Deuxième saisie majeure en quelques mois, le port de Papeete confirme qu’il est devenu un point de transit stratégique pour les narcotrafics internationaux.
Face à la pression croissante des réseaux criminels, l’État muscle sa riposte et assume une ligne de fermeté sans ambiguïté.
Une découverte exceptionnelle au cœur du port de Papeete
Ce jeudi 5 février, les agents des douanes de Polynésie française ont porté un coup sévère aux organisations criminelles internationales. Lors du contrôle d’un porte-conteneurs en provenance des États-Unis, ayant transité par la Caraïbe, un conteneur a attiré l’attention des services de contrôle en raison d’un niveau de sensibilité anormalement élevé détecté lors de l’analyse de la cargaison.
La décision est alors prise de faire descendre le conteneur pour une inspection approfondie. À première vue, rien ne laisse présager une découverte hors norme. Le chargement se compose de rangées de palettes parfaitement ordonnées, sans anomalie visible. Mais l’expérience et la vigilance des douaniers font la différence.
Entre deux rangées de cartons palettisés, 16 ballots, dissimulés sans lien apparent avec la marchandise déclarée, sont mis au jour. À la pesée, le verdict tombe : 473,5 kilos de marchandise suspecte, soit près d’une demi-tonne. Les tests confirment rapidement la nature du produit : il s’agit bien de cocaïne.
Il s’agit de la plus importante saisie de cocaïne jamais réalisée en Polynésie française sur du fret conteneurisé, marquant un tournant dans la lutte antidrogue sur le territoire.
Un trafic en forte accélération vers l’Océanie
Cette saisie spectaculaire ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une dynamique préoccupante observée depuis plusieurs années. En 2025 déjà, les douanes de Polynésie française avaient intercepté 142 kg de cocaïne en mars, 90 kg en juillet, puis 30 kg en novembre, toujours sur des flux en transit vers l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.
Ce qui relevait autrefois de l’exception devient aujourd’hui une réalité quasi régulière, parfois hebdomadaire. Les réseaux criminels internationaux ont clairement identifié l’Océanie comme un marché à forte valeur, et la Polynésie comme une plateforme de transit stratégique.
Les modes opératoires se diversifient et se professionnalisent : interceptions de cargos en haute mer, dissimulation dans des conteneurs, exploitation des paquebots de croisière, utilisation du fret postal. Aucun vecteur n’est épargné. Cette capacité d’adaptation démontre le niveau d’organisation, de financement et de détermination de ces réseaux.
Face à cette pression croissante, l’État assume une réponse ferme. Cette nouvelle saisie s’inscrit pleinement dans le plan de lutte contre les stupéfiants impulsé par le haut-commissaire de la République en Polynésie française, qui a publiquement salué l’engagement sans faille de l’ensemble des forces de sécurité intérieure.
Protéger la Polynésie et renforcer les moyens de l’État
Si la majorité de la drogue interceptée est destinée aux marchés australien et néo-zélandais, son passage par la Polynésie française n’est pas sans risque. Chaque interception réussie évite qu’une partie de cette marchandise ne se diffuse localement, avec des conséquences potentiellement dramatiques, notamment pour la jeunesse.
Consciente de cet enjeu, l’Assemblée de Polynésie française a adopté en juillet 2025, à l’unanimité, une résolution appelant l’État à renforcer son action contre l’ice et les drogues de synthèse, faisant de cette lutte une priorité territoriale, voire une grande cause nationale.
Mais cette montée en puissance des trafics pose une question centrale : celle des moyens humains et matériels. Plus de flux signifie mécaniquement plus de contrôles, plus de procédures judiciaires, plus de pression sur les équipes. Douaniers, policiers, gendarmes, magistrats : toute la chaîne régalienne est sollicitée.
Sans renforts durables, le risque est clair : l’épuisement des personnels et une perte progressive de capacité face à des réseaux criminels toujours plus structurés. Protéger la Polynésie, ce n’est pas céder à une quelconque posture victimaire ; c’est assumer une politique de fermeté, défendre la souveraineté de l’État et garantir la sécurité des populations.
Cette saisie record de près de 500 kg de cocaïne envoie un message sans équivoque : la Polynésie française n’est pas une zone de non-droit, et l’État entend y faire respecter la loi, coûte que coûte.
(Crédit photo couverture : Haut-Commissariat de la République en Polynésie française)


















