250 milliards : le magot caché des salariés

Résumé IA
Au 30 juin 2026, l'épargne salariale et retraite collective atteint 250,8 milliards d'euros d'encours, selon l'AFG. Les versements progressent de 5,6 % sur un an, portés par l'intéressement. Près de 4,8 millions de salariés ont alimenté ces dispositifs au premier semestre.
Pendant que le débat sur les retraites tourne en rond, des millions de salariés ont déjà tranché.
Ils épargnent, ils investissent, et les chiffres publiés par l’AFG leur donnent raison.
Le partage de la valeur, côté entreprise
C’est une première.
Au 30 juin 2026, l’épargne salariale et l’épargne retraite collective totalisent 250,8 milliards d’euros d’encours. Le chiffre provient de l’enquête semestrielle de l’Association française de la gestion financière (AFG), publiée le 15 octobre. Un an plus tôt, le compteur affichait 220,8 milliards. La progression atteint 13,6 %, portée à la fois par des flux nets positifs et par la bonne tenue des marchés.
Ce record ne doit rien à un nouveau dispositif public ni à une dépense supplémentaire de l’État. Il vient des entreprises, de leurs salariés et de la valeur qu’ils créent ensemble. Un rappel utile, à l’heure où certains semblent croire que la prospérité se décrète.
Les plans d’épargne entreprise (PEE) pèsent à eux seuls 208 milliards d’euros.
Au premier semestre 2026, 17,2 milliards d’euros ont été versés sur les PEE et sur les plans d’épargne retraite collectifs. C’est 5,6 % de plus qu’un an auparavant, soit 900 millions d’euros supplémentaires.
D’où vient cet argent ? D’abord de l’intéressement, qui atteint 6,7 milliards d’euros et bondit de 10,4 %. La participation suit avec 5,2 milliards, en légère hausse de 0,5 %. L’abondement des employeurs représente 3 milliards (+6,3 %), les versements volontaires des salariés 2,1 milliards (+2,4 %). La prime de partage de la valeur ajoute 0,2 milliard.
Le mécanisme est simple. Quand l’entreprise réussit, ses salariés en touchent les fruits. Directement, sur leur compte.
Près de 4,8 millions de salariés ont alimenté leurs dispositifs sur la période, pour un montant moyen de 3 600 euros.
Les entreprises, elles aussi, sont de plus en plus nombreuses à jouer le jeu. On en compte désormais 453 600 à proposer un plan d’épargne salariale ou retraite avec avoirs, contre 429 600 un an plus tôt. Le nombre d’épargnants grimpe à 13,6 millions.
Dans les entreprises équipées, environ trois salariés sur quatre détiennent des avoirs. Leur montant moyen s’élève à 17 700 euros.
Tout ne va pas que dans un sens. Les rachats progressent de 8 % et atteignent 12 milliards d’euros, dont 11 milliards sur les PEE et les comptes courants bloqués, et 1 milliard sur les plans retraite. Les déblocages anticipés représentent 43 % des rachats côté PEE et 33 % côté PERCO et PER Collectif.
Résultat net : la collecte s’établit à 5,2 milliards d’euros. Exactement le même niveau qu’en 2025.
Les salariés n’ont pas peur de la Bourse
Le cliché du Français frileux, rivé à son livret, en prend un sérieux coup.
67 % des flux bruts sont placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective, ces mêmes fonds comptent pour plus de 66 % des actifs gérés.
La gestion pilotée, conçue pour favoriser le placement à long terme, confirme la tendance. Elle progresse de 19,4 % en un an et représente désormais 41 % des encours de l’épargne retraite collective.
Regardez la répartition globale des encours. L’actionnariat salarié arrive largement en tête avec 36 %, devant les fonds mixtes (23 %), les fonds actions (18 %), les fonds monétaires (14 %) et les obligations (9 %).
Ce premier poste en dit long. Fin juin 2026, l’actionnariat salarié atteint 89,7 milliards d’euros, en hausse de 10,2 % sur un an. Une croissance que l’AFG attribue à des souscriptions soutenues et à la valorisation des entreprises.
Elle tient malgré des rachats élevés. Les salariés profitent de conditions de marché favorables pour encaisser leurs plus-values, une fois leurs avoirs disponibles, après cinq ans minimum. Des salariés propriétaires d’une part de leur entreprise, qui récoltent le fruit de leur patience : on a connu pire modèle social.
Les fonds diversifiés hors actionnariat salarié s’élèvent quant à eux à 161,2 milliards d’euros (+15,6 %), avec une collecte nette de 7,3 milliards. Parmi eux, les fonds dits durables au sens de la réglementation européenne SFDR représentent 137,7 milliards, soit 86 % de l’ensemble, dont 128 milliards en fonds « Article 8 » et 9,4 milliards en fonds « Article 9 ». Les fonds solidaires atteignent 20,1 milliards (+12,2 %).
Côté labels, les fonds CIES pèsent 43 milliards d’euros et les fonds ISR 39,2 milliards. Finansol (7,8 milliards), Greenfin (0,5 milliard) et Relance (0,3 milliard, label en extinction progressive car non renouvelable après quatre ans) complètent le tableau.
La capitalisation à la française sort de l’ombre
C’est ici que se joue l’essentiel.
L’épargne retraite collective d’entreprise, qui regroupe le PERCO et le PER Collectif issu de la loi PACTE, atteint 42,5 milliards d’euros d’encours. En juin 2025, elle plafonnait à 36,7 milliards. La hausse frôle les 16 %.
Ces produits profitent à 4,8 millions de personnes (+5 %), dans 272 900 entreprises équipées (+8,4 %). Les versements bruts s’élèvent à 3 milliards d’euros sur le semestre, la collecte nette à 2 milliards. Les deux progressent de 7,2 %.
Le PER Collectif tire clairement la dynamique. À lui seul, il concentre 35,1 milliards d’euros d’encours, 3,9 millions d’épargnants et 215 900 entreprises bénéficiaires.
L’AFG ne se contente pas de compter. Dans son Livre blanc sur les retraites, publié le 17 juin 2026, elle propose de généraliser le PER Collectif dans toutes les entreprises de plus de dix salariés. Chaque salarié pourrait ainsi bâtir, au fil de sa carrière, un capital venant compléter sa pension par répartition.
À terme, l’association y voit l’émergence d’une véritable retraite par capitalisation à la française.
Le mot a longtemps fait peur dans le débat public. Les chiffres, eux, montrent que les salariés n’ont pas attendu la fin des polémiques pour s’y mettre.
L’AFG, qui fédère plus de 400 membres dont environ 330 sociétés de gestion, représente 90 % des encours sous gestion en France. Soit plus de 5 400 milliards d’euros, le montant le plus élevé de l’Union européenne.
La France dispose donc de l’épargne, des outils et de l’appétit des salariés. Reste à savoir si le politique saura en tirer les conséquences.
(Crédit photo : SEBASTIEN LAPEYRERE / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)



