Montravel : quand les élèves deviennent journalistes

L’école publique calédonienne tente de renouer avec l’exigence culturelle et l’innovation pédagogique.
Entre médias scolaires et promotion de la lecture, deux projets éducatifs veulent replacer le savoir, la langue et la transmission au cœur de l’apprentissage.
Une webradio scolaire pour faire entendre les langues du territoire
Dans un contexte où l’école cherche à réaffirmer son rôle de transmission culturelle et linguistique, un projet original vient d’être lancé à Montravel, à Nouméa.
À l’initiative de la Direction de l’Enseignement de la Nouvelle-Calédonie (DENC), le groupe scolaire Noell / Mouchet de Montravel accueille désormais un dispositif inédit : la création d’une webradio éducative dédiée aux élèves de cycle 3.
Ce projet pédagogique est mené en partenariat avec l’Université de Nouvelle-Calédonie, dans le cadre d’un travail universitaire consacré à la sociolinguistique.
L’objectif est simple mais ambitieux : faire dialoguer recherche universitaire et pratique pédagogique, en impliquant directement les élèves dans une expérience médiatique concrète.
Durant plusieurs ateliers, les élèves de l’école et les étudiants de l’université travailleront ensemble à la création de contenus radio : interviews, reportages, chroniques ou enquêtes de terrain.
L’enjeu dépasse largement le simple exercice scolaire.
Il s’agit aussi de mettre en lumière les langues du quotidien, celles que les enfants et les jeunes utilisent dans leurs échanges, dans un territoire marqué par un plurilinguisme important.
La Nouvelle-Calédonie compte en effet une grande diversité linguistique : français, langues kanak, langues océaniennes et expressions issues de l’histoire métissée du territoire.
En donnant la parole aux élèves, la webradio entend valoriser cette richesse linguistique tout en développant les compétences d’expression orale, d’analyse et de rédaction.
Pour les enseignants, l’initiative permet également de familiariser les enfants avec les codes des médias et de l’information, un enjeu central à l’heure où les jeunes sont massivement exposés aux réseaux sociaux.
Ce lancement officiel a eu lieu lors d’une première journée d’ateliers collaboratifs réunissant enseignants, étudiants et élèves.
L’événement marque le point de départ concret du projet, inscrit dans le projet pédagogique de l’établissement.
Au-delà de l’innovation technologique, les responsables éducatifs insistent sur un principe fondamental : l’école reste avant tout un lieu d’apprentissage de la langue et de la pensée critique.
Université et école : un partenariat au service de la transmission
La particularité du projet repose sur la collaboration directe entre l’école primaire et l’université.
Les étudiants en sociolinguistique participent activement aux ateliers et aux enquêtes menées auprès des élèves.
Ils observeront notamment les pratiques linguistiques des jeunes, leurs façons de parler, leurs expressions ou leurs mélanges de langues.
Ces travaux s’inscrivent dans une démarche scientifique visant à mieux comprendre l’évolution des usages linguistiques en Nouvelle-Calédonie.
Pour les universitaires, la webradio constitue un terrain d’étude privilégié.
Mais pour les élèves, elle représente surtout une opportunité d’apprentissage concrète et valorisante.
Les enfants deviennent acteurs : ils enregistrent, posent des questions, construisent des reportages et apprennent à structurer un discours.
Ce type d’initiative rappelle une évidence souvent oubliée : la maîtrise de la langue est l’un des piliers de la réussite scolaire.
Dans un territoire où les inégalités éducatives demeurent une réalité, développer l’expression orale et écrite apparaît comme une priorité.
La radio scolaire devient ainsi un outil pédagogique au service de l’exigence académique.
Les enseignants soulignent également que ces projets favorisent la confiance en soi des élèves.
Prendre la parole, construire une émission, s’exprimer devant un micro : autant d’expériences qui permettent aux enfants de développer leurs capacités.
Ce projet illustre aussi la capacité de l’école publique à innover, lorsqu’elle s’appuie sur des partenariats solides et une vision éducative claire.
Car derrière la technologie de la webradio se cache une ambition simple : redonner du sens à l’apprentissage de la langue et de la culture.
Récréalivres : relancer la lecture dans toutes les écoles du territoire
Dans le même esprit, un autre projet éducatif d’ampleur vient d’être lancé en Nouvelle-Calédonie pour cette année 2026.
Depuis le 5 mars dernier, la DENC et le Vice-Rectorat de Nouvelle-Calédonie ont déployé le programme Récréalivres dans les écoles et collèges du territoire.
L’objectif est clair : redonner aux élèves le goût de la lecture.
Le dispositif concerne l’ensemble des classes du cycle 1 au cycle 3, soit de la grande section de maternelle jusqu’à la sixième.
Concrètement, une sélection d’ouvrages de littérature jeunesse est distribuée dans les établissements scolaires.
Tous les élèves lisent les mêmes livres, au même moment.
Cette stratégie pédagogique vise à créer une culture littéraire commune à l’échelle du territoire.
Les enseignants peuvent ensuite exploiter ces ouvrages à travers différentes activités pédagogiques : débats, analyses, productions écrites ou projets artistiques.
L’objectif est double.
D’une part, renforcer les compétences en lecture, indispensables à la réussite scolaire.
D’autre part, installer durablement l’idée que la lecture peut être un plaisir partagé.
Dans un monde dominé par les écrans, les responsables éducatifs veulent rappeler une évidence : le livre reste l’un des outils les plus puissants de construction intellectuelle.
Le programme Récréalivres mise ainsi sur une dynamique collective.
Les mêmes histoires, les mêmes personnages et les mêmes univers littéraires deviennent des références communes pour les élèves.
Ce principe favorise les échanges entre classes, entre établissements et même entre générations.
La lecture n’est plus seulement un exercice scolaire.
Elle devient un vecteur de culture, de discussion et de découverte.
Pour les autorités éducatives, ce projet répond à un enjeu central : réaffirmer la place de la culture et du savoir dans l’école républicaine.
Car dans une société confrontée aux fractures sociales et aux influences numériques, l’école reste le premier rempart contre l’appauvrissement culturel.
En combinant l'innovation pédagogique avec la webradio et le retour aux fondamentaux avec la lecture, la Nouvelle-Calédonie tente ainsi de réconcilier modernité éducative et exigence intellectuelle.
Un message clair : transmettre la langue, la culture et le goût du savoir demeure la mission première de l’école.
(Crédit photo de couverture : Denc Enseignement)

