La Nouvelle-Calédonie vacille sur un pilier essentiel : sa santé.
Hôpitaux sous tension, soignants à bout, pouvoir politique sommé d’agir avant la rupture totale.
La santé calédonienne, un patient en état critique
Depuis la crise du Covid, le système de santé de la Nouvelle-Calédonie n’a jamais retrouvé l’équilibre. Les émeutes de mai 2024 ont achevé de fragiliser un édifice déjà fissuré, révélant un territoire sanitairement à genoux, dépendant de rustines et de renforts venus de métropole.
Débrayages, grèves, banderoles, communiqués syndicaux : le ras-le-bol du personnel soignant est devenu chronique. Chaque alerte est un signal faible de plus ignoré, chaque mobilisation un cri lancé dans le vide.
Au cœur des revendications, un malaise profond et durable : manque de reconnaissance, épuisement professionnel, tensions permanentes dans les services et, surtout, un sentiment d’abandon politique. Depuis mai 2024, les conditions de travail se sont encore dégradées, accentuant une fracture déjà béante entre les discours institutionnels et la réalité du terrain.
Les mesures dites « d’attractivité » mises en place ces derniers mois ont parfois produit l’effet inverse de celui recherché. En créant des écarts de rémunération et de conditions de travail entre nouveaux arrivants et agents expérimentés, elles ont alimenté un sentiment d’injustice interne, délétère pour la cohésion des équipes. Résultat : les anciens tiennent par devoir, les jeunes repartent par découragement.
Pendant ce temps, le gouvernement communique. Beaucoup. Trop, selon les soignants, qui dénoncent des listes à la Prévert, sans vision globale ni réforme structurelle. Le corps médical ne demande plus des annonces, mais une politique sanitaire claire, assumée et durable, capable de remettre la Nouvelle-Calédonie sur pied et d’éviter une lente dérive vers un système de soins dégradé, indigne d’un territoire français.
Soignants en alerte maximale face à l’inaction politique
Cette semaine encore, les banderoles ont fleuri devant les établissements de santé. Le message est limpide : la coupe est pleine. Infirmiers, aides-soignants, cadres de santé et médecins alertent sans relâche sur la perte de sens et l’épuisement général.
Le patient « santé calédonien » est décrit sans détour comme en état végétatif, maintenu artificiellement par des dispositifs temporaires et des renforts extérieurs.
Le refus de la victimisation est pourtant clair. Le personnel soignant ne réclame pas des privilèges, mais le respect dû à des professions essentielles, qui tiennent à bout de bras un système au bord de la rupture. Dans un territoire insulaire confronté à de fortes contraintes géographiques et démographiques, la dépendance permanente à la métropole est vécue comme un aveu d’échec collectif.
L’enjeu dépasse largement la question salariale. Il s’agit de souveraineté sanitaire, de capacité à soigner dignement la population locale, sans improvisation ni bricolage permanent. À défaut d’un sursaut, la Calédonie risque de perdre son attractivité médicale et de voir s’installer durablement une médecine à deux vitesses.
Un Ségur de la santé calédonien : espoir réel ou énième promesse ?
C’est dans ce contexte explosif que Claude Gambey, membre du gouvernement en charge de la santé, Christopher Gygès, en charge des comptes sociaux, et Naïa Wateou, en charge de la fonction publique, se sont rendus au Médipôle ce jeudi 5 février 2026.
Objectif affiché : écouter, apaiser et relancer le dialogue avec les équipes et les organisations syndicales, notamment l’UT-CFE-CGC et la Fédé.
Quelques annonces ont été faites. La plus attendue concerne un texte de revalorisation de certains professionnels paramédicaux et cadres de santé, présenté dès juillet dernier et qui devrait enfin être examiné au Congrès au mois de mars. Une avancée saluée avec prudence par Emmanuel Soeria, représentant de l’UT-CFE-CGC Santé au CHT, qui rappelle que seule l’adoption effective du texte comptera.
Autre annonce majeure : la création d’un Ségur de la santé calédonien, inspiré du Ségur national lancé en métropole après le Covid. Selon Christopher Gygès, porte-parole du gouvernement, il s’agit de s’inscrire dans une démarche de long terme, adaptée aux réalités locales, avec une phase de travail dès février et une séquence formelle prévue fin mars 2026.
Les objectifs affichés sont clairs :
– revaloriser et reconnaître les professionnels de santé, notamment dans les métiers en tension ;
– améliorer les conditions de travail et l’attractivité des carrières sanitaires et médico-sociales ;
– renforcer l’offre de soins sur l’ensemble du territoire ;
– moderniser la gouvernance du système de santé en associant davantage les soignants ;
– assurer la soutenabilité financière et la pérennité des comptes sociaux.
Sur le papier, l’ambition est là. Sur le terrain, les soignants attendent des actes. Plus qu’un Ségur de plus, ils réclament un électrochoc politique, une réforme structurelle capable de faire de la Nouvelle-Calédonie un phare sanitaire régional, et non un territoire sous perfusion permanente.
La santé n’est pas un poste budgétaire comme les autres. Elle est le socle de la cohésion sociale, de la dignité nationale et de la crédibilité institutionnelle. À force d’attendre, le risque n’est plus théorique : c’est celui d’un déclassement sanitaire durable. Et cette fois, la responsabilité politique ne pourra plus être diluée.


















