Moyen-Orient : l’armada américaine renforcée par deux nouveaux navires et une possible projection de troupes aéroportées

Donald Trump affirme être en négociation avec Téhéran pour mettre fin au conflit. Dans le même temps, Washington renforce son dispositif militaire avec près de 5 000 hommes supplémentaires.
Nicolas Cuoco 25/03/2026

L’USS Tripoli aurait embarqué les 2 200 marines et devrait arriver vendredi au large de l'Iran. © DR
Près d’un mois après le déclenchement de la guerre en Iran, des renforts américains s’apprêtent à rejoindre la zone. Dès vendredi, l’USS Tripoli et deux navires transport de chaland de débarquement, en provenance du Japon, devraient arriver au large du Moyen-Orient. Le premier cité figure parmi les plus modernes de la flotte américaine. Mis en service en 2012, long de 256 mètres, il est présenté comme un porte-hélicoptères d’assaut, mais il peut également embarquer une dizaine d’avions de chasse F-35 à décollage vertical.
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« Ces appareils jouent un rôle clé : ils assurent un appui en cas d’engagement de troupes au sol et peuvent frapper des installations sensibles dans le détroit d’Ormuz », explique au JDD un officier. « Avec l’USS Tripoli, les États-Unis introduisent dans le théâtre iranien l’un de leurs navires les plus performants », ajoute-t-il, alors que le bâtiment dispose aussi de 16 hélicoptères et d’aéronefs de transport hybrides capables d’acheminer des troupes.
Au-delà de sa puissance aérienne, il possède des capacités amphibies lui permettant de projeter environ 2 500 Marines, issus d’unités d’élite. Une question se pose dès lors : ces forces pourraient-elles constituer les premières troupes américaines engagées dans une éventuelle opération terrestre au Moyen-Orient ? « C’est un effectif important, mais insuffisant pour envisager un débarquement d’ampleur », tempère un militaire. Selon le Wall Street Journal, l’USS Tripoli transporterait des soldats de la 31e unité expéditionnaire des Marines, basée à Okinawa. « Ces unités sont spécialisées dans la prise de positions littorales et insulaires », précise un expert.
5 000 soldats supplémentaires
Si l’hypothèse d’une intervention terrestre semblait encore improbable au début du conflit, Donald Trump entretient le flou sur ses intentions. Interrogé jeudi dernier dans le Bureau ovale, il a assuré ne pas vouloir déployer de « troupes nulle part », avant d’ajouter : « Si je le faisais, je ne vous le dirais certainement pas. » Dans le même temps, un autre porte-hélicoptères du même type, l’USS Boxer, accompagné de deux navires supplémentaires, a quitté la Californie cette semaine. L’ensemble devrait rejoindre les abords du détroit d’Ormuz d’ici une quinzaine de jours, avec à son bord environ 2 500 Marines.
Des troupes d'élite bientôt aéroportées ?
Ce déploiement porterait à près de 5 000 le nombre de soldats engagés dans cette nouvelle force navale, sans compter le groupe aéronaval déjà présent dans la région depuis le début des hostilités. « Ces Marines ne sont pas envoyés pour faire de la figuration », a confié un responsable israélien au Washington Post dans un article publié dimanche. Selon cette source, le dispositif américain viserait notamment à « s’emparer d’une île stratégique et du détroit », en référence à l’île de Kharg, point de départ d’environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes.
Une telle opération permettrait, selon lui, de priver Téhéran d’une part essentielle de ses revenus et de le contraindre à rouvrir le détroit d’Ormuz. Parallèlement, plusieurs unités aéroportées d’élite seraient en cours de mobilisation, dont la 82e division aéroportée de l’US Army. Selon le New York Times, quelque 3 000 militaires issus de sa « force de réaction rapide » – une brigade capable d’intervenir partout dans le monde en moins de 18 heures – pourraient être déployés pour mener une opération de conquête sur ce territoire iranien. Cette unité mythique est célèbre notamment pour son engagement lors du débarquement du 6 juin 1944.
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Cette unité dispose d’un avantage opérationnel majeur : sa capacité à intervenir de nuit par parachutage. Elle reste toutefois limitée par l’absence d’équipements lourds, notamment de blindés. Un autre scénario, jugé plus probable par la presse américaine, évoque une prise d’assaut de l’île de Kharg par environ 2 500 Marines de la 31e unité expéditionnaire, acheminés par l’USS Tripoli. Spécialisés dans les opérations amphibies, ils sécuriseraient l’île avant que des unités du génie ne remettent en état les infrastructures aéroportuaires, permettant l’acheminement de renforts et de matériels lourds par avions C-130.
Une telle opération au sol resterait néanmoins extrêmement risquée. Les forces américaines ne disposeraient pas, dans ce contexte, de capacités suffisantes de défense antimissile ou antidrone, ce qui les exposerait directement aux frappes iraniennes. « Les plans militaires sont élaborés avec prudence », soulignent des responsables américains cités anonymement par le New York Times. Ils précisent qu’aucun ordre d’intervention n’a été donné à ce stade par le Pentagone ni par le Commandement central américain, qui a refusé de commenter.

