Guerre en Iran : jusqu’où peut aller l’escalade ?

CRESCENDO. Les frappes israéliennes et américaines se multiplient contre des cibles stratégiques de Téhéran. L’offensive pourrait encore s’intensifier dans les prochains jours.
Lara Tchekov 07/03/2026

Le porte-avions USS Abraham Lincoln mène des opérations aériennes, le 3 mars. SIPA / © US NAVY PHOTO
Alors que Washington se dit prêt à aller « aussi loin que nécessaire », y compris avec un engagement terrestre et « bien au-delà » des quatre ou cinq semaines initialement envisagées, côté israélien, certains responsables évoquent l’aboutissement de l’opération « d’ici au minimum quinze jours pour aller au bout de la mission ». Les deux pays avancent de manière étroitement coordonnée. « Nous entendons parler de la possibilité que d’autres pays se joignent à ce combat après que l’Iran a pris pour cibles, de manière indiscriminée et flagrante, des civils dans les pays du Golfe. C’est un combat juste, un combat auquel le monde entier devrait participer. Il vise des régimes terroristes, non le peuple iranien », explique au JDD un officier de Tsahal de la brigade du Nord, engagé sur le front face au Hezbollah.
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Selon une source proche du renseignement israélien, la stratégie envisagée poursuivrait un objectif clair : « Israéliens et Américains comptent réduire le régime des mollahs à l’âge de pierre, laisser la population se retourner contre eux et installer Reza Pahlavi au pouvoir. En attendant, Donald Trump refuse d’afficher un soutien explicite au retour de Pahlavi à Téhéran ; il ne souhaite pas qu’on le présente comme l’homme de Washington. D’où cette manière de brouiller les pistes en évoquant trois noms possibles pour diriger l’Iran. »
La même source avance une autre hypothèse. « Des groupes présents aux frontières, notamment parmi certaines minorités azéries, baloutches ou kurdes, pourraient recevoir des armes fournies par les Israéliens et les Américains, puis les transmettre au peuple iranien afin qu’il termine le travail. Des règlements de comptes surviendront sans doute, mais la population iranienne mènera elle-même ce basculement, avec la possibilité que certains soldats se retournent contre le régime. » Plusieurs de ces minorités auraient d’ailleurs été formées militairement en Israël ces dernières années. Dans ce scénario, Reza Pahlavi apparaît comme la seule figure susceptible de rallier à la fois l’intérieur du pays et la diaspora iranienne, à l’exception des moudjahidines du peuple, proches de l’idéologie de l’État islamique.
Rien, dans la séquence actuelle, ne relève de l’improvisation
Sur le terrain, l’offensive progresse rapidement. Un responsable israélien nous glisse que les opérations pourraient encore « réserver des surprises » dans les prochains jours. Vendredi, Israël a affirmé avoir détruit le bunker militaire souterrain situé sous le complexe abritant la direction du régime au centre de Téhéran, destiné à servir de centre de commandement d’urgence sécurisé pour le Guide suprême. Ali Khamenei aurait été tué avant de pouvoir l’utiliser lors des frappes, même si le complexe continuait d’accueillir plusieurs hauts responsables du régime iranien.
D’après le chef d’état-major de l’armée israélienne, les frappes aériennes menées depuis le début du conflit auraient détruit environ 80 % des systèmes de défense aérienne iraniens et près de 60 % des lanceurs de missiles. La menace n’est toutefois pas encore totalement éliminée. En Israël, l’hypothèse d’un affrontement avec la République islamique d’Iran est pensée et préparée depuis longtemps. Rien, dans la séquence actuelle, ne relève de l’improvisation.
Une longue préparation
Tout commence en 2002, lorsque le Premier ministre Ariel Sharon confie au directeur du Mossad, Meïr Dagan, la création d’une division entièrement consacrée à l’Iran. Cette structure, dédiée exclusivement à la surveillance et à la lutte contre le programme nucléaire iranien, s’inscrit dans une inquiétude plus ancienne déjà exprimée sous les gouvernements de Shimon Peres et d’Yitzhak Rabin, à une époque où Téhéran affichait déjà l’ambition de se doter de l’arme nucléaire.
Depuis sa création, cette division fonctionne de manière largement autonome au sein du Mossad et dispose de moyens « illimités ». Les services israéliens auraient notamment recruté de nombreux agents au sein des minorités présentes en Iran. Parmi eux figureraient, par exemple, des travailleurs étrangers, notamment afghans, employés dans l’entourage de responsables du régime des mollahs. Formés par les services israéliens, certains auraient servi de sources cruciales de renseignement.
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Du côté américain, la préparation militaire remonte également à plusieurs années. Au sein du Centcom, le commandement des forces armées américaines chargé des opérations au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud, dont le siège se trouve à Tampa, en Floride, un exercice majeur réunissant plusieurs nations de l’Otan, dont le Canada, le Royaume-Uni, les États-Unis et la France, est organisé chaque année depuis cinq ans autour de scénarios impliquant un affrontement avec l’Iran. Ces manœuvres visaient à tester différentes hypothèses opérationnelles et à préparer les armées à des scénarios jugés plausibles. Ce qui se joue aujourd’hui ne serait, au fond, que la mise en œuvre concrète de stratégies élaborées et affinées dans l’ombre depuis plus de vingt ans…

