De retour en métropole après une semaine de déplacements en Nouvelle-Calédonie, Anne-Sophie Ronceret, députée de la 10e circonscription des Yvelines, dresse un constat nuancé mais lucide de ce qu’elle a observé sur le territoire. Membre apparentée au groupe Ensemble pour la République, elle faisait partie de la délégation de dix parlementaires venus à la rencontre des acteurs locaux, économiques, institutionnels et associatifs.
Nommée en 2024 cheffe de cabinet adjointe auprès de la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, avant de succéder à Aurore Bergé à l’Assemblée nationale, Anne-Sophie Ronceret revendique une approche de terrain. Une méthode qu’elle estime indispensable dans un contexte de défiance croissante vis-à-vis de la parole publique.
Agriculture : des problématiques communes, des modèles qui se répondent
L’un des temps forts de son séjour a été la découverte du monde agricole calédonien, notamment en Brousse. Un déplacement qu’elle juge complémentaire des rencontres institutionnelles menées sur le Grand Nouméa.
« Aller en Brousse, c’était important pour pouvoir échanger directement avec les agriculteurs et les éleveurs sur les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui », explique-t-elle. Accès au foncier, adaptation au changement climatique, maintien des revenus : autant de problématiques qui font écho à celles observées en métropole.
La députée évoque notamment l’intérêt d’un dispositif inspiré de la SAFER, afin de faciliter l’installation des jeunes agriculteurs, tout en soulignant l’originalité du modèle calédonien de l’OSSEF, garant d’un revenu minimal pour les éleveurs. « Ce sont des systèmes différents, mais avec des problématiques similaires », observe-t-elle, y voyant même des pistes de réflexion transposables à l’Hexagone.
Une immersion marquante auprès des éleveurs
Au-delà des échanges techniques, Anne-Sophie Ronceret retient aussi l’expérience humaine. Loin des clichés, elle a partagé le quotidien des éleveurs, jusqu’à monter à cheval à leurs côtés.
« Monter à cheval avec du bétail, c’est autre chose, et surtout une occasion d’échanger concrètement sur leurs réalités », confie-t-elle, évoquant les contraintes sanitaires, l’adaptation des races et des pratiques, autant de spécificités peu connues en métropole.
Crédibilité de la parole publique : « continuer à aller vers »
Interrogée sur la défiance exprimée par de nombreux Calédoniens envers les annonces nationales, la députée reconnaît une crise plus large. « Cette difficulté, on la connaît aussi en métropole, dans un contexte d’instabilité politique qui dure », admet-elle.
Face à cela, elle défend une méthode : multiplier les déplacements, rencontrer les citoyens et les acteurs locaux, malgré « le brouhaha » de l’Assemblée nationale. « Malgré tout, il y a des gens qui travaillent », insiste-t-elle, estimant que la venue de dix députés en Nouvelle-Calédonie constitue « un message fort » pour rappeler que le dossier calédonien reste un sujet majeur au niveau national.
Émeutes : le choc des témoignages
Parmi les séquences les plus marquantes du séjour, la députée cite sans hésiter les rencontres avec des habitants du monde hors Sud, profondément marqués par les émeutes de 2024.
« Ce qui m’a le plus touchée, ce sont les témoignages sur les traumatismes vécus et les conditions dans lesquelles certains ont dû vivre pendant des mois », confie-t-elle. Attentes interminables pour se déplacer, difficultés pour aller travailler ou scolariser les enfants : des réalités qui, selon elle, ne peuvent être pleinement appréhendées à distance.
L’État, entre arbitre, soutien et garant régalien
Sur le rôle de l’État en Nouvelle-Calédonie, Anne-Sophie Ronceret plaide pour une approche équilibrée. « Il doit être à la fois soutien, arbitre et décideur », estime-t-elle, rappelant l’importance des compétences régaliennes, notamment en matière de sécurité.
Elle reconnaît toutefois les limites de l’action nationale face aux compétences du Congrès et du gouvernement local, tout en insistant sur la nécessité d’une continuité forte de la République.
« Nous repartons avec une légitimité renforcée »
Avant de quitter le territoire, la députée adresse un message clair aux Calédoniens. « Nous repartons avec une bien meilleure connaissance du territoire, qui nous donne une légitimité pour porter ces sujets à l’Assemblée nationale », affirme-t-elle.
Une légitimité qu’elle entend mettre au service d’un travail collectif, en appui notamment à Nicolas Metzdorf, afin de relayer, à Paris comme dans les médias, les enjeux spécifiques de la Nouvelle-Calédonie.
















