Violences conjugales : l’UMJP, arme clé contre les agresseurs

Deux réalités coexistent le 8 mars : les discours symboliques… et les violences bien réelles que subissent encore des milliers de femmes.
En Nouvelle-Calédonie, les chiffres rappellent brutalement une évidence : la première des libertés reste celle de vivre sans violence.
Porter plainte : un acte décisif pour briser la violence
Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes rappelle une réalité trop souvent occultée : la liberté des femmes commence par leur sécurité. En Nouvelle-Calédonie, les violences intrafamiliales restent un phénomène préoccupant.
Au Centre hospitalier territorial (CHT), l’Unité médico-judiciaire de proximité, appelée UMJP, joue un rôle central dans la protection des victimes. Cette structure intervient après un dépôt de plainte ou un signalement, dans le cadre d’une réquisition judiciaire.
Le principe est simple : lorsque la justice est saisie, les victimes sont orientées vers l’unité afin de bénéficier d’un examen médico-légal. Les médecins y réalisent alors un certificat médical détaillé.
Ce document n’est pas un simple constat. Il possède une valeur juridique déterminante. Il précise notamment le nombre de jours d’incapacité totale de travail (ITT).
Contrairement à un arrêt maladie, l’ITT ne concerne pas l’activité professionnelle. Elle mesure l’impact des violences sur la vie quotidienne de la victime.
Ce chiffre influence directement la qualification pénale des faits, la juridiction compétente et les sanctions encourues par l’auteur des violences.
Dans de nombreux cas, la séparation du conjoint violent constitue un tournant. Mais les spécialistes rappellent aussi que certaines périodes sont particulièrement dangereuses, notamment la grossesse, la naissance d’un enfant ou la rupture du couple.
Ces moments de fragilité peuvent malheureusement accentuer le risque de violences conjugales.
Des violences multiples qui ne se limitent pas aux coups
Contrairement à une idée reçue, les violences intrafamiliales ne sont pas uniquement physiques.
Les professionnels rappellent qu’elles peuvent être psychologiques, sexuelles ou économiques.
Les insultes répétées, les menaces, la surveillance permanente, l’humiliation ou la destruction d’objets sont autant de formes de violence reconnues par la loi.
Les violences sexuelles existent également au sein du couple. Toute relation imposée sans consentement constitue une agression sexuelle, même dans une relation conjugale.
Autre réalité souvent ignorée : les enfants exposés aux violences sont eux aussi des victimes.
Même lorsqu’ils ne subissent pas directement les coups, le simple fait d’être témoins peut entraîner de graves conséquences sur leur santé physique et mentale.
En Nouvelle-Calédonie, les professionnels observent une prévalence des violences intrafamiliales bien supérieure à celle de la métropole.
Les chiffres sont révélateurs.
En 2025, l’UMJP a accueilli 2 656 victimes, soit plus de sept victimes par jour.
Parmi elles, 615 cas concernaient des violences conjugales.
Les deux grandes catégories traitées par l’unité sont les violences au sein du couple et les violences sexuelles.
Les spécialistes estiment que la proportion de violences intrafamiliales pourrait être sept à huit fois plus élevée que celle observée en métropole.
Une situation qui souligne l’importance d’un dispositif de prise en charge structuré.
Une unité unique pour accompagner les victimes et aider la justice
Créée le 9 septembre 2024, l’UMJP du CHT a pour objectif de centraliser la médecine légale en un seul lieu afin de faciliter le parcours des victimes.
Cette structure fonctionne sept jours sur sept, de 8 h à 22 h, avec une équipe pluridisciplinaire.
Elle réunit :
– des médecins légistes
– une infirmière
– un psychologue
– une assistante médico-administrative
– un cadre de santé
Grâce à cette organisation, les victimes bénéficient d’un accompagnement coordonné et confidentiel.
L’unité travaille également en étroite collaboration avec les associations d’aide aux victimes, notamment l’Adavi et la DAV, présentes au sein même de l’hôpital.
Ce relais est essentiel pour l’accompagnement psychologique, social et l’hébergement d’urgence si nécessaire.
L’UMJP n’est cependant ni un service de soins classique ni une force de l’ordre.
Les soins médicaux sont assurés par les services hospitaliers ou par le médecin choisi par la victime.
En revanche, sur réquisition de justice, l’unité peut réaliser plusieurs missions :
– examen médico-légal d’une victime
– détermination de l’ITT
– examen de violences sexuelles
– expertise de compatibilité avec la garde à vue
– prélèvements toxicologiques ou alcooliques
– évaluation du retentissement psychologique
– examen externe de corps
– levées de corps et autopsies
Le docteur Céline Paret souligne que le service est calqué sur les dispositifs existant en métropole et dans les autres Outre-mer.
L’unité a également été pensée pour accueillir les victimes dans des conditions adaptées à des situations souvent traumatisantes.
Une salle d’attente spécifique pour les mineurs a été aménagée.
Une salle d’audition “Amélie”, dédiée aux mineurs victimes d’agressions sexuelles, permet également d’effectuer les auditions dans un cadre sécurisé.
L’objectif est clair : mettre les victimes en confiance afin de recueillir les éléments nécessaires à la justice.
Un investissement public pour protéger les victimes
La création de l’UMJP représente un investissement important pour les pouvoirs publics.
Le financement des locaux et des équipements s’élève à 300 millions de francs.
Cette somme est répartie entre l’État (204 millions de francs) et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (96 millions de francs) dans le cadre du contrat de développement État–Nouvelle-Calédonie 2024-2027.
Le fonctionnement annuel de l’unité est financé par le ministère de la Justice, pour un montant d’environ 120 millions de francs par an.
Ces moyens permettent d’assurer le personnel, les expertises médico-légales et l’équipement spécialisé.
Malgré ces dispositifs existants, la première difficulté reste souvent de briser l’emprise.
Dans certains cas, des tiers peuvent alerter les autorités : associations, enseignants, médecins ou sages-femmes.
En situation de danger immédiat, un signalement peut également être effectué par les professionnels de santé.
Mais le message des spécialistes reste constant : porter plainte constitue souvent l’étape décisive pour sortir de la violence.
Car derrière les statistiques, il y a des femmes, des enfants et des familles confrontés à des situations dramatiques.
À l’occasion du 8 mars, les professionnels rappellent donc une évidence trop souvent oubliée :
les droits des femmes ne sont pas un slogan, mais une exigence de protection concrète.
Et en Nouvelle-Calédonie, la lutte contre les violences intrafamiliales passe d’abord par la justice, l’accompagnement des victimes et la responsabilité des agresseurs.

