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Au delà du récif

Zemmour : « Je serai candidat »

18 septembre 2026 à 10:00
6 min de lecture
Zemmour : « Je serai candidat »

Résumé IA

Éric Zemmour annonce sa candidature à la présidentielle, porté par Reconquête, avec Sarah Knafo à ses côtés. Il critique les économies budgétaires annoncées, propose des baisses de dépenses et des mesures sur le carburant, tout en durcissant ses positions sur l'immigration et les retraites.

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Sept mois avant le premier tour, le fondateur de Reconquête a fini par lâcher le mot que ses partisans attendaient.
Un seul : candidat.

L'annonce et la leçon de 2021

Jeudi 17 septembre, invité de « Face à BFM », Éric Zemmour a annoncé qu'il serait candidat à l'élection présidentielle.

L'annonce est faite. L'officialisation, non. L'ancien journaliste se dit engagé dans un processus de candidature, formule volontairement prudente qui lui laisse la maîtrise du tempo.

Une incertitude, en revanche, est levée. Ce sera lui, et non Sarah Knafo, qui portera les couleurs de Reconquête. L'hypothèse d'une concurrence interne au sommet du parti s'arrête là.

Il en fait même un atout de campagne. Sa compagne, devenue l'une des voix les plus offensives de cette famille politique, mènera la bataille à ses côtés ; il décrit leur tandem comme le plus cohérent de la course à l'Élysée et lui promet un rôle de premier plan.

Reste la question que tout le monde se posait : pourquoi tant de circonspection, après une entrée en campagne fracassante il y a cinq ans ?

La réponse relève de l'autocritique.

En 2021, reconnaît-il, il est parti trop vite, emporté par une dynamique qu'il n'avait ni construite ni anticipée. Ni parti structuré, ni signatures sécurisées, ni programme abouti : l'élan populaire avait tenu lieu de stratégie, et le désordre s'était installé à la place de la méthode.

D'où le récit qu'il veut imposer pour 2027.

Là où l'improvisation avait coûté cher, il revendique désormais un maillage territorial installé et une année entière de travaux programmatiques. L'argument est moins idéologique que gestionnaire : ce n'est pas la ligne qui change, c'est l'appareil.

Autrement dit, une candidature qui se présente comme l'inverse exact de la précédente. Non plus un surgissement, mais une machine.

Carburant et budget : la crédibilité par les chiffres

Quelques heures avant l'émission, Sébastien Lecornu avait annoncé 54 milliards d'euros d'économies sur le budget de l'État et de la Sécurité sociale pour 2027.

Le jugement du patron de Reconquête a été immédiat, et sans nuance : du bricolage, des mesurettes.

Sa critique repose sur une soustraction plutôt que sur une posture. Ces 54 milliards, explique-t-il, servent d'abord à absorber près de 39 milliards d'augmentations que le Premier ministre subit sans pouvoir les réduire, héritage des dettes accumulées sur les deux derniers quinquennats. Beaucoup d'affichage, donc, pour très peu de trajectoire réelle.

Face à cela, il place la barre nettement plus haut.

140 milliards d'euros de baisses de dépenses publiques, annoncées avec Sarah Knafo. Deux leviers sont cités explicitement : la suppression des aides personnalisées au logement pour les personnes étrangères, et la suppression de 800 000 postes de fonctionnaires sur cinq ans.

Puis est venu le sujet qui, ces dernières semaines, remplit les stations-service d'une colère sourde.

Le carburant flambe. Zemmour concède la part du contexte géopolitique, mais déplace aussitôt la responsabilité vers l'État, qu'il accuse de profiter indûment de la hausse des prix pour gonfler ses recettes fiscales.

Sa réponse est donc fiscale, et chiffrée.

Baisser d'un tiers l'accise sur les produits pétroliers, l'ancienne TICPE, soit environ 27 centimes de moins à la pompe. Supprimer les certificats d'économie d'énergie, qu'il évalue à 42 centimes. Le résultat annoncé : un litre ramené de 2,15 à 1,80 euro. Un niveau qu'il ne présente même pas comme satisfaisant, simplement comme supportable.

Le coût pour les finances publiques, qu'il estime à 12 milliards d'euros, serait compensé par de nouvelles coupes budgétaires.

Sur les mobilisations en cours, il ne prend aucune distance : la colère est légitime.

Immigration, laïcité, retraites : une droite sans concession

Sur ses terrains d'origine, aucun recul, et une volonté manifeste de tenir la position la plus nette du champ politique.

Sur la laïcité, il se déclare favorable à l'interdiction du voile dans l'espace public, mesure proposée par le Rassemblement national, sur laquelle il estime que le parti de Marine Le Pen a reculé et étend le principe jusqu'à l'interdiction de la kippa dans la rue.

La cohérence qu'il revendique tient à une définition : la laïcité comme obligation de discrétion dans l'espace public. Il écarte le cas de la croix, dont le port ostensible ne constitue selon lui pas une réalité sociale, et assume une supériorité historique et culturelle du christianisme en France au nom de la tradition. La priorité, cependant, demeure le voile.

Sur les métiers en tension, il refuse l'argument économique du recours à l'immigration.

Son schéma est celui d'une substitution. Conserver temporairement une cinquantaine de milliers de travailleurs, sous contrats courts et réversibles, le temps de remettre au travail des millions de chômeurs insuffisamment formés : fin du collège unique, orientation précoce vers les métiers manuels, plafonnement du RSA à trois ans, réforme profonde des allocations chômage.

Il y ajoute un horizon technologique, formulé dans des termes qui ont marqué le plateau : la robotisation plutôt que le travailleur étranger, y compris pour le maintien à domicile des personnes âgées.

Les retraites appellent selon lui une rupture de modèle. La répartition est condamnée par la démographie ; il plaide une bascule progressive vers la capitalisation, regrettant l'absence de fonds de pension dès le milieu des années 1980, et assume un allongement de la durée du travail jusqu'à 64 voire 65 ans. Il souligne lui-même que cela l'oppose frontalement à Marine Le Pen.

Le désaccord, d'ailleurs, n'a rien de technique.

Il maintient son diagnostic de 2021 : la candidate du RN relève d'une gauche souverainiste, socialiste en économie et progressiste sur les questions de société. Tout accord électoral est écarté, au motif qu'elle ne pratiquerait pas l'alliance mais la vassalisation. Il regrette néanmoins que Marine Le Pen comme Bruno Retailleau rejettent l'union des droites qu'il appelle.

Sur l'international, une inflexion mérite d'être notée. Admirateur de Vladimir Poutine en 2018, il reconnaît s'être trompé et avoir sous-estimé sa capacité à passer à l'acte. Il juge qu'aucun des deux camps ne peut gagner la guerre et estime que la France, alliée de Kiev mais liée à Moscou par des siècles de relations, pourrait tenter une médiation, imputant l'échec français à l'inconstance d'Emmanuel Macron. Face à Fabien Roussel, qui réclamait la veille un arrêt de l'économie de guerre, il prend le contrepied : trente ans de désarmement imprudent justifient au contraire l'effort de réarmement.

Le débat qui a suivi, face à Jean-François Copé, a été plus rude.

L'ancien patron des Républicains lui a reproché de s'inscrire dans la pensée de Charles Maurras plutôt que dans l'héritage gaulliste, de désigner un bouc émissaire et de nourrir mécaniquement la montée de Jean-Luc Mélenchon.

Zemmour a retourné l'accusation vers la politique migratoire des trente dernières années, évoquant un passage de 100 000 à 500 000 entrées légales par an et renvoyant la coresponsabilité à son contradicteur.

(Crédit photo : François BOUCHON / Le Figaro)