Marion Maréchal : «Lettre à mes amis libanais»

TRIBUNE. L'eurodéputée Identité-Libertés fustige l’impuissance internationale face à l’emprise du Hezbollah et à l’influence iranienne. Elle plaide toutefois pour une riposte ciblée et pour la défense de l’intégrité du Liban, au nom de l’amitié historique entre Paris et Beyrouth.
Marion Maréchal14/03/2026 à 15:14

Marion Maréchal. SIPA / © Syspeo
Mes chers amis libanais,
Que peuvent ces quelques lignes pour soulager les tourments des déplacés, pour consoler les larmes des familles de victimes, pour atténuer le sentiment de votre abandon au règne des armes ? Comment faire perdurer, finalement, la belle amitié qui unit nos deux peuples depuis un millénaire ? Otages d’une guerre que vous n’avez pas choisie, vous voilà à nouveau accablés par la violence.
Comme l’immense majorité d’entre vous, j’ai espéré qu’on vous aide à ramener toutes les factions politiques au désarmement. J’ai rappelé que laisser le Hezbollah bénéficier d’un arsenal écrasant, et d’avantages légaux exorbitants, ne pouvait qu’aboutir à la catastrophe. Le seul « parti de Dieu », c’est celui de la paix et de la justice.
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Vous n’êtes pas coupables de ne pas y être parvenus seuls. À Téhéran qui inondait sa milice d’argent, de chefs, et d’équipements, devait répondre une surmobilisation occidentale pour appuyer les forces armées libanaises. Vous qui vouez tant de respect à l’institution militaire nous l’avez rappelé sans cesse : des troupes à la solde misérable et aux moyens médiocres ne pourraient pas faire face aux bataillons d’Hassan Nasrallah. Beaucoup de nos dirigeants ont refusé de vous écouter : ils traitaient sous le manteau avec les nouveaux bourreaux de l’unité nationale libanaise, laissant des zones entières de votre pays aux ordres de l’Iran.
Patriote française, je ne peux que m’incliner devant la mémoire du Père Pierre al-Raï
Ce n’est pas le premier appel du Levant que nos dirigeants aveugles n’ont pas voulu entendre, eux qui vous ont imposé les camps palestiniens et les réfugiés syriens, déstabilisant vos équilibres confessionnels et politiques. Le Liban et ses finances exsangues supportent déjà d’écrasantes obligations humanitaires. Quelles places pourront y trouver les centaines de milliers de déplacés qui envahissent aujourd’hui les routes du pays ?
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Patriote française, je ne peux que m’incliner devant la mémoire du Père Pierre al-Raï, qui disait avant de mourir dans son village de Qalyaa : « Cette terre compte énormément pour nous. Ce ne sont pas seulement des terres que nous avons trouvées : nos grands-parents y ont travaillé durement, ils les ont cultivées au prix de leur sueur et de leurs efforts, et ils ont beaucoup sacrifié pour les préserver. »
Israël a donc le droit de se défendre
Héritière des engagements diplomatiques de la France, je ne peux accepter que les terres saintes du sud du Litani servent de base avancée à l’Iran pour menacer Israël et sa population. En trahissant encore une fois les aspirations pacifiques des Libanais le 1er mars dernier, le Hezbollah a prouvé qu’il n’avait d’autre allégeance que celui du fanatisme des mollahs.
Israël a donc le droit de se défendre et d’annihiler la milice du Hezbollah. Mais cette opération doit être absolument circonscrite à ce seul objectif, dans le dialogue avec tous les partenaires régionaux et occidentaux, et en respectant les principes de proportionnalité et de loyauté dans la conduite des opérations militaires.
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La France, l’Union européenne et les États-Unis doivent rappeler que ni l’occupation, ni la colonisation du territoire du Liban ne seront acceptables pour les alliés d’Israël. Je sais les sacrifices des véritables résistants du Liban. Il n’y a donc pas que la morale et les conventions internationales qui exigent que votre intégrité soit respectée. Il y a ces années de larmes et d’héroïsme qui exigent qu’on les honore. Vos amis français ne l’oublient pas.

