Affaire Lyhanna : le procès de la justice

La France est sous le choc. Une enfant de 11 ans assassinée, des alertes ignorées, et une colère qui ne faiblit pas.
Alors que l’émotion submerge le pays, la question n’est plus seulement judiciaire : elle est devenue profondément politique.
Obsèques sous tension : une famille brisée face à l’emballement national
Les obsèques de la jeune Lyhanna se tiendront vendredi à Fleurance, dans le Gers, à 14 h 30, dans la plus stricte intimité. Une décision prise par la famille, relayée par leur avocat, François Roujou de Boubée, pour préserver un dernier moment de dignité face à une médiatisation devenue massive.
La collégienne de 11 ans, retrouvée morte le 4 juin dans une exploitation agricole désaffectée, est devenue malgré elle le symbole d’un drame qui dépasse désormais le simple fait divers. Derrière le recueillement, une réalité brutale s’impose : la mort de Lyhanna a déclenché une onde de choc nationale.
Les rassemblements se multiplient. Après les 60 000 personnes réunies partout en France, une nouvelle marche blanche s’est tenue à Saint-Jean-d’Angély, à l’appel des grands-parents de la victime. À Fleurance, ils étaient déjà 6 000, dimanche, à rendre hommage à l’enfant.
Mais derrière ces hommages, une question revient avec insistance : comment un tel drame a-t-il pu se produire malgré les signalements ?
Justice débordée ou défaillante : le cœur d’une crise politique
Le principal suspect, Jérôme B., avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures. Certaines ont été classées sans suite, une réalité qui alimente aujourd’hui une colère massive contre les institutions judiciaires.
L’avocat de la famille n’a pas mâché ses mots :
Les moyens qu’on accorde à la justice et à leur efficacité, c’est le vrai cœur du problème, a-t-il lancé, interpellant directement Emmanuel Macron.
Dans un climat déjà explosif, il a également dénoncé les annonces du gouvernement, notamment l’étude en urgence de 70 000 plaintes impliquant des enfants. Une mesure qualifiée de « poudre de perlimpinpin », symbole, selon lui, d’une réponse politique déconnectée de la réalité du terrain.
Le débat devient frontal. D’un côté, ceux qui dénoncent des dysfonctionnements structurels et un manque criant de moyens. De l’autre, des voix comme celle du bâtonnier de Paris, Louis Degos, qui rappellent une évidence : le seul responsable direct reste le meurtrier présumé.
Une ligne de fracture qui révèle un malaise profond dans la société française. Car au-delà de la responsabilité individuelle, c’est bien la capacité de l’État à protéger ses citoyens les plus vulnérables qui est désormais mise en cause.
Macron sous pression : réponses politiques et aveux d’impuissance
Face à la tempête, l’exécutif tente de reprendre la main. Emmanuel Macron a reconnu qu’il fallait aller « plus vite et plus fort » pour protéger les enfants, admettant implicitement les limites des dispositifs actuels.
Le président a notamment pointé un retard dans l’éloignement des agresseurs présumés, reconnaissant que les efforts engagés n’étaient pas à la hauteur des enjeux.
Dans le même temps, le gouvernement multiplie les annonces. Le retrait du « plaider-coupable » criminel du projet de réforme de la justice, décidé par Gérald Darmanin, traduit une volonté d’apaisement face à la fronde parlementaire.
Le Premier ministre a également promis un décret imminent rendant obligatoire la motivation des classements sans suite dans les affaires de crimes sexuels sur mineurs. Une mesure attendue, mais qui pose une question essentielle : pourquoi avoir attendu un drame pour agir ?
Enfin, un nouveau rebondissement judiciaire est venu alourdir le climat. Le frère du principal suspect a été mis en examen pour viols dans des affaires distinctes, révélant un environnement familial particulièrement préoccupant.
Dans cette affaire, une certitude s’impose : la mort de Lyhanna marque un tournant. Elle met en lumière les failles d’un système sous tension, où la réponse pénale semble parfois en décalage avec la gravité des faits.
Et surtout, elle rappelle une exigence fondamentale : protéger les enfants ne peut plus être une promesse politique. Cela doit devenir une priorité absolue, concrète et immédiate.
(Crédit photo : PHILIPPE LOPEZ / AFP)

