Automobile : les Français basculent vers l’électrique

Deux dynamiques s’entrechoquent : une reprise du marché automobile… et une mutation forcée vers l’électrique.
Derrière les chiffres flatteurs, une réalité plus contrastée se dessine pour les automobilistes français.
Un marché automobile en reprise… mais encore affaibli
En juillet, le marché automobile français affiche une hausse de 9 %, avec 126 808 immatriculations enregistrées, a indiqué ce samedi 1er août la Plateforme automobile (PFA). Un chiffre qui pourrait donner l’impression d’un retour à la normale, mais la réalité est bien plus nuancée. Les volumes restent largement inférieurs à ceux d’avant la crise sanitaire, avec un retard de plus d’un quart par rapport à juillet 2019.
Depuis le début de l’année, 983 974 voitures neuves ont été immatriculées, soit une progression de 2,65 % par rapport à 2025. Une croissance réelle, mais modeste, qui confirme que le secteur peine encore à retrouver son niveau d’avant-Covid. Le marché redémarre, mais sans retrouver sa puissance passée, signe d’une transformation profonde de la consommation automobile.
Dans ce contexte, la hausse des ventes ne traduit pas seulement un regain économique, mais aussi une recomposition du marché. Les habitudes changent, les contraintes réglementaires s’intensifient, et les choix des consommateurs évoluent sous pression.
L’électrique progresse fortement, poussé par les aides publiques
La véritable rupture se joue du côté des motorisations. Les voitures 100 % électriques représentent désormais 35 % des ventes en juillet, soit 44 378 véhicules. Une progression notable, même si les hybrides restent majoritaires avec 48 % des immatriculations.
Sur l’ensemble de l’année, l’électrique capte 29 % du marché, contre 50,5 % pour les hybrides. Une tendance claire se dessine : la transition énergétique s’accélère, mais elle reste progressive et largement dépendante des dispositifs publics.
Le lancement, le 16 juillet, de la nouvelle version du leasing social joue un rôle déterminant. Ce dispositif, destiné aux ménages modestes, permet de faciliter l’accès à des véhicules électriques à moindre coût. Sans ces aides, la dynamique actuelle serait bien plus limitée, ce qui pose la question du modèle économique réel de cette transition.
Comme l’a souligné une analyste du secteur, l’effet d’entraînement des aides publiques et des offres des constructeurs accélère mécaniquement la bascule vers l’électrique. Autrement dit, le marché ne bascule pas uniquement par choix, mais aussi sous impulsion politique et financière.
Constructeurs français et concurrence étrangère : un équilibre fragile
Dans ce contexte de mutation, les constructeurs français résistent et progressent. Le groupe Renault enregistre une hausse de 9,5 %, tandis que Stellantis progresse de 7,2 %. Derrière ces chiffres, des dynamiques contrastées : Renault bondit de 21,9 %, compensant la baisse de Dacia (-10,9 %).
Chez Stellantis, Citroën (+17,3 %) et Fiat (+53,5 %) tirent la croissance, tandis que Peugeot progresse plus modestement (+6,7 %). Une situation qui montre que la bataille industrielle reste ouverte, y compris sur le marché national.
Mais un autre phénomène mérite attention : la montée en puissance des marques chinoises. En juillet, elles représentent 8 % des immatriculations, avec 9 935 véhicules vendus. Certaines marques ont même plus que doublé leurs volumes en un an, signe d’une percée rapide et structurée.
Cette concurrence internationale s’inscrit dans un contexte particulier. Alors que la France subventionne massivement l’électrique, une partie de la demande bénéficie à des constructeurs étrangers, posant la question de la souveraineté industrielle.
Le marché automobile français est donc à un tournant. Entre soutien public, transition énergétique et concurrence mondiale, la croissance actuelle masque des fragilités profondes. La voiture électrique progresse, mais son essor repose encore largement sur des politiques incitatives, dans un marché qui, lui, n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-crise.
(Crédit photo : site Plateforme Automobile)

