Interdit ici, légal là-bas

Résumé IA
Le CBD, en vente libre en métropole, reste soumis à ordonnance en Nouvelle-Calédonie. La société CBW, exploitant l'enseigne CBWEED, conteste ce classement devant le tribunal administratif, qui rend son jugement le 15 octobre. L'entreprise demande la suppression de cette catégorie, après le refus implicite du gouvernement.
Le CBD se vend librement en boutique à Paris, Lyon ou Marseille. À Nouméa, il faut une ordonnance.
Une entreprise calédonienne a refusé de baisser les bras. Elle est allée devant le juge.
Un commerçant face à l’administration
L’histoire est simple. Un produit en vente libre dans l’Hexagone est traité, en Nouvelle-Calédonie, comme un médicament à haut risque.
La société CBW, qui exploite l’enseigne CBWEED, a décidé de contester cette situation. Elle a d’abord demandé au gouvernement de changer la règle. Le gouvernement n’a pas répondu. En droit, ce silence vaut refus. L’entreprise a donc saisi le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie en décembre 2025.
Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre. Le 9 avril 2025, le gouvernement a retiré le CBD de la liste des stupéfiants, mais l’a maintenu parmi les substances dites vénéneuses, donc uniquement délivrées sur ordonnance. Autrement dit : le CBD n’est plus une drogue, mais il reste interdit en magasin.
Pour CBWEED, la situation était devenue concrète bien avant l’audience. En décembre, les Douanes et la DASS ont saisi ses marchandises, que l’entreprise disait pourtant déclarées et dédouanées, pour une valeur proche de 600 000 francs.
L’audience s’est tenue le 23 septembre 2026. Le jugement est daté du 15 octobre.
Ce que demande l’entreprise
CBW veut que le CBD sorte de la catégorie qui l’enferme en pharmacie. Elle demande au tribunal d’obliger le gouvernement à supprimer ce classement dans un délai de deux mois, avec une pénalité de 50 000 francs CFP par jour de retard.
Ses arguments tiennent en quelques idées fortes.
D’abord, le gouvernement n’a jamais expliqué son refus. Pas une ligne.
Ensuite, selon l’entreprise, le CBD n’a rien d’une substance dangereuse. Aucun risque sérieux pour la santé n’aurait été démontré pour justifier de le ranger aux côtés de produits réellement toxiques.
Enfin, la mesure serait tout simplement excessive. Trop lourde pour ce qu’elle prétend prévenir. Et source d’incertitude permanente pour ceux qui veulent investir et travailler.
Ce raisonnement parle à tout entrepreneur. Une règle qui interdit doit pouvoir se justifier.
Deux poids, deux mesures
Le cœur du débat est là : pourquoi un Calédonien n’aurait-il pas accès à ce qu’un Français de métropole achète en boutique ?
La Nouvelle-Calédonie a ses propres compétences en santé. C’est un fait. Mais être compétent ne dispense pas d’être cohérent. Interdire un commerce, c’est prouver un danger, pas le supposer.
Les élus calédoniens l’avaient compris. En janvier 2024, le Congrès votait à l’unanimité trois vœux pour faire évoluer le statut du CBD et développer une filière chanvre, Virginie Ruffenach, alors cheffe du groupe Rassemblement, soulignant l’absence de dépendance et d’effet nocif. Une unanimité, sur un sujet de société. Cela mérite d’être souligné.
Tous les professionnels ne partagent pas la même ligne. Le Syndicat du chanvre de Nouvelle-Calédonie défend une vente en pharmacie et des produits traçables, avec la sécurité des consommateurs comme priorité. Ouvrir le marché, oui. Mais pas n’importe comment.
Une chose reste certaine. Cette entreprise n’a pas joué la carte de la plainte ou de la victimisation. Elle a pris un avocat, déposé ses arguments et attendu son tour devant le juge. C’est la règle du jeu dans un État de droit, et elle vaut aussi pour l’administration.
Le jugement du 15 octobre dira si le gouvernement doit revoir sa position. Pour les entrepreneurs du territoire, le message dépasse ce dossier : la liberté d’entreprendre mérite mieux qu’une prudence sans justification.
(Crédit photo : Julie SEBADELHA / AFP)


