Le CESE-NC est-il devenu une usine à gaz ?

Les élections provinciales approchent et, dans l'ombre de la campagne, une institution souvent méconnue tente de rappeler son utilité.
Mais au moment où la Nouvelle-Calédonie cherche à maîtriser chaque franc d'argent public, une question revient avec insistance : le CESE-NC est-il indispensable ou est-il devenu une coûteuse chambre consultative ?
Une institution qui veut peser dans le débat démocratique
À quelques jours des élections provinciales, le président du Conseil économique, social et environnemental de Nouvelle-Calédonie (CESE-NC), Jean-Louis d'Angleberme, a adressé un message à l'ensemble des candidats engagés dans la campagne.
Par ce communiqué, le CESE-NC rappelle qu'il constitue la quatrième institution de la Nouvelle-Calédonie et qu'il ne prétend pas se substituer au pouvoir politique.
Sa vocation est de conseiller, d'éclairer et d'alerter les décideurs publics sur les réalités économiques, sociales et environnementales du territoire.
L'institution revendique un héritage directement inspiré du Conseil économique, social et environnemental national, voulu par le général de Gaulle.
Selon son président, le CESE-NC représente un espace de dialogue entre les élus et les forces vives de la société. Y siègent des représentants du monde économique, des syndicats, des associations et des autorités coutumières.
Le CESE-NC affirme également avoir engagé une profonde modernisation de son fonctionnement.
L'institution met en avant le développement de l'évaluation des politiques publiques, en partenariat avec le Congrès, le gouvernement et l'Université de la Nouvelle-Calédonie.
Elle souligne également la mise en place d'une plateforme numérique permettant aux citoyens de déposer des pétitions. Enfin, elle affirme vouloir mieux associer la jeunesse aux grandes orientations du territoire.
Pour Jean-Louis d'Angleberme, la démocratie ne se limite pas au seul rendez-vous électoral et doit se nourrir d'un dialogue permanent avec la société civile organisée.
Le président du CESE-NC invite donc les futurs élus à prendre en considération les travaux et les avis produits par l'institution.
Une institution méconnue et souvent critiquée
Malgré cette volonté affichée de jouer un rôle dans le débat public, le CESE-NC reste une institution largement méconnue d'une grande partie des Calédoniens.
Nombre de citoyens ignorent sa composition, ses missions et parfois même son existence.
Cette méconnaissance nourrit régulièrement les critiques. La principale interrogation porte sur sa légitimité démocratique.
Contrairement aux élus du Congrès, des provinces ou des communes, les membres du CESE-NC ne sont pas élus directement par la population.
Ils sont désignés par différentes organisations professionnelles, syndicales, associatives ou coutumières.
Pour ses détracteurs, cette désignation indirecte soulève une question de représentativité.
Certains estiment que l'institution produit de nombreux rapports et avis dont les effets concrets restent difficiles à mesurer.
D'autres considèrent que le CESE-NC constitue une structure administrative supplémentaire dans un paysage institutionnel calédonien déjà particulièrement complexe.
La question du coût revient également avec insistance. Dans un territoire confronté à une crise économique sans précédent et à des finances publiques dégradées, chaque dépense publique est désormais scrutée avec attention.
De nombreux Calédoniens s'interrogent donc sur la pertinence de maintenir une institution consultative dont les avis ne sont juridiquement pas contraignants.
Cette interrogation dépasse d'ailleurs le seul cadre du CESE-NC. Elle renvoie plus largement à la nécessité de simplifier le fonctionnement institutionnel du territoire et de rationaliser la dépense publique.
Le temps des réformes et des choix politiques
Le débat autour du CESE-NC n'est pas nouveau. Depuis plusieurs années, certaines organisations économiques et politiques plaident pour une profonde réforme de l'institution.
La Fédération des entreprises et industries de Nouvelle-Calédonie (FEINC) a notamment appelé à une modernisation du territoire et à une révision de certaines structures institutionnelles, parmi lesquelles figure le CESE-NC.
Pour les partisans d'une réforme, l'objectif n'est pas nécessairement de supprimer l'institution, mais de mieux définir son utilité, ses missions et son coût pour la collectivité.
D'autres, au contraire, estiment que le CESE-NC joue un rôle important de médiation et de consultation. Ils rappellent que l'institution a produit de nombreux travaux sur des sujets majeurs.
Parmi eux figurent la stratégie d'Aircalin, l'autosuffisance alimentaire, la sécurité routière, la lutte contre les violences intrafamiliales, la culture de proximité ou encore la prise en charge de l'endométriose.
Ces travaux témoignent d'une volonté d'aborder des problématiques concrètes touchant directement la population.
Reste néanmoins une question de fond.
Dans une démocratie représentative, quelle place doit être accordée à une assemblée consultative composée de membres non élus ?
Faut-il considérer le CESE-NC comme une indispensable courroie de transmission entre la société civile et les décideurs politiques ?
Ou faut-il y voir une institution dont l'organisation, les missions et le coût méritent d'être réévalués ?
À l'heure où la Nouvelle-Calédonie entre dans une nouvelle séquence politique, ces interrogations prennent une dimension particulière.
Les futures majorités provinciales devront répondre à une exigence de plus en plus forte : celle de l'efficacité de l'action publique et de la bonne utilisation de l'argent des contribuables.
Le débat sur le CESE-NC dépasse donc largement le cadre d'un simple communiqué de presse.
Il pose une question fondamentale pour l'avenir institutionnel du territoire :
Une démocratie moderne a-t-elle besoin de multiplier les organes consultatifs ou doit-elle, au contraire, se concentrer sur des institutions plus resserrées, plus lisibles et directement responsables devant les électeurs ?
C'est désormais aux futurs élus, mais aussi aux Calédoniens eux-mêmes, d'alimenter ce débat qui touche au cœur même du fonctionnement démocratique du pays.
(Crédit photo : page Facebook "CESE-NC")

