La réussite industrielle n’est pas un gros mot lorsqu’elle s’appuie sur le travail, la rigueur et la responsabilité.
En Nouvelle-Calédonie, la filière crevette démontre qu’excellence environnementale et performance économique peuvent aller de pair.
Une certification internationale qui valide des décennies de rigueur
L’obtention de la certification ASC (Aquaculture Stewardship Council) par l’usine SICA NC de Boulouparis constitue une reconnaissance majeure pour la filière crevetticole calédonienne. Ce label international, parmi les plus exigeants au monde en matière d’aquaculture responsable, n’est attribué qu’aux exploitations respectant des critères stricts et vérifiables.
La certification ASC récompense un engagement concret et mesurable en faveur de la préservation des lagons, de la biodiversité, de la gestion raisonnée des ressources naturelles, du bien-être animal, du respect des conditions sociales et de travail, ainsi que d’une traçabilité complète, de l’élevage jusqu’à la transformation.
Loin des effets d’annonce, cette distinction valide un modèle de production extensive, parfaitement adapté à l’environnement calédonien. La crevette bleue, produit emblématique du territoire, s’impose par sa qualité gustative, sa constance et son mode de production respectueux des équilibres naturels.
Dans un contexte international marqué par des exigences croissantes en matière de durabilité, la certification ASC constitue un levier stratégique pour sécuriser les débouchés, renforcer la compétitivité à l’export et protéger un patrimoine naturel unique.
Une filière bâtie sur la science, la méthode et l’investissement local
La crevetticulture calédonienne n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur un travail scientifique de long terme, initié dès 1973 par l’Ifremer, avec le soutien constant des institutions locales. Les premières expérimentations, menées à partir de fermes pilotes, ont permis d’aboutir à une filière aquacole complète et intégrée.
Dans les années 1990, la crevette bleue, parfaitement adaptée au climat calédonien, s’impose progressivement sur le marché local et à l’export. La filière se structure autour d’installations industrielles performantes : fermes d’élevage, écloseries, unités de fabrication d’aliments, ateliers de conditionnement et circuits d’exportation.
En 2023, la filière comptait 18 fermes, 4 écloseries, 2 producteurs d’aliments et un atelier central de conditionnement chargé de la commercialisation à l’export. Cette organisation repose notamment sur le Groupement des fermes aquacoles (GFA) et le Centre calédonien de développement et de transfert en aquaculture marine (CCDTAM), sous l’égide de la Technopole.
L’Ifremer continue d’accompagner techniquement les professionnels, garantissant une amélioration constante des pratiques et une adaptation aux contraintes sanitaires et environnementales. La crevetticulture calédonienne est aujourd’hui une source d’inspiration pour le développement de nouvelles filières aquacoles durables sur le territoire.
Un pilier économique stratégique pour la Nouvelle-Calédonie
La filière calédonienne produit l’une des crevettes d’élevage les plus prestigieuses et savoureuses au monde. Après un apogée atteint en 2004-2005, avec près de 2 500 tonnes par an issues de 167 millions de post-larves, la production s’est stabilisée autour de 1 350 tonnes par an depuis 2018, avec une moyenne de 100 millions de post-larves.
Malgré cette contraction des volumes, la filière a su monter en gamme. Les prix sur le marché du luxe à l’export ont progressé de 30 % au cours des trois dernières années, un marché toujours plus demandeur de produits premium, traçables et responsables.
La crevette représente un chiffre d’affaires de 1,8 milliard de francs CFP à la première vente, un niveau comparable à celui des filières bovine et porcine, autres piliers de l’élevage calédonien. Elle génère 250 emplois directs et jusqu’à 900 emplois indirects saisonniers, du Nord au Sud de la Grande Terre.
Créée en 1994, la SOPAC (Société des producteurs aquacoles calédoniens) fédère l’ensemble des acteurs de la filière, des écloseries aux distributeurs. Sa mission est claire : garantir une qualité irréprochable, promouvoir une aquaculture responsable et offrir une crevette d’exception sur les marchés internationaux.
La SOPAC s’appuie sur des partenariats solides avec des distributeurs reconnus : Godak au Japon, Prestige Seafood en Europe, Savory Gourmet aux États-Unis, Austral Fisheries en Australie. Produit 100 % français, la crevette calédonienne a été plusieurs fois récompensée, notamment Saveur de l’Année 2008 et le Superior Taste Award trois étoiles décerné par l’ITQI de Bruxelles.
Agréée par les services vétérinaires de Nouvelle-Calédonie pour l’export vers l’Europe, la filière a démontré sa résilience. Malgré les émeutes du 13 mai 2024, la production a atteint 1 400 tonnes, preuve d’une organisation solide et d’un engagement sans faille des professionnels.
Aujourd’hui rentable, structurée et reconnue, la filière crevette peut et doit servir de colonne vertébrale au développement d’une aquaculture durable, souveraine et ambitieuse en Nouvelle-Calédonie.


















