Quand la jeunesse était censée incarner la contestation permanente, la réalité de 2026 bouscule les clichés.
Loin des slogans militants, les adolescents français dessinent un paysage idéologique plus froid, plus individualiste, parfois plus conservateur qu’attendu.
Une jeunesse qui tourne le dos aux partis et aux vieux clivages idéologiques
L’enquête menée par l’Ifop pour le magazine Elle auprès de 1 028 adolescents âgés de 15 à 17 ans vivant en France métropolitaine dresse un constat sans appel : la politisation des jeunes est en net recul.
Près de 45 % des adolescents déclarent ne se sentir proches d’aucun parti politique, soit presque deux fois plus que chez les adultes. Cette défiance vis-à-vis des formations traditionnelles traduit moins une radicalité qu’un désintérêt assumé pour la vie partisane.
Le phénomène s’accompagne d’un effacement des repères idéologiques classiques. Ainsi, 35 % des jeunes refusent aujourd’hui de se situer sur l’axe gauche-droite, contre seulement 18 % en 1994. Un chiffre qui illustre la désagrégation du débat politique traditionnel au profit d’une approche plus individualisée, parfois opportuniste, des enjeux publics.
Ce décrochage idéologique tranche avec le rapport qu’entretenaient leurs parents au même âge, davantage inscrits dans des identités politiques structurées, souvent héritées du milieu familial ou du contexte social.
Une droitisation réelle mais contrastée, portée par un clivage de genre marqué
Contrairement à l’image d’une jeunesse uniformément progressiste, les chiffres révèlent une droitisation nette des adolescents. En 1994, les 15-18 ans se positionnaient majoritairement à gauche. En 2026, la tendance s’est inversée : 56 % des adolescents se situent à droite, contre 44 % à gauche.
Cette évolution n’est toutefois pas homogène. L’étude met en lumière un gender gap politique spectaculaire : 64 % des garçons se positionnent à droite, tandis que les filles demeurent majoritairement ancrées à gauche, à 53 %. Un écart de 28 points, révélateur d’une polarisation idéologique précoce, bien avant l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Ce clivage interroge le rôle des discours médiatiques, des réseaux sociaux et des modèles culturels contemporains, qui semblent produire des trajectoires politiques différenciées selon le sexe dès l’adolescence.
Individualisme, rapport à la religion et affaiblissement du patriotisme
L’un des enseignements les plus marquants de l’enquête concerne le repli massif des adolescents sur la sphère privée. Si la famille (98 %) et l’amitié (97 %) demeurent des valeurs centrales, l’importance accordée à l’argent progresse fortement : 50 % des jeunes la jugent essentielle, soit +14 points depuis 1984.
À l’inverse, le travail et le progrès scientifique reculent dans la hiérarchie des valeurs. Le progrès ne séduit plus que 44 % des adolescents, en baisse de 16 points sur quarante ans. Une défiance qui tranche avec le discours technophile des générations précédentes.
Sur le plan patriotique, le constat est tout aussi préoccupant. Seuls 23 % des adolescents se disent prêts à risquer leur vie pour la France, contre 41 % en 1984. Ce chiffre chute à 13 % chez les musulmans et à 5 % à l’extrême gauche, illustrant un affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale dans certains segments de la jeunesse.
La variable religieuse joue par ailleurs un rôle central dans le conservatisme culturel. 58 % des adolescents jugent inacceptable la critique des religions, un rejet particulièrement fort chez les catholiques pratiquants (76 %) et les musulmans (92 %). Plus de 81 % des jeunes croyants s’opposent ainsi à toute remise en cause publique du fait religieux.
Si la jeunesse se montre largement favorable à l’avortement (91 %) et à l’homosexualité (73 %), de profondes fractures confessionnelles subsistent. Ainsi, 49 % des jeunes musulmans jugent inacceptables les relations homosexuelles, contre seulement 7 % chez les sans religion, et 57 % rejettent le changement de genre.
Enfin, les inquiétudes des adolescents ont changé de nature. La guerre (30 %) et l’insécurité (25 %) devancent désormais le chômage et les crises économiques. Une mutation révélatrice d’une génération façonnée par le retour des conflits armés, le terrorisme et l’instabilité géopolitique, mais aussi par une banalisation du chômage de masse.


















