Eramet : l’État français va devenir le premier actionnaire du groupe minier en difficulté

Résumé IA
L’État français s’apprête à devenir le premier actionnaire d’Eramet via une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros, annoncée lundi 12 octobre 2026. Le groupe minier traverse de lourdes difficultés financières, avec une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, tandis que la famille Duval perdra sa position dominante.
L’État français s’apprête à prendre une place prépondérante dans le capital d’Eramet, acteur majeur du nickel, du manganèse et du lithium. Une opération stratégique qui intervient alors que le groupe traverse une période de lourdes difficultés financières et qui soulève des questions sur l’avenir de ses activités, notamment en Nouvelle-Calédonie.
Une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros
L’Élysée a annoncé, lundi 12 octobre 2026, que l’État français allait devenir très largement le premier actionnaire d’Eramet, à l’occasion d’une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros, soit près de 60 milliards de francs CFP.
Cette opération, prévue d’ici la fin de l’année, doit permettre de renforcer la structure financière du groupe minier, fragilisé par ses pertes et son endettement.
À la fin de l’année 2025, l’État détenait un peu plus de 27 % du capital d’Eramet, contre 37,22 % pour la famille industrielle Duval, jusqu’ici principal actionnaire.
Avec cette nouvelle intervention, les positions devraient s'inverser. L’Élysée précise toutefois que la participation publique ne dépassera pas 50 % du capital, ce qui signifie qu’Eramet ne deviendra pas une entreprise majoritairement détenue par l’État.
Eramet confronté à une situation financière préoccupante
Cette montée au capital intervient dans un contexte économique particulièrement difficile pour le groupe français.
En 2025, Eramet a enregistré une perte nette de 477 millions d’euros, soit environ 57 milliards de francs CFP.
Les difficultés se sont poursuivies au premier semestre 2026, avec une nouvelle perte nette de 195 millions d’euros, malgré un chiffre d’affaires publié de 1,5 milliard d’euros, en progression de 10 %.
Ces résultats témoignent des difficultés auxquelles sont confrontés plusieurs acteurs internationaux de l’industrie minière, notamment dans un environnement marqué par les fluctuations des cours des matières premières.
Pour Eramet, l’augmentation de capital annoncée constitue désormais une étape essentielle pour consolider ses finances et poursuivre ses activités.
La famille Duval devrait perdre sa position dominante
L’opération repose sur un mécanisme d’augmentation de capital avec droits préférentiels de souscription.
Concrètement, les actionnaires actuels disposent d’une priorité pour acquérir les nouvelles actions émises.
L’Agence des participations de l’État (APE) participera à cette augmentation de capital à hauteur de sa participation actuelle, mais prévoit également de racheter une partie des droits de souscription détenus par la famille Duval.
Cette stratégie permettra à l’État de renforcer sensiblement son poids dans l’actionnariat, sans nécessairement acquérir directement les actions déjà détenues par la famille industrielle.
L’ampleur exacte de l’investissement public n’a pas encore été précisée.
Quel impact pour la Nouvelle-Calédonie et la SLN ?
Pour la Nouvelle-Calédonie, cette annonce intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’industrie du nickel.
Eramet reste historiquement associé à la Société Le Nickel (SLN), l’un des principaux acteurs industriels du territoire, dont les difficultés financières ont conduit l’État français à intervenir directement dans son financement.
Depuis cette intervention, les comptes ajustés d’Eramet excluent la majeure partie des activités de la SLN, désormais financée intégralement par l’État selon les informations communiquées par le groupe.
Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires ajusté d’Eramet atteignait ainsi 1,65 milliard d’euros, en progression de 8 %, en tenant notamment compte de ses activités indonésiennes.
La montée de l’État au capital d’Eramet ne signifie toutefois pas automatiquement une modification du financement ou de la gouvernance de la SLN.
Elle pose néanmoins plusieurs questions importantes pour le territoire : quelle place le nickel calédonien occupera-t-il dans la stratégie future du groupe ? Et quelles conséquences cette nouvelle configuration actionnariale pourrait-elle avoir sur les discussions concernant l’avenir industriel de la SLN ?
À ce stade, aucune mesure spécifique concernant la Nouvelle-Calédonie n’a été annoncée dans le cadre de cette opération.
Les métaux stratégiques au cœur des intérêts français
Au-delà des difficultés financières d’Eramet, cette intervention concerne un groupe présent dans plusieurs filières industrielles stratégiques.
Eramet produit notamment du manganèse, utilisé dans la fabrication d’alliages métalliques, du nickel, indispensable à l’acier inoxydable et à certaines batteries, ainsi que du lithium, essentiel à plusieurs technologies de stockage électrique.
Le groupe exploite également des ressources minérales au Sénégal et possède des activités en Indonésie, pays devenu incontournable sur le marché mondial du nickel.
La décision de l’État de renforcer sa participation intervient donc dans un secteur directement concerné par les enjeux d'approvisionnement en matières premières et de souveraineté industrielle.
Une intervention majeure, mais des incertitudes persistantes
Avec une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros, l’État français s’apprête à devenir l’actionnaire de référence d’un groupe minier stratégique, sans pour autant en prendre le contrôle majoritaire.
L’opération pourrait contribuer à renforcer la situation financière d’Eramet, mais elle ne garantit pas, à elle seule, le redressement de ses différentes activités.
Pour la Nouvelle-Calédonie, où l’avenir de la filière nickel demeure une question économique et sociale majeure, cette évolution sera particulièrement suivie.
Une interrogation reste centrale : quelle stratégie industrielle l’État entend-il désormais défendre pour Eramet, et quelle place réservera-t-il au nickel calédonien ?


