Gilbert Tyuienon, figure du FLNKS, a livré une intervention révélatrice d’une stratégie désormais bien rodée : refuser le compromis, dénoncer l’État, et renvoyer toute responsabilité à Paris. À l’heure où les discussions institutionnelles se poursuivent, son discours illustre surtout une incapacité persistante à sortir de la logique du blocage.
Une opposition de principe qui évite le débat
Le FLNKS a choisi de ne pas se rendre à Paris pour les échanges organisés au ministère des Outre-mer, préférant une demande de visioconférence à l’Élysée, finalement refusée. Cette posture est ensuite présentée comme une faute de l’État, alors même que le mouvement indépendantiste avait déjà rejeté le principe même des discussions autour de l’accord de Bougival.
Plutôt que d’assumer ce refus, Gilbert Tyuienon dénonce la « méthode », contestant la légitimité d’un texte qu’il qualifie de simple projet. Une manière commode d’éviter le fond, alors que Bougival vise précisément à sortir d’un enlisement institutionnel que le FLNKS entretient depuis plusieurs années.
Accord de Nouméa : une lecture figée et sélective
Le cœur de l’argumentaire repose sur une interprétation rigide et univoque de l’accord de Nouméa, présenté comme une promesse intangible de décolonisation, indépendante des réalités politiques, démographiques et démocratiques actuelles.
Or, cette lecture ignore volontairement les consultations référendaires successives, toutes défavorables à l’indépendance. Elle écarte aussi l’idée même d’adaptation institutionnelle, pourtant inhérente à tout processus démocratique. En refusant toute évolution, Gilbert Tyuienon transforme l’accord de Nouméa en totem idéologique, déconnecté du choix exprimé par la majorité des Calédoniens.
La peur instrumentalisée de la “partition”
Autre argument avancé : le risque supposé de partition du pays, lié au renforcement des compétences provinciales. Un discours alarmiste qui confond décentralisation et dislocation, alors que les provinces existent depuis des décennies sans avoir menacé l’unité territoriale.
Présenter la fiscalité provinciale ou des polices de proximité comme un danger relève davantage de la rhétorique anxiogène que de l’analyse institutionnelle. En réalité, cette peur traduit surtout la crainte de perdre un monopole politique, notamment dans les territoires où le FLNKS n’est plus majoritaire.
Responsabilité diluée, État systématiquement coupable
Tout au long de son intervention, Gilbert Tyuienon adopte une ligne constante : l’État serait responsable de toutes les crises, y compris des violences et des blocages récents. Le 13 mai est ainsi présenté comme la conséquence directe d’un “entêtement” parisien, sans jamais évoquer les appels à la mobilisation, les mots d’ordre politiques ou les stratégies de tension portées localement.
Cette posture de déresponsabilisation empêche toute autocritique et fige le débat dans un affrontement stérile, au détriment de la stabilité et de la reconstruction économique du territoire.
Une représentativité brandie, mais jamais confrontée au vote
Gilbert Tyuienon met en avant la représentativité du FLNKS : élus, maires, institutions coutumières. Mais cette accumulation de titres ne remplace pas le verdict des urnes, notamment en province Sud et lors des référendums.
Paradoxalement, le discours se veut démocratique tout en contestant les conditions mêmes de l’exercice électoral, notamment sur les provinciales. Revendiquer la démocratie tout en la conditionnant au résultat attendu révèle une contradiction politique majeure.
Nickel, économie : un pragmatisme tardif
Sur le dossier du nickel, le ton se veut soudain plus pragmatique : ouverture à l’exportation, adaptation aux réalités économiques, prise en compte de la survie des bassins miniers. Une évolution notable, mais qui contraste fortement avec les blocages idéologiques passés, ayant contribué à fragiliser la filière.
Ce virage tardif souligne une constante : le pragmatisme n’émerge qu’une fois la crise installée, jamais en amont.
L’intervention de Gilbert Tyuienon illustre une ligne politique inchangée : refuser l’évolution, dénoncer l’État et brandir des principes sans jamais proposer de solution opérationnelle. À force de confondre fidélité idéologique et immobilisme, le FLNKS prend le risque de s’isoler durablement, alors que la Nouvelle-Calédonie a besoin de clarté, de stabilité et de responsabilité.


















