Pillages et incendies : Paris découvre, Nouméa se souvient

Résumé IA
La France vit depuis le 17 octobre des émeutes comparables à celles de Nouméa en mai 2024, avec des mairies envahies et des commerces pillés. Franck Chaumès, président de l'UMIH, évoque des restaurateurs prêts à s'armer, tandis que les assurances ne couvrent pas tous les dégâts. La Nouvelle-Calédonie connaît encore les conséquences, avec des entreprises détruites et des départs massifs de population.
Mairies envahies, commerces pillés, restaurateurs qui parlent de s'armer : depuis le 17 octobre, la France vit ce que la Nouvelle-Calédonie a connu en mai 2024. Ici, on sait ce qui vient après.
Le sourcil levé des Calédoniens
Le mouvement est parti d'un lycée de Créteil à la mi-septembre. Le 17 octobre, il a dégénéré dans plusieurs villes. À Limoges, l'hôtel de ville, un bâtiment du XIXe siècle, a pris feu et son campanile s'est effondré. Des mairies et des préfectures ont été envahies et dégradées à Marseille, Lille, Angers et Bordeaux. Selon les autorités, plus de 600 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement, et plus de 5 000 personnes ont été interpellées entre le 28 septembre et le 2 octobre.
À Nouméa, beaucoup ont regardé ces images avec un sentiment de déjà-vu. On connaît.
Paris en est à ses premières semaines. Nouméa en est à la deuxième année. Voici ce qu'on y a appris.
L'État ne protège pas tout
À Paris, le président de l'UMIH, le syndicat patronal de l'hôtellerie-restauration, Franck Chaumès, estime que « l'État a sûrement sous-estimé la situation ». À Nouméa, en mai 2024, des quartiers entiers se sont organisés eux-mêmes, faute de forces de l'ordre suffisantes au début de la crise.
Le vocabulaire change avec la distance
Le même Franck Chaumès raconte que des restaurateurs l'appellent pour dire « on va prendre des battes de base-ball, des armes ». Il dit avoir tenté de les en dissuader, et ajoute : « Il faut comprendre ces gens : c'est toute une vie qui est en jeu. »
En 2024, les habitants qui s'organisaient à Nouméa suscitaient surtout de l'inquiétude dans la presse nationale. Cela ne dit rien de la légitimité de s'armer : en 2024, des personnes sont mortes à des barrages. Cela dit seulement que les mots dépendent de la géographie.
Les assurances ne paient pas tout
À Paris, selon l'UMIH, les assurances ne prendront pas en compte une partie des dégâts. À Nouméa, les assureurs ont déclaré 112,7 milliards de francs de sinistres. Environ 45 % des montants déclarés ont été validés, selon le président de la CCI. Certains quartiers ont été exclus, et la garantie émeutes a disparu des contrats.
Les entreprises ne rouvrent pas toutes
« Il y a des professionnels qui ne s'en remettront jamais », dit l'UMIH. Ici, le gouvernement comptait environ 700 entreprises incendiées, pillées ou vandalisées en juillet 2024. Un an plus tard, environ 500 étaient considérées comme détruites. 11 000 emplois privés ont été perdus. Dans le BTP, on comptait environ 6 000 salariés avant les émeutes et 4 210 un an après.
Puis les gens partent
La Nouvelle-Calédonie a enregistré 10 700 départs nets en 2024 et 12 900 au 31 mars 2025, selon la CCI. Le marché immobilier tourne aujourd'hui au tiers de son niveau d'avant la crise, selon l'ISEE. Paris n'en est pas là. C'est la dernière étape, et la plus lente.
La justice promet, puis le temps passe
Dimanche soir, le président de la République a promis « une réponse judiciaire ferme ». Le président de l'UMIH répond : « J'attends des preuves. »
À Nouméa, en juin 2026, les juges d'instruction ont prononcé un non-lieu dans l'enquête sur l'organisation des émeutes de 2024. Le parquet a fait appel. On ne commente pas la décision des juges, on la constate.
Ce qui reste
Il y a eu des morts, de tous les côtés.
Paris découvre. Nouméa se souvient. Le reste est une question de calendrier.



