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Mémoire

Le casse du siècle… en 1792

17 septembre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Le casse du siècle… en 1792

Résumé IA

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 1792, des pillards dérobent plus de 9 000 pierres précieuses au Garde-Meuble national à Paris, dont le « Grand Diamant Bleu » et le « Régent ». Malgré les alertes du ministre de l'Intérieur Roland et de Restout, la protection du site était insuffisante.

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Il y a 234 ans, jour pour jour, la France se faisait dépouiller de ses trésors les plus précieux.
Pas par une armée étrangère, mais par des voyous profitant d'un Paris livré au chaos.

Un trésor national abandonné au désordre

Nuit du 16 au 17 septembre 1792.

Une patrouille de police remarque une agitation suspecte devant le Garde-Meuble national, à l'angle de l'actuelle place de la Concorde et de la rue Saint-Florentin. Elle interpelle une poignée de malandrins. Dans leurs poches, quelques diamants de piètre qualité.

Rien de très spectaculaire, à première vue.

Sauf que le bâtiment est fermé. Cadenassé depuis l'arrestation de Louis XVI, le mois précédent. Une précaution élémentaire dans une capitale où l'ordre public s'est effondré et où chaque nuit apporte son lot de violences.

Les policiers montent dans les étages.

Sous les lambris dorés des salles de réception, le spectacle est accablant : restes d'orgies, bouteilles vidées, mobilier royal saccagé. Le cœur du patrimoine français a servi de taverne à des pillards.

L'enquête va vite. Elle révèle que plusieurs bandes se sont relayées sur place depuis le 11 septembre, chacune emportant ce qui lui tombait sous la main.

Le bilan donne le vertige. Plus de 9 000 pierres précieuses ont disparu, l'équivalent de 7 tonnes d'or. À cela s'ajoutent des pièces d'une valeur inestimable, parmi lesquelles le « Grand Diamant Bleu », le « Sancy », le « Miroir du Portugal » ou encore le « Régent », estimé à lui seul à douze millions de livres.

Car ce trésor n'était pas une simple collection. L'inventaire commandé en 1791 par l'Assemblée nationale constituante recensait plus de 10 000 pierres : diamants, perles, rubis, émeraudes, topazes, saphirs. Une richesse patiemment constituée par les rois de France depuis le XVIe siècle, comprenant le « Grand Saphir » de Louis XIV. L'ensemble valait environ 23 millions de livres.

Des siècles d'histoire de France, laissés à la merci du premier venu.

Un casse annoncé, une autorité aux abonnés absents

Le plus révoltant, c'est que tout le monde savait.

Roland, ministre de l'Intérieur, et Restout, chargé de la sécurité du Garde-Meuble, avaient tiré la sonnette d'alarme. Dans le climat d'insécurité qui régnait alors à Paris, ils jugeaient la protection du lieu nettement insuffisante. L'alerte est restée lettre morte.

Le mode opératoire, lui, n'a rien de sophistiqué.

À la faveur de la nuit, une bande menée par un certain Paul Miette escalade la façade à l'aide de cordes, en prenant appui sur les réverbères de la place de la Révolution. Les voleurs atteignent le balcon du premier étage, à l'abri des regards. Ils brisent un carreau, puis percent le volet intérieur du salon où dorment les bijoux.

Ce trou est d'ailleurs toujours visible aujourd'hui.

La plupart des pillards sont rapidement appréhendés. Dix-sept seconds couteaux passent en jugement. Huit sont reconnus coupables de « conspiration tendant à spolier la République » et condamnés à la guillotine ; cinq seront exécutés, sous l'accusation de menées contre-révolutionnaires.

Mais sur place, les enquêteurs tiquent. Les serrures des armoires n'ont pas été forcées. Et comment une quarantaine de fripons ont-ils pu opérer quatre soirs de suite, emportant des biens d'une telle valeur, sans alerter le moindre membre du personnel ?

La question reste posée.

Danton, Valmy et le mystère du diamant bleu

Dans un Paris enfiévré par la chute de la monarchie et les massacres de Septembre, les rumeurs ne tardent pas.

On soupçonne les ministres girondins. On cite Roland. On murmure surtout le nom de Danton, alors ministre de la Justice, qui aurait fait remettre des joyaux au duc de Brunswick, commandant des troupes prussiennes d'invasion, pour obtenir son retrait. La victoire de Valmy en aurait découlé.

Aucune preuve n'est jamais venue étayer cette thèse. Elle demeure une hypothèse, rien de plus.

Une autre explication, plus prosaïque, s'impose au regard du contexte : l'insécurité généralisée. Du 2 au 6 septembre, les massacres ont ensanglanté la capitale. Parmi les victimes figure Thierry de Ville d'Avray, dernier intendant du Garde-Meuble. L'homme chargé de veiller sur le trésor était mort une semaine avant le début du pillage.

Voilà ce que produit un pouvoir qui laisse la rue imposer sa loi : les gardiens tombent, les voyous se servent.

L'épilogue apporte un peu de consolation. La plupart des bijoux sont retrouvés deux ans plus tard. Le Régent, lui aussi, est récupéré.

Le Bleu de France connaîtra un autre destin. Il réapparaît vingt ans après, en Angleterre, entièrement retaillé. Il porte désormais le nom de « diamant Hope ». L'espoir, en anglais.

Une ironie cruelle pour un joyau que la France n'a jamais revu.

(Crédit photo : Didier Plowy - CMN)