Deux visions de l’action publique s’affrontent désormais au grand jour.
D’un côté, l’exigence de transparence au nom de l’argent public ; de l’autre, une institution habituée à fonctionner à l’abri des regards.
La province Sud, pilier financier devenu exigeant
Depuis plusieurs mois, la province Sud apparaît comme l’acteur central du sauvetage du réseau catholique en Nouvelle-Calédonie. Contrairement à un discours victimaire désormais bien rodé, la collectivité n’a ni coupé les vivres ni abandonné les établissements sous contrat. Elle a maintenu son soutien financier, tout en posant une condition claire : la transparence.
Un virage assumé. Car lorsque l’argent public finance directement des structures privées, la reddition des comptes n’est pas une option idéologique, mais une obligation démocratique. La province Sud, régulièrement accusée de « désengagement », rappelle qu’elle agit désormais comme un financeur responsable, soucieux des familles et de la continuité du service éducatif.
Ce positionnement tranche avec des décennies de subventions quasi automatiques, héritées d’une position historique de l’enseignement catholique, longtemps considéré comme intouchable. Ce temps-là est terminé. La collectivité l’assume : servir 12 000 élèves chaque jour suppose une gestion rigoureuse et lisible.
Plan social, silence et inquiétudes à l’approche de la rentrée
Mi-janvier, la Direction diocésaine de l’enseignement catholique (DDEC) a annoncé la mise en œuvre d’un plan de licenciements concernant environ 75 salariés, validé par les organisations syndicales. À deux semaines de la rentrée scolaire, l’impact concret sur l’accueil des élèves reste flou.
Cette incertitude a provoqué la réaction de la province Sud. Dans un communiqué, la Maison bleue fait part de sa « vive inquiétude face à l’opacité persistante » de la DDEC et évoque un « manque de visibilité » empêchant les collectivités de préparer sereinement la rentrée pour les familles concernées.
Manoël Van Aerschodt, directeur de l’enseignement catholique, réfute toute volonté de dissimulation. Il invoque le strict respect du droit du travail, rappelant que, tant que les procédures ne sont pas validées par l’inspection du travail, aucune communication nominative ou détaillée n’est légalement possible. « Donc on me reproche de respecter la loi », affirme-t-il.
Mais pour la province Sud, la question n’est pas juridique : elle est politique et opérationnelle. Comment anticiper les conséquences sur les internats, la restauration scolaire ou l’encadrement pédagogique sans données claires ?
Fin d’un modèle protégé : l’ère des comptes à rendre
Le point de crispation cristallise une réalité plus profonde. L’enseignement catholique entre de force dans une ère de reddition des comptes. L’exemple de l’internat du collège Saint-Dominique Savio, à La Foa, dont une fermeture est évoquée sans décision actée, illustre ce flottement qui exaspère les collectivités.
Manoël Van Aerschodt renvoie la responsabilité aux financeurs publics, rappelant que la contribution provinciale aurait été divisée par quatre et que les alertes financières remontent à plusieurs années. Il s’interroge : « Pourquoi n’ont-ils pas réagi plus tôt ? »
Pour la province Sud, la réponse est claire : les subventions ne peuvent plus compenser une gouvernance déficiente. En novembre déjà, la suspension temporaire du service de cantine avait servi de signal d’alarme. Le Congrès a bien voté une subvention exceptionnelle de 400 millions de francs, dont 300 millions pour la DDEC, mais, à ce jour, seuls 150 millions auraient été effectivement perçus.
Depuis l’adoption de la délibération 360 en 2023, la répartition du financement entre communes, provinces et Nouvelle-Calédonie révèle les fragilités d’un système devenu intenable. Certaines communes n’assument plus leurs engagements. Le taux de financement par élève reste inchangé, malgré des promesses écrites, selon la DDEC.
Désormais, le message politique est limpide : l’argent public appelle des réformes financières et sociales vérifiables. L’étude stratégique exigée en contrepartie de la subvention exceptionnelle en est la traduction concrète.
L’enseignement catholique, pilier éducatif historique, ne disparaîtra pas. Mais il ne pourra plus fonctionner hors sol, protégé par son passé. La province Sud, en imposant la transparence, ne fragilise pas l’école : elle rappelle simplement qu’aucune institution subventionnée n’est au-dessus des règles communes.





















