Ils croyaient Paris protégée, moderne, à l’abri des colères de la nature.
En janvier 1910, la réalité a brutalement rappelé que la puissance d’un fleuve ne se négocie pas.
Janvier 1910 : la capitale française à genoux face à la Seine
Le 28 janvier 1910 reste gravé comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire parisienne. Ce matin-là, la Seine atteint 8,62 mètres au pont d’Austerlitz, un niveau jamais observé jusque-là.
Le centre de Paris, les quais, les caves, les sous-sols et les réseaux souterrains sont envahis.
Deux cent mille Parisiens se retrouvent sinistrés, des milliers d’immeubles sont inondés, l’activité économique est à l’arrêt.
Contrairement à certaines catastrophes contemporaines instrumentalisées, les faits sont clairs : une seule victime est officiellement recensée, un sapeur-pompier emporté avec son embarcation, symbole d’un État déjà mobilisé au service de la population.
La capitale découvre alors sa vulnérabilité. Malgré ses égouts modernes, ses ponts et ses infrastructures industrielles, Paris n’était pas préparée à un tel choc hydrologique.
Cette crue exceptionnelle devient immédiatement la référence absolue pour toutes les politiques publiques de prévention des inondations.
Crue centennale : un phénomène naturel rare mais parfaitement explicable
Une crue centennale ne signifie pas qu’elle survient tous les cent ans.
Elle désigne un événement statistiquement rare, mais scientifiquement compréhensible et prévisible.
Dans le cas de la Seine, le mécanisme est désormais bien identifié.
Le fleuve subit des variations saisonnières normales, liées aux précipitations sur son bassin versant.
Mais une grande crue survient lorsque plusieurs facteurs se conjuguent :
– des pluies prolongées,
– des sols saturés,
– et surtout la conjonction des crues de plusieurs affluents majeurs.
Paris se situe à un point stratégique : à la confluence de la Seine et de la Marne. Lorsque les crues de la Marne, de la Seine amont, de l’Aube et de l’Yonne arrivent simultanément, le pic devient inévitable.
Une grande crue se distingue aussi par sa durée. Elle monte rapidement, parfois jusqu’à 50 cm par jour, mais redescend lentement, stagnante dans les zones basses pendant plusieurs semaines.
L’échelle du pont d’Austerlitz, où le niveau normal est d’environ un mètre, sert de référence officielle.
En 1910, la Seine y dépasse huit fois son niveau habituel.
1910 : une catastrophe fondatrice pour l’État et la prévention moderne
L’origine de la crue de 1910 remonte à l’automne 1909. Les mois de septembre, octobre et décembre enregistrent des précipitations deux fois supérieures aux normales saisonnières.
Les sols du bassin de la Seine sont gorgés d’eau. Début janvier, les pluies reprennent sans répit.
Du 18 au 21 janvier, quatre jours de précipitations intenses dans l’Yonne provoquent une montée brutale des eaux en amont.
Les pics de la Marne et de la Seine se superposent et convergent vers Paris.
Le résultat est sans appel : un sommet historique le 28 janvier 1910. La ville est paralysée, les transports interrompus, les commerces fermés, l’armée et les services publics mobilisés.
Paris avait pourtant déjà connu des crues majeures.
Dès l’Antiquité, les habitants s’installaient sur les îles de la Seine, à la fois protégés et exposés.
En décembre 1740, la Seine atteignait déjà 7,9 mètres au pont de la Tournelle, échelle officielle depuis 1719.
Mais jamais une crue n’avait frappé une ville aussi dense, industrialisée et interconnectée.
C’est précisément cette contradiction qui marque les esprits en 1910 : la modernité ne protège pas sans anticipation, autorité et planification.
Dès février 1910, l’État réagit. Une Commission des inondations est instaurée pour analyser les causes, tirer les enseignements et proposer des solutions concrètes.
Les politiques actuelles de prévention, les barrages-réservoirs, les plans de gestion de crise et la cartographie des zones inondables découlent directement de ce traumatisme national.
La crue de 1910 n’est pas un récit anxiogène. C’est une leçon d’histoire, rappelant que la puissance publique doit prévoir, décider et protéger, sans déni ni idéologie.
La grande crue de 1910 demeure un repère absolu. Non pour alimenter la peur, mais pour rappeler une vérité simple : face aux forces naturelles, seule la rigueur, la mémoire et l’autorité publique permettent d’éviter le chaos.


















