La victoire semblait annoncée ; elle prend désormais une ampleur historique.
Au Japon, le scrutin législatif du 8 février marque un tournant politique majeur, au profit d’une droite nationaliste assumée.
Une majorité écrasante pour la droite nationaliste japonaise
Sanae Takaichi peut sourire. Moins de quatre mois après son arrivée à la tête du gouvernement, la Première ministre ultraconservatrice s’impose comme la figure centrale du paysage politique japonais.
Selon les premières projections de la chaîne publique NHK, le Parti libéral-démocrate (PLD) et son allié du Parti de l’innovation (Ishin) devraient remporter au moins 310 sièges sur 465 à la Chambre basse, contre 198 auparavant.
Ce score ouvre la voie à une majorité des deux tiers, seuil stratégique permettant d’imposer des réformes institutionnelles d’ampleur. Un niveau inédit depuis 2017, à l’époque où le PLD était dirigé par Shinzo Abe, mentor politique de Sanae Takaichi, assassiné en 2022.
Cette victoire confirme le retour en force d’une droite décomplexée, nationaliste, pro-souveraineté et résolument tournée vers la sécurité nationale et la croissance économique.
À l’inverse, la nouvelle Alliance réformiste centriste, réunissant le Parti démocrate constitutionnel (CDP) et Komeito, s’effondrerait, perdant plus des deux tiers de ses sièges.
Dans le même temps, le parti anti-immigration Sanseito progresserait nettement, passant de deux élus à une fourchette comprise entre 5 et 14 sièges, signe d’un durcissement clair de l’opinion publique japonaise sur les questions migratoires.
Une campagne éclair assumée et un pari politique réussi
Le 19 janvier, Sanae Takaichi prenait un risque calculé : dissoudre la Chambre basse et lancer une campagne éclair de seize jours, la plus courte de l’histoire politique japonaise récente.
Un pari personnel, assumé publiquement, lorsqu’elle déclarait :
Le peuple souverain doit décider si Takaichi est apte à être Première ministre.
Portée par une forte popularité, notamment chez les jeunes et sur les réseaux sociaux, la dirigeante de 64 ans a su imposer un discours clair, sans détour, rompant avec les ambiguïtés technocratiques de ses prédécesseurs.
Lors de son dernier meeting à Tokyo, elle promettait un Japon « plus prospère et plus sûr », assumant une ligne idéologique ferme, inspirée de Margaret Thatcher, dont elle se revendique ouvertement.
Sur l’immigration, le message est sans ambiguïté : fermeté et contrôle strict.
Les critères sont déjà devenus plus stricts afin que les terroristes et les espions industriels ne puissent pas entrer facilement, a-t-elle martelé sous les applaudissements.
Une posture qui tranche avec le discours victimisant d’une partie de l’opposition et qui semble avoir trouvé un écho massif dans l’électorat.
Relance économique, rigueur budgétaire et alliance stratégique avec Washington
Sur le plan économique, Sanae Takaichi assume une ligne pro-croissance mais responsable.
Elle a annoncé un plan de relance de plus de 110 milliards d’euros, accompagné d’une mesure très attendue : l’exemption des produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 %, afin d’atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages.
Si ces annonces ont provoqué des tensions immédiates sur les marchés et une hausse des rendements de la dette nippone, la Première ministre revendique une stratégie de long terme.
Nous avons constamment souligné l’importance d’une politique budgétaire responsable et proactive, a-t-elle affirmé à la télévision nationale.
L’inflation, supérieure à 2 % depuis près de trois ans, reste un sujet central. Mais pour le PLD, il s’agit désormais de restaurer la confiance, après une période marquée par un scandale de caisses noires et une perte de crédibilité politique.
Sur le plan international, Sanae Takaichi assume pleinement le renforcement de l’alliance avec les États-Unis.
Elle a qualifié le potentiel de la relation nippo-américaine de « sans limites », remerciant publiquement Donald Trump pour son soutien. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a salué une « grande victoire » et une « grande alliée » de Washington sur Fox News.
« Lorsque le Japon est fort, les États-Unis sont forts en Asie », a-t-il déclaré, résumant l’axe stratégique qui se dessine face aux défis sécuritaires régionaux.
Avec cette victoire écrasante, Sanae Takaichi dispose désormais d’un mandat politique clair, d’une majorité solide et d’un cap idéologique assumé.
Un tournant pour le Japon, qui confirme le retour d’un conservatisme de gouvernement décomplexé, souverain et pro-occidental, à contre-courant des fragilités politiques observées dans de nombreuses démocraties occidentales.


















