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Au delà du récif

Hué à Paris, écouté au Porge

18 septembre 2026 à 13:00
5 min de lecture
Hué à Paris, écouté au Porge

Résumé IA

Deux mois après les incendies qui ont ravagé 42 000 hectares en Gironde, Marine Le Pen se rend jeudi au Porge pour rencontrer des sinistrés, toujours logés en mobile home. La visite intervient après celles de plusieurs candidats, tandis qu'un nouveau départ de feu a réveillé les craintes. La candidate évoque les "défaillances" des secours et les difficultés de reconstruction, notamment pour les assurances.

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Quarante-deux mille hectares partis en fumée, 250 maisons rayées de la carte. Deux mois plus tard, des familles vivent toujours en mobile home.
Au Porge, jeudi, Marine Le Pen est venue écouter ce que l'État n'a pas su entendre.

Une commune frappée deux fois, et un défilé de candidats

Trois mille cinq cents habitants. Plus de 180 maisons détruites sur les 250 que compte le bilan girondin. Le Porge n'est pas un décor de campagne : c'est une commune qui compte encore ses pertes.

Marine Le Pen s'y est rendue jeudi 17 septembre, auprès des sinistrés et des professionnels éprouvés par les feux de l'été. Le hasard du calendrier a rendu la visite plus lourde encore : dimanche, un nouveau départ d'incendie a réveillé les mêmes réflexes et les mêmes peurs, avant d'être rapidement fixé. Moins de deux mois après les 42 000 hectares parcourus en Gironde.

Une dizaine d'habitants de la commune et des environs l'attendaient. Pour parler du drame, mais surtout de la suite : la reconstruction, celle qui se discute désormais dossier par dossier, permis par permis.

Ils ont l'habitude des visites. David Lisnard pour Les Républicains, Olivier Faure pour le Parti socialiste, François Ruffin pour Debout! : tous sont passés avant elle dans ce bourg landais. Ce vendredi, c'est l'Insoumis Éric Coquerel qui s'y rend, dans le cadre d'une mission parlementaire sur le coût des incendies.

Un seul déplacement a tourné court. Sébastien Lecornu avait tenté. Il fut largement hué par la population, et il n'y eut pas de dialogue. Dans une commune où le Rassemblement national est arrivé en tête des derniers scrutins nationaux, le symbole n'a échappé à personne.

Les assurances, les normes, et ceux qui attendent

La rencontre s'est tenue chez une habitante dont la maison, en bord de route, est restée intacte. Marine Le Pen a commencé par le procès-verbal des manquements : elle a « parlé de ce qui n'a pas fonctionné, voire dysfonctionné », évoquant des « défaillances » dans les opérations de secours.

Puis les témoignages.

À un homme qu'elle interroge sur son relogement, la réponse tombe, sans emphase. Les assurances, explique-t-il, ne savent pas si son terrain est reconstructible. Donc rien. « Nous n'avons droit à rien, il faut attendre », déplore-t-il. En attendant, il vit dans un mobile home.

Voilà le vrai scandale girondin. Pas le feu, qui relève de la nature et de la malchance. Mais l'interminable purgatoire administratif qui suit le feu, où un sinistré qui ne demande ni pitié ni allocation mais l'autorisation de rebâtir se heurte à des services incapables de lui dire s'il en a le droit. Ces gens-là ne se plaignent pas. Ils demandent qu'on les laisse travailler.

Marine Le Pen en a tiré sa lecture de l'écologie, qui est aussi une lecture de l'État. Les forestiers, a-t-elle souligné devant les habitants, sont confrontés à « une série de normes, d'interdictions, de contraintes ». Avant, « ils connaissaient leurs forêts et savaient quoi faire ». Aujourd'hui, ce sont « des gens dans des bureaux » qui viennent leur expliquer le contraire.

Le sujet n'est pas neuf. Il est simplement devenu visible à la lumière des flammes : une forêt entretenue par ceux qui en vivent brûle moins qu'une forêt administrée à distance.

Un ancien pompier devenu lanceur d'alerte était également présent. Son sujet : les conditions de travail des soldats du feu, et notamment la faible protection des masques censés les préserver des fumées toxiques des incendies. On envoie des hommes au contact du brasier avec des équipements que l'un des leurs juge insuffisants. Cela mérite mieux qu'un communiqué.

Au Temple, la reconstruction économique en ligne de mire

Après les habitants, les producteurs. À la mairie voisine du Temple, la favorite des sondages pour la présidentielle 2027 a échangé plus d'une heure avec des élus, des sylviculteurs, des agriculteurs et des acteurs du monde économique, aux côtés de représentants du MEDEF, de la CPME, de la chambre d'agriculture de Gironde et de la coordination rurale. Objectif affiché : se « faire une opinion sur les priorités et les urgences ».

Car la Gironde sinistrée n'est pas qu'un paysage. C'est un appareil productif tourné vers l'agriculture, la viticulture et la sylviculture, dont la remise en route conditionne tout le reste.

À ses côtés se tenait Edwige Diaz, candidate aux élections sénatoriales, qui espère décrocher le 27 septembre un fauteuil inédit pour son parti en Gironde, département où le RN a déjà remporté deux communes lors des municipales.

Deux inquiétudes ont dominé la discussion.

La première, assurantielle. Marine Le Pen a répété craindre que « les assurances se retirent de la course à l'avenir, avec des maisons impossibles à assurer ». Un risque qui, s'il se matérialise, condamnerait des territoires entiers à l'inhabitable légal.

La seconde, budgétaire. L'angoisse d'un « non-vote du budget » plane sur les exonérations et les aides promises par l'État aux sinistrés girondins. Elle l'a balayée d'une formule qui vaut position : « Même imparfait, il faut qu'il y ait un budget. »

Traduction : à Paris, on peut se payer le luxe des postures. Au Porge, non.

(Crédit photo : Stephanie Lecocq / REUTERS)