Sonia Backès : « La confiance, c’est mort entre nous, mais… »

Sonia Backès : « La confiance, c’est mort entre nous, mais… »



INTERVIEW. Au lendemain du premier Conseil politique de son parti Les Républicains Calédoniens qui s’est déroulé à Païta ce jeudi 15 mars, Sonia Backès confie son envie de renouer le dialogue au sein du G10, mais sous certaines conditions. « Caprice », « trahison », « consensus cassé », la pilule a encore du mal à passer avec Calédonie Ensemble, mais…

 

Votre mouvement, les Républicains Calédoniens, a tenu son premier Conseil politique jeudi dernier à Païta devant 300 personnes. En quoi c’était si important ce premier Conseil politique ?

Sonia Backès : C’était important parce que, depuis le Congrès fondateur des Républicains Calédoniens du 7 décembre dernier, on a mis en place toute l’organisation du parti politique sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, même si tout n’est pas finalisé, on a des référents partout. L’idée, c’était de réunir ces référents pour qu’ils puissent valider la ligne politique qui sera défendue par les trois représentants des Républicains Calédoniens qui seront au Comité des signataires.

Premier Conseil Politique des Républicains Calédoniens – Jeudi 15 mars 2017

 

Ce Conseil politique a donné lieu à quatre motions principales, quels en sont les tenants et les aboutissants ?

Sonia Backès : La première motion, qui est la plus importante, concerne « La » question qui sera posée au référendum, c’est quand même le sujet essentiel du prochain Comité des signataires. Ce qui est essentiel pour nous, c’est que le mot « Indépendance » apparaisse. C’est à dire que certains, notamment les indépendantistes et les nationalistes, veulent qu’il y ait uniquement le thème « pleine souveraineté ». Or, ce terme est compliqué et souvent mal compris par la population. Cela fait 30 ans que l’on fait campagne pour la France ou l’Indépendance, c’est pas la peine de compliquer les choses. De plus, le terme « pleine souveraineté » a été utilisé pour d’autres choses que l’indépendance, comme la souveraineté partagée ou lorsqu’un député parle d’un peuple souverain sur son destin, donc la souveraineté fait moins peur que le terme indépendance et c’est d’ailleurs pour ça que les indépendantistes ne veulent pas l’utiliser. Beaucoup de Calédoniens ne veulent pas de l’indépendance mais pourrait accepter une souveraineté, donc nous, on veut que les choses soient claires et que le mot « indépendance » apparaisse.

 

La deuxième motion est relative à la sécurité, que demandez-vous concrètement ?

Sonia Backès : Depuis février 2016, il existe une réunion spécifique sur la sécurité en général. Là, ce que nous demandons, c’est que le sujet ne soit pas la sécurité en général mais bien la sécurité autour du référendum. Avant, pendant, après, quels dispositifs l’État met en place pour que la sécurité des Calédoniens soit assurée…

 

Vous parlez de dispositifs de sécurité, physiques ou institutionnels ?

Sonia Backès : Dispositif global. Qu’est-ce qu’ils mettent en place pour que la sécurité des Calédoniens soit assurée avant, pendant et après le référendum. Nous avons demandé à ce que ce soit un point du comité des signataires et non pas un truc à côté, pour que les partenaires se mettent d’accord sur la manière dont on assure la sécurité des Calédoniens. Nous avons eu une réunion vendredi au haussariat, lors de laquelle tous les partenaires ont accepté le principe de rajouter ce point à l’ordre du jour.

 

Dans la motion numéro 3, vous parlez de « reprendre le dialogue ». Qu’en est-il vraiment ?

Sonia Backès : Nous avons été auteur dans la mise en place du G10, nous avons accepté la proposition du premier Ministre, nous sommes rentrés dans le G10, nous avons participé aux discussions, mais malheureusement cette confiance, ce dialogue qui a été mis en place notamment entre les indépendantistes et nous, même si nous n’étions pas d’accord, tout cela a été cassé par le fait que le député a publié cela sur les réseaux sociaux alors que ce n’était pas validé et a passé en force quelque chose qui méritait encore d’autres discussions, en faisant une majorité nationaliste et indépendantiste au Congrès, en déposant un texte. Alors que le G10 n’avait pas vocation du tout à évoquer les sujets de décolonisation et émancipation, de dates etc. Il y avait des thématiques posées par le premier Ministre, qui n’ont pas été celles là, donc nous, on considère que le G10 est complètement sorti du cadre qui avait été fixé par le premier Ministre. Dans cette motion, on dit qu’on rentrera dans le dialogue quand on reviendra à l’esprit du G10 tel qu’il avait été proposé par le premier ministre, et quand les mesures seront mises en place pour que la confiance puisse revenir. Si ce n’est pas de la confiance, c’est du contrôle, parce que la confiance, c’est mort entre nous, mais par contre mettre en place les dispositifs qui font que l’on puisse se parler librement…

 

Quels pourraient être ces dispositifs de confiance dont vous parlez, synonyme de retour au G10 ?

Sonia Backès : Cela veut dire qu’il va falloir signer des choses et s’engager sur un certain nombre de choses pour que les travaux de ce comité ne donnent pas lieu à des décisions quelconques mais à des discussions qui pourront aboutir, c’est à dire, commencer à construire quelque chose pour l’après mais qui ne constitue pas des décisions, contrairement à ce qui s’est passé là. Il faudra rédiger de part et autre des engagement clairs, et que le respect de ces engagements soit garanti par l’État. Lorsque Philippe Gomès publie sur les réseaux sociaux, normalement ce n’est ni à Thierry Santa ou à moi de partir, c’est à l’État de dire « Vous, vous n’avez pas respecté votre parole »…

 

Vous demandez quoi, des sanctions, une veille active de la part de l’État ?

Sonia Backès : Je demande que les garanties de bonnes conditions du dialogue soient mises en place. On verra comment cela se traduira.

 

Est-ce que tout cela va avoir une incidence sur ce qui peut se passer cet après -midi au Congrès ?

Sonia Backès : Ce qui se passe cet après-midi, c’est très grave. Car en dehors du G10, ou pas du G10, c’est la première fois dans l’histoire qu’un texte qui concerne l”avenir de la Nouvelle-Calédonie, la question institutionnelle, est voté par un camp contre un autre. Nous avons toujours trouvé un moyen de consensus sur des sujets très compliqués, comme le corps électoral ou la modification de la loi organique, toujours. Là, Gomès est passé en force. Les indépendantistes, j’en discutais avec eux, certains me disaient qu’ils n’étaient pas demandeurs de cela, c’est lui qui a fait un caprice en voulant passer son texte au risque de casser le consensus. Et ça, c’est grave, car à l’échelle de l’histoire et à l’échelle de ce que l’on est en train de construire, casser le consensus à ce moment là, pour passer un exposé des motifs, c’est vraiment ridicule. En dehors même du contenu, la date pouvait passer de manière consensuelle. Le consensus n’était pas plus important que de faire un caprice pour passer un texte ? Je trouve ça grave, quand on a des responsabilités pareilles, de prendre un tel risque. Donc, ce qu’il va se passer cet après midi, c’est qu’ils vont passer leur texte, mais il n’y aura aucun loyaliste qui va le voter. Ni le Rassemblement, ni le MPC, ni nous, donc il va être voté entre nationalistes et indépendantistes, c’est une trahison des Calédoniens qui ont fait confiance aux législatives.

 

Pourquoi parlez-vous de trahison ?

Sonia Backès : La partie sur l’ONU est extrêmement grave. On dit que l’exposé des motifs n’a pas de portée juridique. Sauf que ça a une portée politique extrêmement forte. Les indépendantistes, le lendemain du référendum et d’une éventuelle victoire de la France, ils vont dire : “mais attendez, c’est écrit dans l’exposé des motifs que l’on reste dans la liste des pays à décoloniser et que l’on n’en sort pas”. Donc ça veut dire que l’on accepte dans l’exposé des motifs que la sortie inéluctable de l’accord de Nouméa, c’est l’Indépendance. C’est à dire qu’on ne peut sortir de la liste des pays à décoloniser que par l’indépendance. Si on reste dans la France, et bien on n’en sort pas. Alors même que le principe de l’ONU, et nous avons reçu la délégation de l’ONU, c’est de dire: on sort de la liste des pays à décoloniser lorsque l’on a fait un choix, soit de l’indépendance, soit de la libre association avec un pays quelconque, soit de rester à l’intérieur de l’ensemble. Mais dès l’instant où l’on choisit, on est décolonisé. Et puis aujourd’hui, si on regarde la situation, Simon (Loueckhote) le disait aux gens des îles quand on était à Ouvéa : “Aujourd’hui, la France fait des chèques, aux îles, il y a 14 élus sur 14 qui sont kanak, indépendantistes, la France fait des chèques et ne regarde pas comment l’argent est dépensé, moi j’appelle pas ça la colonisation !” Il y a beaucoup de gens qui aimerait être colonisé comme ça ! On n’est plus dans une situation coloniale et malgré tout certains ont le regard tourné vers le passé alors que les gens qui sont dans la rue veulent regarder l’avenir.

 

Dans ce contexte, comment s’annonce le prochain Comité des signataires ?

Sonia Backès : On arrive toujours à se parler au Comité des signataires parce que, quand même, j’espère, que l’intérêt général prendra le dessus. Le sujet majeur de ce Comité, c’est « La » question. Il me semble qu’il peut y avoir des consensus possibles. Certains veulent le terme « pleine souveraineté », d’autres comme nous le terme « indépendance », on peut mettre les deux. Si les uns et les autres sont dans une politique de majorité contre une politique de minorité, ça va clasher. En tout cas, nous, nous avons toujours été dans les dispositions de dialoguer dans l’intérêt de la Calédonie, on verra dans quelles dispositions seront les autres. Aujourd’hui, ceux qui se sont improvisés chef de paix, ce sont eux qui divisent, ce sont eux qui mettent le bazar. Nous, on a toujours voulu dialoguer, on a des discussions constructives avec les indépendantistes, mais c’est pas pour autant que je vais abandonner mes convictions fortes. Je suis convaincu qu’un certain nombre d’indépendantistes voteront pour la France en 2018, parce qu’on a encore besoin de la France.

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