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Au delà du récif

Nickel : Anglo American menace de fermer ses activités au Brésil si l'Europe bloque leur vente à un groupe chinois

9 octobre 2026 à 17:00
5 min de lecture
Nickel : Anglo American menace de fermer ses activités au Brésil si l'Europe bloque leur vente à un groupe chinois

Résumé IA

Le géant minier britannico-sud-africain Anglo American menace de fermer ses installations de nickel au Brésil si la Commission européenne bloque leur vente à MMG, un groupe contrôlé par des intérêts chinois. L'opération, évaluée à 500 millions de dollars, suscite des inquiétudes à Bruxelles sur les approvisionnements européens. Une décision est attendue d'ici au 30 novembre 2026.

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Le géant minier britannique Anglo American pourrait fermer ses installations de production de nickel au Brésil si la Commission européenne refuse leur rachat par le groupe MMG, contrôlé par des intérêts chinois. Une situation qui illustre les tensions croissantes autour du contrôle des ressources minières stratégiques et de l'approvisionnement industriel mondial.

Une vente de 500 millions de dollars menacée par Bruxelles

Le groupe minier britannique Anglo American a averti, jeudi 8 octobre 2026, que ses activités de nickel au Brésil pourraient être condamnées à la fermeture si les autorités européennes de la concurrence bloquaient leur cession à MMG, une société minière cotée à Hong Kong.

L'opération, évaluée à 500 millions de dollars américains, s'inscrit dans la restructuration engagée par Anglo American pour concentrer ses investissements sur le cuivre, le minerai de fer et les nutriments agricoles. Mais la transaction se heurte aux inquiétudes de la Commission européenne, qui redoute que le nouvel acquéreur puisse réorienter vers la Chine une partie du ferronickel actuellement destiné aux industriels européens.

MMG est en effet majoritairement détenu par China Minmetals Corporation, un groupe contrôlé par l'État chinois.

Anglo American affirme ne disposer d'aucune alternative crédible

Lors d'une audition organisée à Bruxelles, les représentants d'Anglo American ont défendu la nécessité de conclure cette vente. Selon des déclarations préparées et consultées par Reuters, Ruben Fernandes, directeur des opérations d'Anglo American au Brésil, estime que MMG constitue le seul repreneur crédible identifié après plus de deux années de recherches.

Le groupe britannique ayant déjà décidé de quitter le secteur du nickel, un refus européen pourrait entraîner la mise en sommeil de ses installations, avant une éventuelle fermeture définitive.

Cette perspective concernerait notamment les activités de Barro Alto et Codemin, deux sites industriels brésiliens spécialisés dans la production de nickel.

Pour Anglo American, empêcher la transaction ne garantirait donc pas le maintien des approvisionnements européens. Cela pourrait, au contraire, provoquer la disparition d'une partie de la production actuellement disponible sur le marché international.

La Chine au cœur des inquiétudes européennes

La Commission européenne redoute qu'une prise de contrôle par MMG ne fragilise les approvisionnements des fabricants européens d'acier inoxydable, qui utilisent le ferronickel dans leurs procédés industriels.

Le dossier dépasse ainsi la seule question commerciale. Il s'inscrit dans une compétition internationale autour des ressources minières, alors que les puissances industrielles cherchent à sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement et à limiter leur dépendance vis-à-vis de la Chine.

Le 17 septembre, MMG avait déjà contesté les objections préliminaires de Bruxelles, affirmant que son acquisition permettrait au contraire de maintenir la production et les livraisons aux clients européens.

Le groupe souligne notamment que son actionnaire principal, China Minmetals, détient 63 % de son capital, mais assure que ses activités commerciales répondent aux conditions du marché international.

Le 8 octobre, MMG a de nouveau accusé les autorités européennes de ne pas tenir suffisamment compte des éléments économiques présentés pour défendre l'opération.

Une industrie du nickel déjà fragilisée par les conditions du marché

Cette incertitude intervient alors que les résultats des activités brésiliennes d'Anglo American montrent une dégradation de leur rentabilité.

Selon les données financières publiées par le groupe pour le premier semestre 2026 :

  • 18 200 tonnes de nickel ont été produites, contre 19 300 tonnes un an auparavant, soit une baisse de 6 %.

  • 18 millions de dollars d'EBITDA sous-jacent, contre 43 millions au premier semestre 2025.

  • Une hausse de 22 % des coûts unitaires, notamment liée à la baisse des volumes et à l'appréciation du réal brésilien.

Ces chiffres traduisent les difficultés économiques auxquelles sont confrontés certains producteurs historiques, dans un marché mondial profondément transformé par le développement de la production asiatique.

La vente à MMG représente donc pour Anglo American une étape importante de son désengagement du nickel.

Quelles conséquences pour le nickel calédonien ?

Si cette affaire concerne directement le Brésil et l'Union européenne, elle présente également un intérêt particulier pour la Nouvelle-Calédonie, dont l'économie reste étroitement liée à l'industrie du nickel.

Les difficultés rencontrées par Anglo American rappellent que les arbitrages industriels ne dépendent plus uniquement des coûts de production ou des cours mondiaux. Les autorisations réglementaires, les stratégies des grands groupes miniers et les rivalités économiques entre la Chine et les puissances occidentales jouent désormais un rôle déterminant.

Pour les producteurs calédoniens, déjà confrontés à des difficultés de compétitivité et de financement, le dossier brésilien constitue un nouvel exemple des contraintes qui pèsent sur les investissements internationaux dans le nickel.

Il serait toutefois prématuré d'en déduire un effet direct sur les cours ou sur les perspectives des usines calédoniennes.

Une décision européenne très attendue

La Commission européenne doit désormais déterminer si l'acquisition envisagée présente des risques suffisamment importants pour justifier son interdiction ou si des engagements de MMG peuvent permettre de préserver les approvisionnements européens. Une décision est attendue d'ici au 30 novembre 2026.

D'ici là, Anglo American maintient sa volonté de quitter le nickel brésilien, tandis que MMG affirme être disposé à proposer des solutions pour répondre aux préoccupations européennes.

Cette affaire met en évidence un paradoxe industriel : en cherchant à protéger ses approvisionnements face à la Chine, l'Europe pourrait contribuer à la fermeture d'une production de nickel dont elle bénéficie actuellement.