : capture d'écran vidéo de Leakava Wamytan)



