Roussettes, notous : tolérance zéro pour les chasseurs hors-la-loi

La saison est lancée, mais pas question de faire n’importe quoi : la chasse reste un droit encadré, pas un laisser-faire.
Face aux dérives possibles, les autorités montent au créneau pour rappeler la loi et protéger le patrimoine naturel.
Une ouverture sous haute surveillance en Province Nord
Depuis le week-end du 4 avril, la chasse à la roussette et au notou est officiellement ouverte en Nouvelle-Calédonie, dans l’ensemble des trois provinces. Une pratique profondément ancrée dans les traditions locales, mais désormais strictement encadrée par les autorités.
En Province Nord, les choses sont claires : la gendarmerie de Koné s’est immédiatement mobilisée aux côtés des gardes nature pour assurer le respect de la réglementation. Des contrôles ont été menés sur plusieurs camps de chasse, notamment à proximité de zones sensibles comme les sites de nidification des roussettes.
Sur les routes également, les forces de l’ordre ont procédé à des vérifications ciblées, avec un objectif assumé : lutter contre les abus et prévenir toute dérive de type braconnage.
Car derrière cette mobilisation, un message politique et sécuritaire : la chasse, oui, mais dans le respect strict des règles de la République.
La période d’ouverture est limitée : seuls les samedis et dimanches du mois d’avril sont autorisés, avec une fermeture fixée au 26 avril. Les horaires sont également encadrés, de 30 minutes avant le lever du soleil à 30 minutes après le coucher.
Roussettes et notous : quotas stricts et espèces sous pression
Les règles ne laissent aucune place à l’interprétation. Chaque chasseur est limité à un quota maximal de 5 roussettes et 5 notous par jour. Ces plafonds visent à préserver des espèces fragiles, dont certaines sont aujourd’hui clairement menacées.
La roussette, notamment Pteropus ornatus et Pteropus tonganus, joue un rôle écologique majeur dans la pollinisation et la régénération des forêts. Sa reproduction lente – un seul petit par an – la rend particulièrement vulnérable à une pression de chasse excessive.
Même constat pour le notou (Ducula goliath), espèce endémique emblématique de la Nouvelle-Calédonie, dont la population est en recul. Ce pigeon géant, unique au monde, participe activement à la dispersion des graines en forêt.
La réglementation impose également des obligations précises :
• interdiction formelle de chasser en dehors des jours autorisés
• respect strict des zones de chasse
• interdiction de déplumer la tête et le cou du notou afin de permettre son identification
• interdiction totale de toute commercialisation des prises
En Province Nord, le transport du gibier est interdit en dehors des jours de chasse, contrairement à certaines tolérances en Province Sud.
Autre point clé : la chasse est interdite à proximité des campements de roussettes, sous peine d’être assimilée à une destruction de nid, une infraction grave.
Sanctions lourdes et enjeu écologique majeur
Ce cadre strict n’est pas symbolique : les sanctions sont bien réelles et particulièrement dissuasives. Les infractions les plus courantes, comme le non-respect des quotas ou des périodes, peuvent entraîner des amendes allant jusqu’à 178 000 francs.
Mais pour les cas les plus graves, notamment le braconnage ou la revente illégale, les peines peuvent atteindre plusieurs millions de francs, assorties de poursuites pénales. Le matériel de chasse et les prises peuvent également être saisis.
En Province Sud, certaines infractions sont passibles d’amendes pouvant atteindre 7 159 000 francs et de peines d’emprisonnement, preuve que les autorités ne transigent pas avec la protection de la biodiversité.
Car l’enjeu dépasse largement la simple pratique de la chasse. Il s’agit de préserver un équilibre écologique fragile, dans un territoire où certaines espèces sont uniques au monde.
Les roussettes assurent la dispersion des graines et la pollinisation, essentielles à la survie des forêts. Le notou, lui, est un maillon clé de l’écosystème forestier. Leur disparition aurait des conséquences directes sur l’environnement calédonien.
Dans le même temps, la chasse reste une pratique culturelle et alimentaire profondément ancrée, notamment en Brousse et dans les îles. Toute la difficulté réside donc dans cet équilibre entre tradition et responsabilité.
C’est précisément ce que rappellent les autorités : la liberté de chasser implique le respect des règles.
Il reste encore trois week-ends avant la fermeture de la saison. Passé le 26 avril, toute chasse redeviendra strictement interdite.
Dans ce contexte, le message est limpide : tolérance zéro pour les dérives, fermeté maximale pour protéger le patrimoine naturel calédonien.

