Mardi soir, à Dumbéa, les forces politiques non-indépendantistes ont choisi de se montrer unies. La réunion organisée dans la commune n’avait rien d’anodin. Elle visait à acter officiellement des fusions de listes et à poser les bases d’une campagne municipale pensée comme un tournant politique local. Un moment assumé, à la fois stratégique et symbolique, destiné à marquer l’entrée dans une campagne désormais pleinement lancée.
Autour de cette table, plusieurs formations longtemps concurrentes ont décidé de dépasser leurs divergences. Les Républicains calédoniens, le MPC, Générations NC et le Rassemblement ont acté leur rapprochement à Dumbéa, convaincus qu’une élection municipale de cette ampleur ne se gagne pas dans la dispersion. Le message adressé aux militants était clair : l’heure est au rassemblement, à la discipline collective et à l’efficacité électorale.
Une alliance politique assumée
Cette union rassemble Les Républicains calédoniens de Sonia Backès, le MPC de Gil Brial, Générations NC portée par Nicolas Metzdorf, ainsi que le Rassemblement représenté par Xavier Rossard et Alcide Ponga.
Au-delà des logos et des sigles, cette fusion traduit une prise de conscience politique : à Dumbéa, les divisions internes ont trop souvent pesé lourd dans les urnes. Cette fois, les responsables présents ont assumé un choix stratégique, celui de privilégier l’unité plutôt que la concurrence interne.
Une logique d’union qui dépasse Dumbéa
La réunion de mardi s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur l’ensemble du territoire. Pour ces municipales, l’union a été recherchée dans la majorité des communes, parfois au prix de compromis délicats, mais avec la volonté affichée d’éviter l’éparpillement des forces.
Dumbéa n’est donc pas un cas isolé, mais l’un des exemples les plus visibles de cette stratégie. Commune stratégique du Grand Nouméa, elle concentre des enjeux démographiques, économiques et politiques majeurs. Un échec ici aurait une portée bien au-delà de ses frontières administratives.
Nouméa, la grande exception
Dans ce paysage d’alliances, une exception notable subsiste toutefois : Nouméa. Dans la capitale, aucune entente n’a été trouvée. Une candidature issue du Rassemblement fera face à une candidature loyaliste distincte, laissant présager un affrontement frontal entre deux camps pourtant proches idéologiquement.
Cette situation rappelle que l’union n’est jamais automatique. Elle dépend de rapports de force locaux, d’histoires politiques parfois lourdes et de lignes de fracture qui ne se résorbent pas toujours à l’approche d’un scrutin.
Le Mont-Dore et la fiction du « sans étiquette »
Autre configuration particulière : celle du Mont-Dore. La maire actuelle, Élizabeth Rivière, qui a succédé en cours de mandat à Edi Lecourieux, se présente aujourd’hui comme candidate sans étiquette.
Une présentation qui, sur le terrain, laisse sceptiques nombre d’observateurs. Car aucune campagne municipale ne se mène sans structure, sans militants, sans organisation. Et derrière cette candidature dite indépendante, c’est bien l’appareil politique du Rassemblement qui œuvre activement à la réélection de la maire sortante, mobilisant réseaux et forces militantes.
Des alliances également hors du Grand Nouméa
En dehors du Grand Nouméa, la même logique prévaut. À Bourail, une candidature bénéficie aujourd’hui du soutien de l’ensemble des Loyalistes élargis, illustrant cette volonté partagée de privilégier la cohérence politique à la dispersion des voix. Là encore, l’objectif est clair : sécuriser des majorités locales dans un contexte politique devenu plus incertain.
Dumbéa, une union sous tension
À Dumbéa, si l’union a été proclamée, elle n’est pas exempte de fragilités. La candidature de Muriel Malfar vient rappeler que les campagnes municipales sont aussi des moments où les ambitions individuelles s’expriment sans détour. Ancienne élue provinciale sous l’étiquette loyaliste durant six ans, elle a choisi de se lancer seule, en dehors du cadre de l’accord conclu mardi.
Un choix qui fragilise mécaniquement la dynamique collective et illustre une réalité bien connue du jeu politique local : à l’approche des élections, les égos ressurgissent, chacun se projetant dans un destin politique qui, bien souvent, n’est partagé que par lui-même.
Le camp indépendantiste se structure, mais reste fragmenté
Du côté indépendantiste, les lignes commencent également à se dessiner. Une candidature portée par Rachel Aucher a été officiellement annoncée pour le FLNKS, donnant un visage clair au camp indépendantiste à Dumbéa.
Parallèlement, une autre liste menée par les Tonia s’est déclarée. Reste à savoir si ces différentes initiatives convergeront vers une candidature unique ou si elles traduisent une dispersion durable des forces indépendantistes. À ce stade, rien n’indique qu’un accord global ait été trouvé, et d’autres sensibilités, notamment issues de l’UNI, pourraient encore entrer en lice dans les jours ou les semaines à venir.
Une municipale à forts enjeux politiques
À Dumbéa, cette élection municipale dépasse largement le cadre d’un simple scrutin local. Elle cristallise les tentatives de rassemblement, les résistances individuelles et les recompositions politiques à l’œuvre sur l’ensemble du territoire. La campagne est désormais engagée. Reste à savoir si l’union affichée mardi saura résister à l’épreuve du terrain et, surtout, à celle des urnes.



















