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Au delà du récif

5,5 milliards pris aux retraités ?

9 octobre 2026 à 10:00
3 min de lecture
5,5 milliards pris aux retraités ?

Résumé IA

Les députés suppriment en commission des Finances l'article 3 du budget 2027, qui abaissait le plafond de l'abattement fiscal sur les pensions, une mesure jugée antisociale. Le gouvernement, dont le dispositif totalise 5,5 milliards d'euros, voit le texte revenir en séance à partir du 13 octobre, la coalition contre lui restant incertaine.

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Les retraités ont gagné une première manche à l'Assemblée. Mais le gouvernement n'a pas dit son dernier mot.

Un front inédit contre l'article 3

C'est un camouflet pour l'exécutif. En commission des Finances, les députés ont supprimé l'article 3 du projet de loi de finances pour 2027, celui qui visait directement le portefeuille des retraités.

Le texte prévoyait de ramener à 3.000 euros le plafond de l'abattement de 10 % appliqué aux pensions dans le calcul de l'impôt sur le revenu. Aujourd'hui, ce plafond s'établit à 4.439 euros. Près de 1.500 euros de moins, donc, pour des millions de foyers qui n'ont rien demandé.

Les amendements de suppression venaient de partout. Les Républicains, Horizons, le RN, l'UDR, mais aussi LFI et les communistes. Tous ont été adoptés.

Rarement une mesure fiscale aura réussi à coaliser contre elle des bancs aussi éloignés. C'est dire à quel point le gouvernement a mal mesuré la colère qu'il allait provoquer.

Les socialistes et les écologistes se sont eux aussi exprimés contre le dispositif. Le député PS Philippe Brun l'a jugé antisocial.

Seul le MoDem est monté au front pour défendre la copie gouvernementale. Jean-Paul Mattei y a vu un geste de solidarité fiscale entre les générations, appelant chacun à faire preuve de responsabilité et à serrer les rangs.

Un appel à l'effort. Adressé, une fois de plus, à ceux qui ont travaillé toute leur vie.

5,5 milliards d'euros pris dans la poche des aînés

Il faut regarder l'ensemble du dispositif pour comprendre l'ampleur de la ponction. L'abaissement du plafond ne vient pas seul. Le gouvernement l'accompagne d'une désindexation de certaines pensions sur l'inflation.

Au total, les retraités seraient mis à contribution à hauteur de 5,5 milliards d'euros. Objectif affiché : tenir un déficit public à 5 %.

Autrement dit, faute de s'attaquer aux dépenses, l'État se tourne vers ceux qu'il croit pouvoir solliciter sans risque.

La suppression de l'article 3 représente à elle seule un manque à gagner de 1,4 milliard d'euros. C'est le rapporteur général du budget, Philippe Juvin (LR), qui en a rappelé le montant.

Du côté du RN, Claire Marais-Beuil a refusé l'habillage technique choisi par l'exécutif. Derrière ce que le gouvernement présente comme un simple ajustement, la députée voit une réalité très concrète pour les retraités concernés : une hausse d'impôts et un recul de leur pouvoir d'achat.

Le communiste Nicolas Sansu a donné un exemple parlant. Un couple dont chaque membre perçoit 1.250 euros par mois serait frappé par la mesure.

Pas exactement le profil des grandes fortunes.

Un sursis jusqu'au 13 octobre

Que les retraités ne se réjouissent pas trop vite. Le vote en commission n'est qu'un tour de chauffe.

Dans l'hémicycle, à partir du 13 octobre, les députés repartiront de la version initiale du texte. L'article 3 sera donc de retour sur la table, tel que le gouvernement l'a rédigé.

La bataille va reprendre, et les arguments sont déjà connus.

Même le président LFI de la commission des Finances, Eric Coquerel, a mis en garde contre un effet boomerang. Selon lui, les retraités font partie des rares catégories dont le pouvoir d'achat progresse encore légèrement. Les frapper, c'est frapper la consommation.

L'argument a du poids. Les aînés ne sont pas une variable d'ajustement. Ils font vivre les commerces, aident leurs enfants, soutiennent souvent leurs petits-enfants.

Les pénaliser pour combler un déficit que l'État creuse depuis des décennies relève d'un choix politique. Et ce choix, une large majorité de députés vient de le refuser.

Reste à savoir si cette majorité tiendra en séance publique.

(Crédit photo : LCP)