Présidentielle 2027 : les primaires de retour malgré leur impopularité ?

STRATÉGIE. De Laurent Wauquiez à Olivier Faure en passant par Gérald Darmanin, une partie des responsables politiques plaident en faveur d’une primaire pour choisir le candidat de leur camp à la présidentielle. Ce mode de désignation n’ayant pas bonne réputation semble revenir en force.
Quentin Gérard 08/04/2026

Laurent Wauquiez, Olivier Faure et Gérald Darmanin. AFP / © Joel Saget / Bertrand Guay
Le soir du dimanche 16 octobre 2011, François Hollande savoure son triomphe. Au siège du Parti socialiste, rue de Solférino, il apparaît, bras levés en V, aux côtés de sa rivale Martine Aubry. Quelques minutes plus tôt, les résultats sont tombés : le président du Conseil général de Corrèze a largement remporté la primaire de la gauche avec plus de 56 % des suffrages. Cette victoire constitue la première haie d’une course qui le conduira, six mois plus tard, jusqu’à l’Élysée. C’est, à ce jour, la dernière consécration d’un président de la République passé par l’étape des primaires.
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En 2017, la gauche mais aussi la droite tentent de réitérer l’expérience réussie. La première avec une nouvelle « primaire citoyenne », remportée par Benoît Hamon face à Manuel Valls. La seconde avec une primaire de la droite ouverte au Parti chrétien-démocrate de Jean-Frédéric Poisson et au Centre national des indépendants et paysans. Elle voit la victoire de François Fillon sur Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Mais aucun des deux camps ne parvient finalement à se hisser au second tour de l’élection présidentielle. En 2022, les candidats désignés par les primaires – Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Christiane Taubira – pâtissent d’un échec encore plus lourd. De quoi nourrir une formule désormais répandue : les primaires seraient de véritables « machines à perdre ».
Le moyen le plus efficace ?
Mais voilà que les mal-aimées semblent faire leur retour à l’approche de 2027. Tant à droite qu’à gauche ou au centre, de nombreuses personnalités politiques exhortent leur camp à mettre en œuvre une primaire. Bien souvent avec le même argument : elle serait la seule solution afin d’éviter un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. « On court à la catastrophe sinon », jure le député de Paris Sylvain Maillard, favorable à une primaire ouverte du centre et de la droite. À l’instar de 90 élus – comme la porte-parole du gouvernement Renaissance Maud Bregeon ou le ministre de la Ville LR Vincent Jeanbrun – ayant récemment signé une tribune appelant le socle commun au « sursaut ».
Dans un paysage politique fragmenté, la primaire s’impose comme l’un des rares leviers susceptibles de porter un candidat au second tour. Tandis que le Rassemblement national semble en mesure d’y accéder sans grande difficulté, la conquête de la seconde place s’annonce disputée. Affaiblis, les partis traditionnels, comme Les Républicains ou le Parti socialiste, peuvent être enclins à ratisser plus large que leur simple base électorale. À un an de la présidentielle, l’incertitude principale reste toutefois le périmètre de ces primaires. Par exemple, si une partie des personnalités politiques de la droite souhaite un candidat unique avec le bloc central, certains envisagent d’autres dispositifs.
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Le chef des députés les Républicains, Laurent Wauquiez, plaide pour l’organisation d’une primaire ouverte allant de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, comme le maire de Cannes, David Lisnard. À l’inverse, le président du parti, Bruno Retailleau, s’y montre hostile : l’ancien ministre de l’Intérieur défend l’idée d’un candidat ancré à droite, au risque de ne pas atteindre le second tour. Même refus du côté d’Édouard Philippe, maire du Havre, et de Gabriel Attal, président de Renaissance, qui préfèrent miser sur une dynamique dans les sondages pour imposer naturellement leur candidature et rallier les autres prétendants. Les défenseurs des primaires sont souvent des figures de second plan. Pour eux, ce mécanisme représente une rare opportunité de bénéficier du soutien de mouvements structurés et d’un large vivier de sympathisants.
À gauche, le débat est tout aussi vif. Lancée il y a plusieurs mois, l’idée d’une « primaire unitaire » semble aujourd’hui s’essouffler. Seuls les partis composant le groupe écologiste à l’Assemblée nationale – les Écologistes, L’Après, Debout ! et Génération.s – y ont adhéré. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, souhaite s’y engager, mais il est isolé au sein de sa formation. Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, a récemment mené la fronde contre cette orientation. Un vote des sympathisants, prévu avant l’été, devra trancher. « Il est nécessaire de parvenir à un candidat unique de la gauche non-mélenchoniste. Les candidatures se multiplient, mais aucune ne s’impose véritablement », estime le député socialiste Pierrick Courbon auprès du JDD. Sans s’en dire fervent partisan, il en reconnaît l’utilité : « Elles sont le moyen le plus efficace de départager des ambitions concurrentes. » Si la primaire reste décriée, elle apparaît encore comme l’ultime recours pour trancher entre différentes candidatures d’un spectre politique.

