ESPACE. Trente ans après la première mission d’une femme française dans l’espace, Sophie Adenot décollera vers l’ISS ce jeudi. Pour une durée record de neuf mois, la plus longue jamais effectuée par une Européenne.

L’impatience. À Toulouse plus qu’ailleurs, la fébrilité monte d’heure en heure à l’approche du départ de Sophie Adenot pour la Station spatiale internationale. L’astronaute, formée dans la ville rose, décollera dans quelques jours depuis Cap Canaveral, en Floride, avec les astronautes américains de la Nasa Jessica Meir et Jack Hathaway et le cosmonaute russe de Roscosmos Andrey Fedyaev.
Elle deviendra ainsi la deuxième Française à s’envoler dans l’espace, après Claudie Haigneré, en 1996. « Elle sait qu’elle a une place particulière et qu’elle aura ce rôle d’inspirer une jeune génération », souligne la pionnière. La mission, avancée pour répondre au retour anticipé de la précédente – en raison d’un problème de santé d’un des membres de l’équipage –, devrait décoller ce jeudi 12 février.
« Cela rappelle des souvenirs : ce moment où, enfin, on peut s’installer dans la capsule, on attend le décompte et la mise à feu. Là, on touche la réalité de son rêve. Parce que, jusqu’au dernier moment, tout peut être annulé », se souvient Claudie Haigneré. Une consécration pour Sophie Adenot, 43 ans, qui n’en a que 13 lorsqu’elle voit Claudie Haigneré s’envoler vers les étoiles. Un moment fondateur pour celle qui, depuis, a consacré sa vie à cette mission. Ce jeudi marquera un relais symbolique entre deux femmes unies par l’histoire. « On l’attendait ! s’enthousiasme Claudie Haigneré. J’ai suivi Sophie depuis qu’elle s’est engagée dans l’aventure, pendant sa sélection, et après. Mais en restant à ma place, c’est sa mission. Elle sait que je suis là, c’est une fierté de pouvoir l’accompagner. »
« Sophie Adenot porte l’ambition française et européenne »
Trente ans après avoir réalisé son propre rêve, la spationaute se félicite que d’autres aient pris le chemin après elle : « Les choses progressent. Si on regarde les sélections de l’ESA dont est issue Sophie, sur 22 500 candidats, 17 ont été retenus, et parmi eux huit femmes. C’est plus équilibré. » Autre étape historique : Sophie Adenot sera la première Européenne à séjourner aussi longtemps dans l’espace, neuf mois, au lieu de six habituellement. « Trois mois de plus, ce n’est pas négligeable. L’isolement, la distance, le confinement… il y aura des hauts et des bas, prévoit Claudie Haigneré, mais elle porte l’ambition française et européenne. Elle a conscience de sa responsabilité, ça va la porter. »
Mission Epsilon
En orbite à 400 kilomètres de la Terre, la mission de Sophie Adenot, nommée « Epsilon », s’annonce particulièrement intense, avec près de 200 expériences scientifiques à réaliser à bord de l’ISS. Sept d’entre elles seront suivies en direct par le CNES basé à Toulouse. Parmi ces expériences : PhysioTool, qui permettra de mesurer son système cardiovasculaire grâce à des capteurs, EchoFinder, une échographie autonome, ou encore Food Processor, l’équivalent du Thermomix de l’espace : « L’idée est de préparer une recette : elle va créer un duo méditerranéen avec du caviar d’aubergine et du houmous », explique Benjamin Peter, de la Cité de l’Espace. Une autre expérience éducative sera dédiée à la jeunesse : ChlorlISS, qui visera à faire pousser des graines simultanément dans la station spatiale et dans 4 500 classes de toute la France.
Objectif : faire avancer la science sur terre, mais aussi préparer l’avenir et les futures explorations habitées. À la fois héritière et éclaireuse, Sophie Adenot s’apprête à marcher dans les pas de ses prédécesseurs mais aussi à éveiller des vocations. À l’image de Thomas Pesquet en 2016 et 2021, elle entend faire de son aventure une « mission à transmettre et à partager ». « Emporte-nous avec toi ! » lui lance avec émotion Claudie Haigneré.
Télécharger l’application Le Journal du Dimanche pour iPhone, iPad ou Android



















