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Le Caillou emprunte deux fois moins

18 septembre 2026 à 09:00
4 min de lecture
Le Caillou emprunte deux fois moins

Résumé IA

La Nouvelle-Calédonie emprunte deux fois moins qu’avant les émeutes de 2024, avec 22,8 milliards de francs de crédits au deuxième trimestre 2026, en hausse de 8,2 % sur un an. Les ménages relancent l’activité via l’immobilier, tandis que les crédits aux entreprises chutent de 10,4 %, selon les données de l’IEOM.

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Vingt-deux milliards huit cents millions de francs. Le chiffre semble solide, jusqu'à ce qu'on le compare à l'avant-émeutes.

Deux ans après, la Nouvelle-Calédonie emprunte de nouveau, mais la moitié du chemin reste à parcourir.

Une reprise réelle, mais un pays qui tourne à moitié régime

Les chiffres publiés le 16 septembre par l'IEOM, la banque centrale du franc Pacifique, ne laissent guère de place aux illusions.

Au deuxième trimestre 2026, la production de crédits hors découverts accordés aux particuliers, aux sociétés non financières et aux entrepreneurs individuels s'établit à 22,8 milliards de francs CFP. C'est mieux qu'avant. C'est surtout 49 % seulement de la moyenne des dix années qui ont précédé les émeutes.

Autrement dit, le Caillou emprunte deux fois moins qu'à l'époque où l'économie fonctionnait normalement.

La tendance, elle, va dans le bon sens. Sur un trimestre, la hausse reste modeste : +2,7 %, soit 0,6 milliard supplémentaire. Sur un an, la progression est plus nette, à +8,2 %, ce qui représente 1,7 milliard de plus. L'institut d'émission le résume sobrement : le crédit se redresse, à l'image de l'économie calédonienne, tout en restant très en deçà de ses niveaux d'avant la crise de 2024.

Ce qui tire la machine ? Les ménages. Pas les entreprises.

Les Calédoniens reprennent confiance dans la pierre

C'est la vraie bonne nouvelle de ce trimestre.

Les crédits accordés aux particuliers atteignent 9,8 milliards de francs, en hausse de 14,4 % en trois mois. Le moteur est clair : l'habitat, qui bondit de 25,1 %, soit un milliard de plus sur la période.

Sur un an, le mouvement devient spectaculaire. La production de crédits aux ménages grimpe de 46,7 %, avec 3,1 milliards supplémentaires. Les prêts immobiliers s'envolent de 73,7 %, soit 2,2 milliards de plus. Les crédits à la consommation suivent, dans une moindre mesure, avec +27,6 %.

Il faut mesurer ce que cela signifie. Emprunter pour acheter ou construire un logement, c'est parier sur l'avenir. C'est décider de rester, de s'installer, de transmettre. Après les destructions et l'incertitude, voir des familles s'engager de nouveau sur quinze ou vingt ans n'a rien d'anodin.

Sur les douze derniers mois, l'habitat pèse d'ailleurs 48 % des nouveaux crédits aux particuliers, contre 46 % pour les prêts personnels et la consommation.

Mais le recul reste vertigineux. Selon les graphiques de l'IEOM, les crédits immobiliers aux particuliers dépassaient les 16 milliards au premier trimestre 2023. Ils tournent aujourd'hui autour de 5 milliards.

La reprise existe. Le rattrapage, lui, est encore une promesse.

Les entreprises, grandes absentes de la relance

Côté entreprises, le tableau est nettement moins flatteur.

La production de crédits aux sociétés non financières s'élève à 12,4 milliards de francs, en baisse de 4,6 % sur le trimestre. Les crédits de trésorerie progressent pourtant de 15,6 %. Insuffisant : les crédits d'équipement chutent de 17,1 %, soit 1,2 milliard de moins. Quant aux crédits immobiliers des entreprises, ils végètent à 0,3 milliard.

Sur un an, la dégradation s'accentue. Les crédits aux SNF reculent de 10,4 %, soit 1,4 milliard perdu, principalement parce que la trésorerie a fondu de près d'un tiers (-30,6 %).

Le signal est préoccupant. Quand les entreprises n'empruntent plus pour investir dans des machines, des véhicules ou des outils de production, c'est l'emploi de demain qui se joue. Sur un an, l'équipement représente pourtant encore 47 % des nouveaux crédits aux sociétés, devant la trésorerie échéancée (29 %) et l'escompte (12 %).

Les entrepreneurs individuels, eux, affichent un bilan contrasté. Leur production de crédits, de 0,6 milliard, baisse de 6,9 % sur le trimestre. Mais sur un an, elle progresse de 12,5 %, portée par les crédits d'équipement en hausse de 48,3 %. Artisans, commerçants, indépendants : ceux qui travaillent à leur compte continuent d'investir, malgré tout.

Le constat de fond demeure. Les ménages ont commencé à reconstruire. Le tissu productif, lui, attend encore des raisons de le faire.

Ces données reposent sur une base exhaustive d'environ 96 200 déclarations d'établissements de crédit et de sociétés de financement installés en Nouvelle-Calédonie. Difficile de faire plus solide.

Et difficile, aussi, de ne pas y lire l'addition durable des émeutes de 2024.

(Crédit photo : IEOM)