Provinciales : l'Éveil océanien change de cadre

Depuis sa création en 2019, l'Éveil océanien se définissait comme un parti charnière, ni indépendantiste, ni loyaliste, capable de s'allier avec l'un ou l'autre selon les enjeux. En 2026, son président a changé de cadre. Sans se déclarer indépendantiste, il a annoncé vouloir "empêcher la droite de siéger". Dans le paysage politique calédonien, cette droite a un visage : les loyalistes.
2019 : la charnière à géométrie variable
L'Éveil océanien naît en mars 2019, porté par des dirigeants issus de la communauté wallisienne et futunienne. Sa ligne de départ est claire : refuser le cadre structurant de la politique calédonienne (indépendance contre loyalisme) pour incarner une troisième voie. "On est un parti charnière, qui ne veut pas être enfermé dans un bloc ou dans un autre", résumait alors Milakulo Tukumuli.
Dès les premières semaines suivant les provinciales de mai 2019, l'EO illustre concrètement ce positionnement. Les voix de ses élus permettent l'élection de la loyaliste Sonia Backès à la présidence de l'Assemblée de Province Sud. Quelques jours plus tard, au Congrès, les mêmes élus apportent leurs suffrages à l'indépendantiste Roch Wamytan, lui permettant d'accéder à la présidence de l'institution.
Deux votes. Deux camps opposés. Le même mois.
C'est la définition en actes du parti pivot : ni assigné à un camp, ni prévisible, capable de peser dans n'importe quelle configuration majoritaire. En 2021, après avoir quitté l'intergroupe UC-FLNKS au Congrès, l'EO soutenait à nouveau un candidat loyaliste à la présidence de l'assemblée, au nom de "l'équilibre des forces".
2026 : un nouveau cadre
Le 13 juin 2026, interrogé sur NC1ère lors du journal télévisé, Milakulo Tukumuli confirme et explique des propos tenus lors de son meeting de campagne à Païta le 25 mai, qui avaient suscité des réactions dans le microcosme politique.
"C'est sûr que ça fait réagir quand je dis que je veux empêcher la droite de siéger, mais je pense que quand on est de gauche, c'est un objectif noble."
Il précise sa définition : "La pensée de droite, c'est protéger ou privilégier les classes aisées. Moi, je suis de gauche, dans mon ADN, au plus profond de moi, dans mon éducation."
Ce n'est plus le cadre indépendance/loyalisme. C'est le cadre droite/gauche - celui de la politique métropolitaine française, transposé en Nouvelle-Calédonie.
Ce que ce glissement produit
Le changement de cadre n'est pas anodin. Tant que l'EO évoluait dans le débat indépendance/loyalisme en refusant de s'y enfermer, il pouvait théoriquement s'allier avec n'importe quel camp selon les circonstances. C'était précisément ce qui faisait de lui un acteur central - et imprévisible.
En adoptant le clivage droite/gauche, Milakulo Tukumuli redéfinit ses adversaires. Dans ce nouveau cadre, la "droite" qu'il entend combattre n'est pas définie par sa position sur l'indépendance, mais par sa relation aux classes aisées. Or, dans le paysage politique calédonien de 2026, les formations que ce cadre désigne naturellement comme "la droite" sont les loyalistes.
Le résultat est mécanique : sans se déclarer indépendantiste, sans rompre formellement avec son positionnement centriste historique, le président de l'EO a réduit lui-même l'éventail de ses alliances post-électorales possibles. Les formations avec lesquelles une alliance reste cohérente dans son nouveau cadre sont le centre et les indépendantistes - pas les loyalistes.
Le parti charnière entre indépendantistes et loyalistes devient ainsi le parti qui, sans se déclarer indépendantiste, annonce ne pouvoir s'allier qu'avec eux.
Ce qu'il dit par ailleurs
Sur NC1ère, Milakulo Tukumuli a également qualifié le 13 mai de "révolte politique, mais surtout sociale", et placé son programme dans une logique de protection des quartiers populaires. Il a ciblé nommément les loyalistes sur le dossier des bureaux de vote supprimés et sur les amendements rejetés au Congrès.
Lors du meeting de Païta, il avait affiché un objectif arithmétique : réduire le nombre de sièges de la droite non indépendantiste en Province Sud, estimant que les loyalistes et leurs alliés pourraient descendre à 18 sièges contre 20 en 2019.
L'Éveil océanien présente sa liste "Un autre monde est possible" en Province Sud, conduite par Milakulo Tukumuli. Le scrutin est fixé au 28 juin.
