Quand un territoire est au bord du gouffre, le courage politique ne consiste pas à flatter, mais à trancher.
La Nouvelle-Calédonie entre dans une semaine décisive, où le réel rattrape enfin les discours.
Un budget de responsabilité dans un territoire meurtri
La semaine qui s’ouvre s’annonce cruciale pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. À partir de ce lundi 26 janvier 2026, les élus du Congrès examinent, en commission intérieure, le budget primitif 2026, un texte lourd, impopulaire, mais assumé.
Les chiffres sont sans appel : baisse globale de 20 %, jour de carence instauré, minoration des retraites de la fonction publique, gel des retraites du secteur privé. Personne ne fait cela par plaisir. Le gouvernement l’assume : c’est un devoir de responsabilité.
Depuis des mois, les Calédoniens ont été profondément meurtris par la crise économique, sociale et institutionnelle. Mais refuser la réalité budgétaire aurait été pire. L’objectif est clair : donner un budget à la Nouvelle-Calédonie, offrir de la visibilité et, surtout, montrer à l’État une trajectoire crédible de redressement des comptes publics.
Le message envoyé à Paris est limpide : la collectivité accepte de réduire ses dépenses, mais refuse une réforme unique fondée sur l’augmentation aveugle de la pression fiscale. La stratégie retenue est pluriannuelle, visant un retour progressif au niveau de PIB et de recettes fiscales, sans asphyxier davantage une économie déjà fragilisée.
Des commissions marathon pour disséquer chaque franc public
Le calendrier parlementaire illustre la gravité du moment. Les commissions des finances et du budget (CFB), parfois réunies conjointement avec près de dix commissions sectorielles, vont examiner, mission par mission, programme par programme, l’ensemble de la dépense publique calédonienne.
Seront notamment passés au crible :
– les relations financières avec les collectivités locales,
– les pouvoirs publics et institutions,
– la fonction publique, la santé, les solidarités,
– les transports, l’énergie, l’économie, les mines,
– l’enseignement, la formation professionnelle,
– et enfin la gestion de la dette et de la trésorerie.
Cette méthode n’a rien d’anodin. Elle traduit une volonté politique : chaque dépense doit désormais être justifiée. Le temps de l’argent facile est terminé. La commission examinera également la décision modificative n° 4 du budget 2025, indispensable pour assurer la régularité comptable avant la clôture.
État, emprunt et menace de tutelle : l’ultime avertissement
Derrière les chiffres, un sujet domine : la survie de l’autonomie financière du territoire. Pour éviter l’effondrement des régimes sociaux et soutenir la reprise, l’État a accordé sa garantie à un emprunt pouvant atteindre un milliard d’euros. Une première tranche de 95 milliards de francs CFP a déjà été mobilisée.
Cet argent a permis de rembourser des avances de l’Agence France Trésor, de la Banque des Territoires et de financer des besoins majeurs : soutien aux régimes sociaux, déficit électrique, pertes fiscales. Mais cette solution exceptionnelle a ses limites.
L’État n’a autorisé qu’un transfert dérogatoire de 18 milliards de francs CFP, laissant un déficit de fonctionnement de 29 milliards de francs CFP.
Faute d’alternative, l’État propose un étalement des charges sur dix ans, avec un amortissement annuel de 4,1 milliards de francs CFP dès 2028, auquel s’ajouteront les intérêts des prêts garantis. Une bombe à retardement budgétaire.
Le message est brutal mais honnête : sans ce dispositif provisoire, la Nouvelle-Calédonie s’expose à une mise sous tutelle par la Chambre territoriale des comptes, avec, à la clé, une perte totale de pouvoir décisionnel. Le gouvernement local le reconnaît : cette solution n’est ni souhaitable ni durable, mais elle est aujourd’hui la seule permettant d’éviter le chaos institutionnel.


















