Quand la protection de l’environnement cesse d’être un slogan pour devenir une action concrète, rigoureuse et enracinée dans le territoire.
À Poum, l’écologie n’est ni punitive ni idéologique : elle est scientifique, locale et au service des habitants.
Une reconnaissance nationale pour un projet né sur le terrain
La remise officielle de la palme IFRECOR 2025 à la mairie de Poum consacre un travail de fond, loin des effets d’annonce. Cette distinction nationale vient saluer l’Atlas de la biodiversité communale (ABC) de Poum, un projet participatif d’une ampleur inédite à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie, désormais reconnu comme une référence au niveau national.
Réalisé entre 2022 et 2024, l’ABC de Poum est le fruit d’un travail collectif exigeant, associant scientifiques, associations naturalistes locales dont la Société Calédonienne d’Ornithologie (SCO), Endemia et l’ASPMHNC ainsi que les habitants de la commune. Pendant près de deux ans, ce territoire situé à l’extrême nord de la Grande Terre, longtemps resté peu documenté scientifiquement, a fait l’objet de prospections méthodiques et rigoureuses.
Le résultat est à la hauteur de l’effort consenti : plus de 26 000 observations de terrain, couvrant 1 753 km² de milieux terrestres et marins, compilées dans un ouvrage de près de 200 pages. Un travail colossal, réalisé malgré de lourdes contraintes logistiques et institutionnelles, notamment dix mois d’inactivité sur vingt-huit, ainsi qu’une quasi-absence de fonds documentaires initiaux.
Une biodiversité exceptionnelle enfin documentée et valorisée
La commune de Poum dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel, reconnu dès 2008 par l’inscription d’une grande partie de son lagon et de certaines zones terrestres au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pourtant, malgré cette reconnaissance internationale, les connaissances scientifiques restaient jusqu’alors fragmentaires et insuffisantes.
L’ABC de Poum vient combler ce retard. Il inventorie une diversité remarquable de groupes taxonomiques : flore, fonge, reptiles, oiseaux, chiroptères, mollusques, invertébrés terrestres et marins. Certains résultats révèlent même un taux élevé d’espèces nouvelles pour la science, confirmant le potentiel encore largement inexploité du territoire communal.
Contrairement à une écologie de vitrine, déconnectée des réalités locales, ce travail repose sur des données vérifiables, cartographiées et analysées, destinées à éclairer les décisions publiques. L’Atlas constitue ainsi un socle scientifique solide pour l’élaboration du Plan d’urbanisme directeur (PUD) de la commune, en identifiant clairement les enjeux écologiques majeurs.
Cette démarche pragmatique illustre une vérité souvent oubliée : on ne protège durablement que ce que l’on connaît précisément. À Poum, la préservation de la biodiversité s’inscrit dans une logique de responsabilité territoriale, et non de contrainte idéologique imposée d’en haut.
Une écologie enracinée, au service des habitants et de la souveraineté locale
Au-delà de l’inventaire scientifique, l’ABC de Poum se distingue par sa dimension humaine, culturelle et pédagogique. L’intégration des savoirs traditionnels kanak constitue l’un des piliers du projet, notamment à travers l’élaboration d’un lexique vernaculaire de la biodiversité en langues nyelâyu (district d’Arama) et nêlêmwâ (district de Nénéma).
Ce lexique, associant noms vernaculaires, appellations françaises et noms scientifiques, crée une passerelle concrète entre la population locale et le monde scientifique. Il favorise l’appropriation des enjeux environnementaux par les habitants, premiers acteurs de la préservation de leur territoire.
Cette approche inclusive, mais structurée, tranche avec une vision victimaire ou culpabilisante de l’écologie. À Poum, la protection de l’environnement devient un levier de gouvernance locale, un outil de transmission et un facteur de cohésion territoriale.
Cofinancé à hauteur de 2,5 millions de francs CFP par l’Office français de la biodiversité, l’ABC de Poum, réceptionné en juillet 2025, est appelé à nourrir des études à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie, du Pacifique, voire du niveau national. Il démontre qu’une écologie exigeante, scientifique et enracinée peut parfaitement s’articuler avec le développement local et la souveraineté communale.


















