Aircal au bord du décrochage : Didier Leroux tire la sonnette d’alarme
Ancien président d’Aircal, pilote et fin connaisseur du secteur aérien, Didier Leroux sort du silence. Dans une interview sans détour, il dresse un constat sévère de la situation actuelle de la compagnie. Entre dérives de gestion, décisions politiques contestées et enjeux stratégiques majeurs, il alerte sur un risque réel de disparition.
Une entreprise fragilisée, entre erreurs de gestion et choix politiques
Didier Leroux ne cherche pas à simplifier le débat : selon lui, la situation d’Aircal est le résultat d’un enchevêtrement de responsabilités.
À la fois des erreurs internes et des décisions politiques ont conduit à la fragilisation de la compagnie. Il pointe notamment le transfert progressif des activités vers Tontouta, qui, selon lui, profite davantage à la Nouvelle-Calédonie qu’à la compagnie elle-même.
Ces mesures avantagent plus la Nouvelle-Calédonie que la compagnie Aircal, et ça au détriment des passagers
Ce déplacement des opérations est perçu comme une décision opaque, dont les conséquences concrètes pourraient être lourdes pour les usagers, contraints de rallonger leurs trajets.
Le spectre d’une gestion défaillante
L’ancien dirigeant insiste sur une réalité qu’il juge implacable : une entreprise déficitaire est condamnée si rien ne change.
Une société qui perd de l’argent, elle ne trouve pas de crédit auprès des banques
Pour lui, Aircal est engagée dans une spirale dangereuse, aggravée par des choix passés qu’il qualifie de coûteux et mal encadrés. Il dénonce notamment un manque de supervision des équipes dirigeantes.
Si on met des gens incompétents à certains postes, il faut mettre des gens compétents pour les surveiller
Un constat qui dépasse largement le cas d’Aircal et renvoie, selon lui, à un problème systémique de gouvernance.
Tontouta : solution ou écran de fumée ?
Le transfert vers Tontouta est loin de faire consensus dans son analyse. Didier Leroux y voit davantage une tentative de masquer des erreurs passées qu’une véritable solution structurelle.
Le transfert vers Tontouta, je ne suis pas certain que ce soit une vraie solution
Il redoute notamment une baisse de fréquentation et une dégradation de l’expérience passager. Pour lui, d’autres leviers existent, notamment autour de la continuité territoriale, dont il estime le dispositif aujourd’hui mal calibré.
Un redressement encore possible, mais sous conditions strictes
Malgré un diagnostic sévère, Didier Leroux n’exclut pas un redressement, à condition d’engager des réformes profondes.
Il évoque plusieurs pistes : réduction des effectifs, recours à la sous-traitance, mais surtout une remise à niveau urgente des capacités techniques.
Pour lui, la priorité absolue est claire : restaurer la fiabilité des opérations.
Une compagnie qui n’a pas une certaine fiabilité dans les vols, on ne la redressera pas
Sans régularité ni confiance des passagers, aucun modèle économique ne peut tenir.
Magenta, un enjeu stratégique vital
Au-delà des considérations financières, Didier Leroux insiste sur un point fondamental : le rôle stratégique de l’aéroport de Magenta.
Il rappelle qu’en mai 2024, en pleine crise, cet aéroport a permis d’éviter l’isolement total de Nouméa.
Magenta a sauvé Nouméa de l’isolement total du reste du monde
Pour lui, supprimer ou affaiblir cette infrastructure serait une erreur majeure, mettant en danger la continuité territoriale et la sécurité du territoire.
Un système à bout de souffle
Au fil de l’entretien, le constat dépasse largement Aircal. Didier Leroux dénonce un mode de gouvernance basé sur des logiques de réseaux plutôt que de compétences.
On cherche les copains […] et pas les compétences
Selon lui, cette dérive explique en grande partie les difficultés rencontrées par plusieurs grandes structures locales.
Il pointe également les limites humaines du système calédonien.
On a toutes les compétences d’un pays, mais on a les ressources humaines d’un petit village
Une formule choc qui résume, selon lui, le décalage entre les ambitions institutionnelles et les capacités réelles du territoire.
Repenser l’avenir, loin des clivages
Enfin, Didier Leroux appelle à dépasser les divisions politiques pour se concentrer sur les enjeux concrets.
On ferait mieux de s’occuper des gens
Il plaide pour une approche pragmatique, basée sur des discussions constructives entre acteurs de bonne volonté, au-delà des oppositions traditionnelles.
Il faut apprendre à s’aimer les uns les autres
Un appel à l’apaisement et à la reconstruction, dans un contexte où la défiance et les fractures continuent de fragiliser le territoire.
Malgré tout, il affiche une forme d’optimisme.
J’ai confiance […] on finira tous par s’entendre
Reste à savoir à quel horizon.

