Je me suis réveillé et personne ne votait comme il fallait

Je me suis réveillé.
J’ai regardé les infos.
Et moi j’ai compris un truc.
Aujourd'hui, c’est jour de vote.
220 624 électeurs appelés aux urnes.
33 communes.
297 bureaux de vote.
La démocratie version tableur Excel.
En Province Sud, ils sont 153 447.
Dont 68 860 à Nouméa.
Province Nord : 44 545.
Îles : 22 432.
Bref.
Tout le monde peut voter.
Pas de corps électoral spécial.
Juste être inscrit.
Donc aujourd'hui.
Carte d’électeur.
Ou pas.
Mais surtout une pièce d’identité.
Carte d’identité.
Passeport.
Permis de conduire.
Carte de combattant.
Sauf dans quatre communes.
Bélep. Farino. Moindou. Sarraméa.
Là, même pas besoin.
Je me suis dit :
C’est pratique.
Ensuite j’ai essayé de comprendre le mode de scrutin.
Scrutin de liste.
Conseillers élus pour six ans.
Et ensuite…
Ce sont eux qui choisissent le maire.
Donc tu votes.
Mais en fait…
Tu votes pour des gens qui voteront à ta place.
J’ai respiré.
Dans les petites communes.
Moins de 1000 habitants.
Un seul tour.
Proportionnelle.
Pas de panachage.
Pas de vote préférentiel.
En gros.
Tu choisis la liste.
Et la mathématique choisit le reste.
Dans les grandes communes.
Deux tours possibles.
Majorité absolue.
Sinon deuxième tour.
10 % pour se maintenir.
5 % pour fusionner.
50 % des sièges en prime à la liste gagnante.
J’ai relu la phrase.
Deux fois.
Ensuite j’ai vu le nombre de listes.
141 listes.
Record.
Trois communes explosent le compteur :
Nouméa. Païta. Ouvéa.
Et ailleurs.
Parfois c’est simple.
Deux listes.
Ponerihouen. Pouembout. Touho.
Là au moins,
la démocratie est rapide.
Pendant ce temps,
le Haut-Commissariat a pris des mesures.
Interdiction de boire de l’alcool dans la rue.
Interdiction de transporter des armes.
Interdiction de vendre de l’alcool à emporter.
En résumé :
on vote.
Mais sobrement.
Entre deux infos,
j’ai vu aussi que le Betico est encore en panne.
Turbo cassé.
Pièce en Australie.
Retour peut-être le 30 mars.
Donc pour aller aux îles :
pas de bateau.
Et pour l’avion…
les aérodromes sont bloqués.
Donc pour voter ailleurs…
bonne chance.
Pendant ce temps,
un vol Aircalin Nouméa-Papeete est reporté.
Pièce introuvable.
Dans le monde entier.
Je me suis dit :
les machines aussi votent pour l’abstention.
J’ai aussi appris qu’on avait organisé
un village des droits des femmes.
Check-up santé.
Prévention.
Consultations gratuites.
Parce que les maladies cardiovasculaires
tuent près de 200 femmes par jour en France.
Je ne savais pas.
Ensuite j’ai vu une cérémonie.
135 ans de l’arrivée des premiers travailleurs asiatiques en Nouvelle-Calédonie.
Je me suis dit :
l’histoire aussi a ses listes électorales.
Puis j’ai vu des puces nautiques.
Des gens qui vendent des bouts de bateaux.
Des cannes à pêche.
Des morceaux de guindeau.
Recyclage.
Système D.
La mer version Le Bon Coin.
Et des pompiers ont organisé un challenge de montée de corde.
Des équipes.
De la sueur.
De l’esprit d’équipe.
Au moins eux…
ils montent.
Ensuite j’ai vu l’international.
Un soldat français tué en Irak.
Une attaque de drones.
Et le président qui dit :
la France n’est pas en guerre.
J’ai trouvé la phrase…
intéressante.
Puis j’ai vu que l’Australie
pioche dans ses réserves de carburant.
Parce qu’il y a des pénuries.
Et puis le sport.
Le grand chelem demain.
France-Angleterre.
Et Antoine Dupont qui dit
que gagner des compétitions,
ça donne confiance.
Je me suis dit :
les élections aussi.
Normalement.
Alors j’ai regardé l’heure.
8 h – 18 h.
Les bureaux ouvrent.
Les électeurs arrivent.
Les bulletins tombent.
Les enveloppes s’empilent.
Et à 18 h 30…
les résultats.
Et moi j’ai compris un truc.
aujourd'hui
Tout le monde va voter.
Tout le monde va commenter.
Tout le monde va expliquer la démocratie.
Et lundi…
tout le monde retournera râler.
Bref.
