Quentin, mort de l’extrême gauche

ÉDITO. La mort du jeune Quentin, lynché par des militants antifa, appelle une réponse ferme de la justice, une prise de conscience face au danger que représente l'extrême gauche et une clarification morale contre toute forme d’intolérance politique.
Jules Torres 15/02/2026

Une manifestation antifa à Grenoble (photographie d'illustration). Hans Lucas via AFP / © Benoit Pavan / Hans Lucas
Il s’appelait Quentin. Il avait 23 ans. Un âge où l’on commence à se projeter, où l’avenir compte davantage que le passé, où l’on croit encore que la vie s’ouvre devant soi. Aujourd’hui, il n’est plus là.
Quentin était originaire de Vienne, dans l’Isère. Il était étudiant. Un jeune homme sérieux, exigeant avec lui-même, engagé dans ses études, passionné par les mathématiques, attiré par la réflexion, par la recherche du vrai. Ceux qui le connaissaient décrivent un garçon posé, discret, travailleur. Il aimait le tennis, les longues discussions, la philosophie. Il appartenait à cette génération qui pense, qui cherche, qui construit.
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Sa foi occupait une place centrale dans sa vie. Il n’avait pas grandi dans la religion, mais s’était converti au catholicisme il y a quelques années, à la suite d’un cheminement personnel. Cette conversion, il l’avait vécue pleinement. Il était très investi dans sa paroisse, fidèle, engagé, habité par une conviction intime. Il avait même entraîné sa famille dans ce mouvement, convainquant ses parents, qui s’étaient eux aussi convertis à sa suite. Sa foi n’était pas un héritage. Elle était un choix.
Aujourd’hui, une famille enterre son fils. Des parents voient leur monde se briser. Des amis réalisent, avec stupeur, que celui avec qui ils parlaient encore hier appartient désormais au silence. Voilà ce qu’est, d’abord, la mort de Quentin : une existence fauchée à 23 ans. Le silence d’une chambre d’étudiant. Une chaise vide autour de la table familiale. Et ce vide, désormais, ne se refermera jamais. Avant tout le reste, il y a cela. Un prénom. Un visage. Une vie interrompue.
Certains ont ri. D’autres ont relativisé
La mort de Quentin a suscité une émotion profonde. Dans les heures qui ont suivi l’annonce de son décès, les hommages se sont multipliés. Des messages de tristesse et de colère ont afflué. Mais cette émotion n’a pas été unanime. Il faut le dire avec gravité : certains ont ri. D’autres ont relativisé. D’autres encore ont versé des larmes de circonstance tout en s’empressant d’atténuer la portée des faits. Honte à ceux qui ont tourné en dérision la mort d’un jeune homme. Honte à ceux qui ont travesti la réalité par fidélité idéologique. Honte, enfin, à ceux qui, par calcul, par lâcheté ou par confort, ont choisi d’édulcorer ce drame inqualifiable.
Pour une fois, le président de la République a pris la parole. Emmanuel Macron a dénoncé un « déferlement de violence inouï » et rappelé qu’aucune cause, aucune idéologie ne justifie que l’on tue. Les mots sont justes. Ils étaient attendus. Ils rappellent une évidence que l’on ne devrait jamais avoir à redire : dans une démocratie, la violence politique n’a pas sa place.
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Mais quelque chose manquait encore dans cette déclaration. Car évoquer un « climat » sans en nommer les artisans, c’est s’arrêter au seuil de la vérité. La violence ne surgit pas du néant. Elle est portée par des groupes, légitimée par des discours, entretenue par une culture politique qui, depuis des mois, banalise l’intimidation et habitue les esprits à l’idée que certains adversaires seraient de trop. En France, l’extrême gauche tue. Refuser de le dire, refuser de le voir, c’est déjà lui accorder une forme d’impunité. C’est accepter que la violence s’installe, qu’elle se banalise, qu’elle recommence.
La question, désormais, ne peut plus être éludée : que fait-on face à cette spirale ? Car il ne s’agit plus d’un dérapage isolé. Il s’agit d’une violence politique qui est devenue une méthode. La première réponse doit être celle de la justice. Elle doit être implacable. Non par esprit de vengeance, mais par exigence d’ordre. Les auteurs de la mort de Quentin devront répondre de leurs actes, pleinement, individuellement, sans dilution des responsabilités. Sur les images, ils étaient plusieurs. Derrière chaque coup, il y a une volonté. Derrière chaque volonté, il doit y avoir une sanction. Une démocratie qui ne punit pas ceux qui frappent à mort abdique une part d’elle-même.
Une clarification morale s’impose
La deuxième réponse est politique. Elle impose de sortir de l’ambiguïté. De nommer les groupes, les réseaux, les relais qui entretiennent cette culture de la confrontation permanente. Des organisations comme la Jeune Garde ont prospéré dans une zone grise, à la frontière entre militantisme et logique de milice. Cette zone grise doit disparaître. Ce qui menace l’ordre public doit être dissous. Ce qui légitime la violence doit être condamné. Sans détour. Sans prudence. Sans exception.
Mais au-delà des sanctions, ce drame appelle un sursaut. Une clarification morale. Une ligne qui ne puisse plus être franchie. Car une démocratie ne peut survivre si elle tolère que certains de ses citoyens soient jugés indignes d’exister politiquement. Respecter la mémoire de Quentin, ce n’est pas seulement s’incliner. C’est décider, collectivement, que plus jamais un jeune homme ne mourra pour ses idées. C’est fixer une limite. Et s’y tenir.

