Mobilité : le UC-FLNKS rattrapé par son bilan

Depuis des années, le secteur des transports en Nouvelle-Calédonie est présenté comme stratégique, structurant, indispensable à la cohésion du territoire. Pourtant, dans les faits, il est surtout devenu le symbole d’un immobilisme politique chronique. Et pour cause : le portefeuille des transports est détenu de manière quasi continue par des membres du groupe UC-FLNKS au sein des exécutifs successifs.
Le dépôt, ce mercredi 1er avril 2026, d’une proposition de délibération visant à créer une commission spéciale sur l’avenir du transport et de la mobilité soulève donc une question simple : faut-il y voir un sursaut… ou l’aveu d’un échec massif ?
Une commission pour constater ce qui est déjà connu
La proposition portée par Omayra Naisseline, Reine Hue, Isabelle Bearune, Kadrilé Wright, Pierre-Chanel Tutugoro et Mathias Waneux s’appuie sur un constat largement documenté : désorganisation, fragmentation des compétences, absence de stratégie globale.
Mais ce diagnostic n’a rien de nouveau. Depuis la signature des Accords de Matignon-Oudinot et la mise en place progressive des compétences locales via la loi organique de 1999, les outils existent, les responsabilités sont clairement établies et les alertes se sont multipliées.
La répartition des compétences est connue :
La Nouvelle-Calédonie pilote l’aérien domestique et le transport routier.
Les provinces gèrent certaines dessertes maritimes locales.
L’État reste compétent pour les liaisons internationales.
Autrement dit, le cadre institutionnel est en place depuis plus de vingt ans. Pourtant, la coordination fait défaut.
Le Schéma global des transports et de la mobilité (SGTM), lancé dès 2013, devait précisément répondre à cette problématique. Or, en 2026, ce document n’a toujours pas été adopté par le Congrès. Une situation difficilement justifiable après plus d’une décennie de travaux.
Créer une commission pour établir un diagnostic déjà posé par les institutions, les rapports publics et les acteurs économiques revient donc à entériner le retard plutôt qu’à le corriger.
Un secteur en crise… sous responsabilité politique directe
La réalité du terrain est sans appel : tous les modes de transport sont aujourd’hui en difficulté.
Dans l’aérien domestique, la situation d’Air Calédonie est critique. La compagnie, pilier de la desserte intérieure depuis 1955, fait face à des difficultés financières majeures, au point de mettre en péril la continuité territoriale.
Dans le même temps, Air Loyauté, chargée des dessertes vers les îles depuis 2003, voit son activité interrompue en raison de problèmes techniques liés aux moteurs de ses appareils. Résultat : des populations isolées, des liaisons suspendues, une économie locale fragilisée.
À l’international, Air Calédonie International reste un outil stratégique. Pourtant, là encore, la Chambre territoriale des comptes alerte depuis plusieurs années sur l’absence de stratégie claire et de délibérations structurantes.
Le maritime n’est pas épargné. Le BETICO 2, seul navire assurant la desserte passagers entre Nouméa, les îles Loyauté et l’île des Pins, souffre de vétusté et de limites opérationnelles connues depuis des années.
Sur le terrestre, la situation est tout aussi préoccupante. Le SMTU, en charge du réseau Tanéo dans le Grand Nouméa, est jugé par la Chambre territoriale des comptes comme étant dans une situation financière « très compromise » avant même la crise de 2024.
Quant au SMTI, il souffre de fragilités juridiques dans sa gouvernance, liées à une organisation institutionnelle contestable.
Face à cet empilement de crises, une évidence s’impose : les difficultés actuelles ne relèvent pas d’un manque de diagnostic, mais d’un déficit de décision politique.
Le paradoxe UC-FLNKS : agir après avoir laissé faire
C’est là que réside le cœur du problème. Les élus à l’origine de cette proposition appartiennent à un groupe politique qui, depuis des années, détient les leviers du secteur des transports au sein du gouvernement calédonien.
Dès lors, comment expliquer qu’une commission soit aujourd’hui présentée comme la solution, alors même que :
les outils de planification existent déjà ;
les alertes institutionnelles ont été répétées ;
les responsabilités politiques sont clairement identifiées.
Le fait de déposer une telle proposition le 1er avril n’échappe à personne. Simple coïncidence ou symbole involontaire d’un système politique déconnecté des réalités ?
Car derrière cette initiative, une lecture plus critique apparaît nécessaire : plutôt que d’assumer un bilan, certains préfèrent relancer une nouvelle séquence de réflexion.
Or, dans un territoire insulaire comme la Nouvelle-Calédonie, la mobilité n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Elle conditionne l’accès aux soins, à l’éducation, à l’emploi et participe directement à la cohésion nationale.
Multiplier les commissions sans décisions concrètes revient à prolonger l’immobilisme tout en donnant l’illusion de l’action.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut diagnostiquer, mais quand agir réellement.
Car pendant que les rapports s’accumulent, les Calédoniens continuent de payer le prix d’un système à bout de souffle.

