Opticiens vs gouvernement : le choc sanitaire

En Nouvelle-Calédonie, l’accès aux soins visuels est devenu un véritable sujet de santé publique.
Délais d’attente à rallonge, pénurie de spécialistes, désorganisation du parcours de soins : la situation inquiète patients et professionnels.
Le 6 février 2026, le Syndicat des Opticiens-Lunetiers de Nouvelle-Calédonie (SOLNC) a annoncé le lancement d’une pétition citoyenne.
Objectif : saisir le Conseil économique, social et environnemental pour obtenir l’examen d’une réforme du parcours d’optique.
Face à cette initiative, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a répondu par communiqué ce 15 février 2026.
Sa ligne est claire : pas de réforme précipitée, mais une évolution encadrée.
« Cette situation, également observée dans d’autres territoires, appelle des réponses concrètes et durables, dans l’intérêt des patients », affirme l’exécutif.
Une crise réelle de l’accès aux soins visuels
Les délais pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste se sont allongés.
La pénurie de spécialistes fragilise l’accès aux consultations. Le diagnostic des troubles visuels, la primo-prescription de verres correcteurs et le suivi médical reposent sur un cadre réglementaire strict.
Le gouvernement rappelle un principe fondamental : la santé visuelle relève d’un parcours de soins structuré.
Les opticiens jouent un rôle essentiel dans l’équipement et le conseil.
Mais l’examen médical, le diagnostic et la prescription s’inscrivent dans le champ des professionnels de santé habilités.
La primo-prescription suppose d’écarter certaines pathologies oculaires. Cela peut nécessiter une évaluation clinique approfondie et des examens complémentaires. Pour l’exécutif, toute évolution doit impérativement garantir la sécurité des patients.
Dans un territoire confronté à des tensions démographiques et sanitaires, l’accès aux soins visuels ne peut être improvisé. La réponse ne peut être corporatiste. Elle doit être sanitaire, organisée et coordonnée.
Protocoles de coopération : la réponse structurante du gouvernement
Le gouvernement mise sur un levier précis : les protocoles de coopération.
Ils sont au cœur du projet de loi du pays portant diverses dispositions en matière sanitaire et sociale, la Lp DMOSS.
Le texte prévoit que des protocoles peuvent être conclus entre professionnels de santé.
Objectif : transférer certaines activités ou réorganiser les modes d’intervention auprès du patient.
Le but affiché est d’améliorer l’accessibilité, la qualité et la continuité des soins.
Ces transferts sont encadrés, sécurisés et tracés. Ils peuvent inclure une formation spécifique.
Ils reposent sur l’information du patient et son consentement éclairé.
La priorité est donnée à la coopération entre ophtalmologistes et orthoptistes. Cette structuration progressive vise à fluidifier le parcours du patient. Elle doit permettre d’améliorer l’accès aux examens sans fragiliser la qualité médicale.
Le gouvernement insiste : la réforme ne peut se faire hors du cadre sanitaire sécurisé.
La Direction des Affaires sanitaires et sociales (DASS) poursuivra le travail avec les professionnels.
L’objectif est clair : réduire les délais tout en garantissant la qualité des prises en charge.
Renforcer l’offre de soins et l’attractivité du territoire
Au-delà de l’organisation du parcours de soins, la question centrale reste celle de l’offre. La Nouvelle-Calédonie doit attirer davantage de professionnels de santé. Recrutements, attractivité, planification : le chantier est ouvert.
La DASS est compétente en matière de planification, d’organisation et de régulation de l’offre de soins.
Elle assure également le contrôle et l’amélioration de la qualité des soins. Le gouvernement affirme être pleinement mobilisé sur ces leviers.
Les prochaines étapes sont identifiées. Sécuriser le parcours de soins. Mettre en œuvre concrètement les coopérations entre professionnels de santé. Renforcer l’offre médicale. Faire avancer le cadre porté par la Lp DMOSS.
Dans ce dossier sensible, l’exécutif assume une ligne ferme : la santé publique prime sur les revendications sectorielles. L’accès aux soins visuels est un droit. Mais il ne peut se construire au détriment de la rigueur médicale.
La pétition du SOLNC a le mérite de poser le débat. Le gouvernement, lui, choisit la voie institutionnelle et réglementaire.
Entre urgence sociale et exigence sanitaire, la réforme du parcours d’optique s’annonce comme un test majeur pour la politique de santé en Nouvelle-Calédonie.

