L’incendie volontaire qui a frappé l’école Jack Mainguet, à Dumbéa-Centre, marque un nouveau seuil dans la dégradation du climat scolaire en Nouvelle-Calédonie. Déjà fragilisé par les émeutes de 2024, l’établissement a vu deux classes partir en fumée alors même que les travaux de rénovation étaient encore en cours. Au-delà des dégâts matériels, c’est un symbole républicain qui a été visé, relançant brutalement le débat sur la sécurité des écoles, la responsabilité parentale et la réponse pénale face à la délinquance juvénile.
Une école déjà meurtrie, de nouveau frappée
L’école Jack Mainguet n’en était pas à sa première épreuve. Touchée lors des violences de 2024, elle faisait encore l’objet de travaux de remise en état lorsque l’incendie criminel est survenu. Deux salles de classe ont été entièrement détruites, du matériel informatique réduit à néant, des tableaux numériques anéantis, et des ouvrages scolaires brûlés ou rendus inutilisables par la suie .
Mais derrière l’inventaire matériel, il faut insister sur la dimension humaine du drame. Les enseignantes ont vu disparaître « des centaines d’heures passées à créer, construire et transmettre », un travail patient et invisible qui ne se reconstitue pas par un simple chèque ou une annonce administrative . L’école, censée être un lieu de stabilité et de protection, est devenue un espace de vulnérabilité permanente.
Des enseignants à bout, une peur devenue quotidienne
Travailler « la peur au ventre » : l’expression n’est pas anodine. Elle traduit un basculement profond du quotidien scolaire, où l’insécurité n’est plus exceptionnelle mais répétée. Vandalisme, errance de mineurs, violences et désormais incendies criminels sur le lieu même du travail des enseignants : le communiqué dresse un tableau sans concession .
Le passage le plus marquant reste sans doute celui décrivant des enseignantes contraintes de nettoyer seules des salles calcinées, recouvertes de suie, dans une atmosphère d’indifférence générale.
Les mots ne suffisent plus
est-il écrit, soulignant le décalage entre les discours officiels et la réalité vécue sur le terrain . L’école n’est plus perçue comme un sanctuaire, mais comme une cible.
Insécurité scolaire : l’appel à une réponse ferme
Face à cette situation, des élus municipaux dont Cynthia Jan refusent les « condamnations de principe » et appelle à des mesures concrètes. Trois axes sont clairement posés : une sécurisation réelle des établissements, une réponse pénale adaptée à l’insécurité subie par les administrés, et une implication pleine de l’État, notamment sur la question carcérale .
La question de la responsabilité parentale est également posée sans détour. Apprendre que les auteurs présumés, parmi lesquels figurent des mineurs, seraient issus du quartier et d’anciens élèves de l’école rend les faits encore plus difficiles à accepter.
Aucune excuse, aucune justification, aucune minimisation n’est acceptable
martèle Cynthia Jan . Une ligne claire est tracée : le vandalisme scolaire ne peut plus être relativisé au nom du contexte social.
Quand l’école devient un enjeu politique local
L’affaire dépasse désormais le simple fait divers. Elle s’inscrit dans un contexte politique local tendu, à l’approche des municipales de mars 2026 à Dumbéa. Cynthia Jan, candidate et conseillère municipale, cheffe de file du groupe Les Loyalistes – Le Rassemblement à Dumbéa, sans détour, lie la question scolaire à celle de l’ordre public et de l’autorité. L’école est présentée comme une ligne rouge : y porter atteinte revient à remettre en cause l’avenir collectif. Dans une société déjà fracturée, l’abandon de l’école à la violence constituerait un renoncement majeur.
L’incendie de l’école Jack Mainguet agit comme un révélateur brutal. Il interroge la capacité des pouvoirs publics à protéger ce qui devrait rester inviolable : l’école. À Dumbéa comme ailleurs, la question n’est plus seulement de réparer, mais de restaurer l’autorité et le respect autour de l’institution scolaire. Sans réponse ferme et cohérente, le risque est clair : voir s’installer l’idée que plus rien n’est sacré. Or, comme le rappelle Cynthia Jan, « détruire une école, c’est attaquer l’avenir ».

















