Au terme de son 56ᵉ congrès, l’Union calédonienne dénonce l’accord complémentaire de Bougival et avertit l’État contre tout passage en force institutionnel.
Une motion solennelle qui marque un durcissement politique
Réunie fin janvier 2026 à Pénélo, sur l’île de Maré, l’Union calédonienne a adopté une motion de politique générale au ton particulièrement ferme. Le texte, dense et juridiquement charpenté, se veut à la fois un rappel historique, un acte de rejet politique et une mise en garde directe adressée à l’État français.
L’UC y réaffirme son attachement aux accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa, présentés comme les seuls cadres légitimes ayant permis la paix civile et le rééquilibrage du territoire. Elle invoque le dialogue, le consensus et l’impartialité de l’État comme conditions indispensables à toute solution durable.
Mais derrière ce discours institutionnel, la motion révèle surtout un durcissement stratégique assumé, dans un contexte électoral jugé déterminant pour le mouvement indépendantiste.
Le rejet de Bougival, symbole d’une rupture revendiquée
Le cœur du texte réside dans le rejet formel de l’accord complémentaire au projet de Bougival, signé à Paris le 19 janvier 2026. L’Union calédonienne y voit la confirmation d’un « passage en force » de l’État, accusé d’imposer un processus non consensuel, contraire aux engagements internationaux de la France en matière de décolonisation.
L’accord est décrit comme un texte construit sur un chantage économique et porteur de conséquences graves pour l’avenir du pays et de ses populations. En rappelant les rejets successifs actés dès l’été 2025 par les instances du FLNKS, l’UC entend démontrer la continuité de son opposition et légitimer une ligne de refus total.
Pour autant, cette lecture pose une première question de fond : le consensus invoqué peut-il devenir un droit de veto permanent ?
Car si le consensus est présenté comme une exigence absolue, il semble ne valoir que lorsqu’il conduit à l’issue souhaitée. Dès lors qu’une consultation produit un résultat contraire, elle est contestée, disqualifiée ou déclarée illégitime.
Dialogue pacifique ou rapport de force assumé ?
Autre tension majeure du texte : l’écart entre les intentions affichées et le vocabulaire employé. La motion revendique un dialogue sincère, inclusif et pacifique. Pourtant, elle mobilise simultanément une rhétorique de lutte, de mobilisation générale et de « mise en ordre de bataille » des structures du mouvement.
Cette contradiction n’est pas anodine. Elle interroge la nature réelle du processus défendu. Peut-on appeler au dialogue tout en annonçant que l’issue est non négociable ? Peut-on revendiquer la paix tout en posant explicitement les bases d’un rapport de force politique avec l’État ?
En mettant en garde contre « les mêmes causes produisant les mêmes effets », l’Union calédonienne convoque les heures sombres de l’histoire institutionnelle du territoire. Mais cette mise en garde agit aussi comme une pression politique implicite, adressée à l’État et à l’opinion publique.
L’État sommé d’être impartial… mais jamais pleinement légitime
La motion exige de l’État français impartialité, respect du droit et fidélité au cadre de l’accord de Nouméa. Dans le même temps, elle refuse par avance toute évolution institutionnelle qui ne conduirait pas explicitement à la pleine souveraineté.
Cette posture soulève une question centrale : peut-on encore parler de négociation lorsque l’issue est fixée à l’avance ?
Lorsque toute alternative est rejetée comme une manœuvre coloniale et toute décision contraire assimilée à un passage en force, le dialogue devient mécaniquement asymétrique.
L’État est sommé d’appliquer les règles, mais uniquement si celles-ci conduisent à la trajectoire définie par le mouvement indépendantiste. Une conception qui transforme le cadre de discussion en simple étape vers une finalité déjà arrêtée.
Une stratégie politique assumée à l’approche des échéances électorales
Enfin, la motion s’inscrit clairement dans une séquence électorale stratégique. Municipales, provinciales, mobilisation de la jeunesse, réaffirmation du rôle central du FLNKS : tous les marqueurs d’une phase de recomposition politique sont présents.
En appelant à une implication renforcée de la jeunesse et en affirmant son soutien total aux actions du FLNKS, l’Union calédonienne assume une ligne de fermeté maximale. L’objectif est clair : verrouiller le récit politique, maintenir la pression sur l’État et imposer une lecture unique du processus de décolonisation.
Reste une interrogation majeure, que la motion laisse volontairement en suspens : comment construire un avenir institutionnel stable lorsque le compromis est présenté comme une renonciation, et la décision démocratique comme une contrainte illégitime ?

















