Nuit de feu à Boulari : l’État interpellé

Deux nuits suffisent parfois à faire basculer une commune dans l’inquiétude. Au Mont-Dore, les incendies, les dégradations et les cambriolages ravivent brutalement les inquiétudes sur la sécurité.
Une nouvelle nuit de violences au Mont-Dore
La commune du Mont-Dore a connu une nouvelle nuit particulièrement agitée dans la nuit de samedi à dimanche. Selon l’Association Citoyen Mondorien, plusieurs incendies volontaires ont été signalés, notamment sur des poubelles et des déchets verts.
Le fait le plus marquant concerne toutefois un bus entièrement détruit par les flammes au centre culturel et sportif de Boulari. L’association affirme que le véhicule se trouvait dans une enceinte communale, à moins de 30 mètres de la police municipale.
Toujours selon l’Association Citoyen Mondorien, au moins sept maisons auraient été visitées près du verrou sud au cours de cette même nuit.
Ces nouveaux faits viennent s’ajouter à une succession d’événements dénoncés depuis plusieurs jours par l’association : véhicules incendiés, caillassages, cambriolages et feux volontaires. L’ACM estime que cette accumulation alimente un sentiment d’insécurité grandissant chez les habitants.
L’association fait également le lien avec la levée du dispositif de sécurisation de Saint-Louis, intervenue à la veille des vacances scolaires. Elle affirme avoir fait part de ses inquiétudes avant cette décision et considère aujourd’hui que la situation lui donne raison.
Le bus détruit à Boulari symbolise à lui seul cette nouvelle dégradation. Pour l’association, le fait qu’un équipement public ait été touché montre que la situation ne peut plus être considérée comme une succession de faits isolés.
La maire Nina Julié demande des renforts à l’État
Face à cette situation, la maire du Mont-Dore, Nina Julié, a elle aussi publiquement alerté sur la multiplication des actes de délinquance.
La maire a tenu à saluer le travail effectué par les forces de l’ordre et la police municipale, tout en estimant que leurs moyens doivent désormais être renforcés.
« Les forces de l'ordre et la police municipale font un travail remarquable. Mais devant la multiplication des actes de délinquance, elles ont besoin d'être renforcées », a-t-elle déclaré.
La municipalité affirme par ailleurs pouvoir compter sur le soutien du Haut-commissaire et du commandement de la gendarmerie. Le député Nicolas Metzdorf est également remercié pour avoir relayé les inquiétudes locales auprès de l’État.
L’objectif affiché est désormais d’obtenir davantage de moyens pour sécuriser la commune, notamment durant la période des vacances scolaires et sur les secteurs considérés comme les plus sensibles.
L’Association Citoyen Mondorien insiste de son côté sur un point : elle ne remet pas en cause l’engagement des gendarmes et des policiers municipaux.
Selon elle, les forces présentes sur le terrain interviennent souvent dans des conditions difficiles, mais leur mobilisation ne peut pas compenser durablement un manque de moyens ou des dispositifs de sécurité devenus insuffisants face à la réalité locale.
Le Haut-Commissariat répond et dément tout désengagement
Alors que la polémique enfle depuis le week-end et que de nouveaux faits sont dénoncés au Mont-Dore, le Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie a publié un communiqué dimanche 9 août pour clarifier la situation.
Le représentant de l’État affirme que « l'État reste pleinement mobilisé avec ses forces de sécurité intérieure pour assurer la sécurité de tous les habitants de la Nouvelle-Calédonie ».
Le communiqué confirme toutefois une adaptation du dispositif de renfort des escadrons de gendarmerie mobile (EGM)présents sur le territoire.
Cette évolution s'inscrit, selon le Haut-Commissariat, dans une réflexion menée au niveau national afin d'optimiser l'emploi des forces mobiles dans l'ensemble de la République.
Depuis le début de l'année, plusieurs arbitrages ont ainsi conduit à une diminution progressive des effectifs d'escadrons de gendarmerie mobile déployés en Nouvelle-Calédonie.
L'État assure cependant avoir veillé à préserver les capacités opérationnelles nécessaires à la sécurisation du territoire.
La métropole mobilisée par les incendies
Pour expliquer cette réorganisation, le Haut-Commissariat évoque notamment la situation en métropole.
Des incendies d'une ampleur exceptionnelle touchent actuellement plusieurs régions françaises. Près de 200 000 personnes ont été déplacées et les forces de sécurité intérieure sont fortement mobilisées pour protéger les populations, surveiller les zones sinistrées et prévenir les actes de pillage.
À cette mobilisation s'ajoute la préparation de la rentrée sociale, qui doit nécessiter un engagement important des forces mobiles sur l'ensemble du territoire national.
Le communiqué mentionne également la préparation de la visite officielle du pape à Paris les 25 et 26 septembre prochains, qui donnera lieu à un dispositif de sécurité exceptionnel mobilisant un nombre important d'unités de forces mobiles.
Dans ce contexte, le Haut-Commissariat explique que la Nouvelle-Calédonie participe, comme l'ensemble des territoires de la République, à cet effort national de répartition des moyens.
Le dispositif du Mont-Dore « demeure inchangé »
Sur un point particulièrement sensible, le Haut-Commissariat assure que le dispositif de sécurité au Mont-Dore demeure inchangé.
Les modalités d'action ont néanmoins évolué afin d'améliorer l'efficacité opérationnelle des forces.
Les anciens véhicules de type B110 ont notamment été retirés au profit d'un dispositif entièrement mobile reposant sur des patrouilles quotidiennes réalisées avec des véhicules blindés de nouvelle génération, récemment arrivés en Nouvelle-Calédonie à la demande de l'État.
Le Haut-Commissariat affirme ainsi que les secteurs identifiés comme sensibles continueront à faire l'objet d'une vigilance renforcée.
La situation opérationnelle fait, elle aussi, l'objet d'un suivi permanent et les capacités de réponse des forces engagées seraient maintenues.
Le représentant de l'État insiste par ailleurs sur l'amélioration progressive de la situation sécuritaire en Nouvelle-Calédonie, qu'il attribue à l'action des forces de sécurité intérieure et à la mobilisation de l'ensemble des services de l'État.
Une réponse ferme aux inquiétudes locales
Le communiqué cherche surtout à couper court à l'idée d'un désengagement de l'État.
Le Haut-Commissaire assure que l'adaptation des renforts ne traduit « aucun désengagement » et que les moyens restent adaptés aux enjeux du territoire.
L'État précise également qu'ils pourront être renforcés sans délai si l'évolution de la situation le nécessitait.
Cette position entre directement en résonance avec les demandes formulées par l'Association Citoyen Mondorien.
L'ACM réclame en effet le renforcement des forces de l'ordre pendant toute la période des vacances scolaires, une réévaluation du dispositif de sécurisation de Saint-Louis et de l'axe stratégique du Mont-Dore, ainsi qu'une réponse ferme aux auteurs d'incendies, de caillassages et de violences.
L'association demande également une véritable concertation avec les habitants, les collectifs et les associations, une sécurisation effective du centre culturel et sportif de Boulari et une prise en compte des victimes à travers des dispositifs d'indemnisation.
L’ACM demande à rencontrer le Haut-Commissaire
L'Association Citoyen Mondorien indique avoir demandé à rencontrer directement le Haut-Commissaire.
Selon son communiqué, il lui aurait été répondu que celui-ci ne la recevrait pas personnellement et que la demande avait été orientée vers la commissaire déléguée de la République pour la Province Sud.
L'association affirme respecter les institutions et leurs représentants, mais renouvelle néanmoins sa demande de rendez-vous avec le représentant de l'État.
Son message est désormais direct : elle estime que les alertes lancées depuis plusieurs semaines doivent être entendues.
Pour l'ACM, la question n'est plus de savoir si la situation risque de se dégrader.
« Elle se dégrade déjà », affirme l'association.
Le Mont-Dore ne réclame, selon elle, aucun traitement de faveur. Il demande des actes et davantage de sécurité pour ses habitants, afin qu'ils puissent circuler, rentrer chez eux et dormir sans craindre les événements de la nuit suivante.
De son côté, l'État assure que les capacités d'intervention restent pleinement préservées et que des renforts pourront être déployés si la situation l'exige.
Entre ces deux positions, une réalité demeure : les habitants du Mont-Dore sont confrontés à une nouvelle série de faits violents alors que les autorités cherchent à démontrer que le dispositif de sécurité reste opérationnel.
L’Association Citoyen Mondorien adresse enfin son soutien aux victimes, et notamment au propriétaire du bus détruit à Boulari, qui se retrouve privé de son outil de travail.
Au Mont-Dore, la pression monte donc désormais sur les autorités locales comme sur l'État. La réponse aux prochains jours sera scrutée de près.



(Crédit photo : page Facebook "Nina Julié")

