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NBM recule, l'usine du Sud tremble

11 septembre 2026 à 06:17
5 min de lecture
NBM recule, l'usine du Sud tremble

Résumé IA

Sonia Backès, présidente de la province Sud, écrit à Emmanuel Macron pour demander une décision rapide de l'État sur l'usine du Sud. Le repreneur NBM renonce à présenter une nouvelle offre dans les conditions actuelles, pointant la flambée du soufre et les exigences sur les experts chinois.

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L'avenir de l'usine du Sud se joue maintenant. Et Sonia Backès hausse le ton.
Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, la présidente de la province Sud demande à l'État de trancher, sans délai.

Le coup de semonce de New Battery Metals

Le signal est brutal.

Le 10 septembre, New Battery Metals (NBM) a écrit au Comité interministériel de restructuration industrielle. Le message tient en une phrase : dans les conditions actuelles, le repreneur renonce à présenter une nouvelle offre de reprise de Prony Resources.

Pour Sonia Backès, c'est un avertissement d'une extrême gravité pour la Nouvelle-Calédonie.

La présidente de la province Sud n'a pas attendu. Elle a pris la plume et écrit directement au président de la République. Une démarche qu'elle reconnaît elle-même inhabituelle. Sur Facebook, elle confie préférer d'ordinaire les messages Telegram ou WhatsApp. Mais cette fois, estime-t-elle, l'heure est grave.

L'enjeu dépasse de loin un simple dossier industriel. L'usine du Sud fait vivre des milliers de familles calédoniennes. Elle fait tourner tout un tissu de sous-traitants. Elle pèse d'un poids déterminant dans l'économie du territoire.

Et la situation se détériore. Pour financer ses achats de soufre jusqu'à la fin de l'année, l'usine va devoir ralentir sa production. Un choix lourd de conséquences, pour son activité comme pour ses finances, qui risque d'aggraver les difficultés qu'une reprise devait justement résoudre.

Chaque semaine perdue réduit les chances de redressement.

Soufre, experts chinois : l'État tient les clés

Sur Facebook, Sonia Backès ne prend pas de gants. « Le processus de reprise de l'usine du Sud est à la croisée des chemins », écrit-elle. Et pour elle, c'est l'État qui détient « la boussole et le chéquier ».

Son constat est sévère. Depuis des mois, l'État et le repreneur émirati négocient. À chaque fois que l'accord semblait proche, de nouvelles conditions sont tombées.

Que l'État fixe ses exigences, l'élue le comprend parfaitement. C'est lui qui paie, puisque les ventes des usines calédoniennes se font « à prix négatif ». Elle partage d'ailleurs la ligne rouge sur l'actionnariat : pas de Chinois au capital. Ce qu'elle conteste, c'est la méthode. Les règles du jeu auraient dû être fixées dès le départ, y compris l'exclusion des entreprises chinoises de l'accompagnement technique, au lieu d'être ajoutées au fil de l'eau.

Pendant ce temps, tout a bougé. Selon elle, le prix du soufre a été multiplié par quatre à cause du conflit dans le détroit d'Ormuz. Remplacer les techniciens chinois représente un coût significatif. Et l'entreprise ne fonctionne plus qu'avec une gouvernance provisoire, suspendue à une décision qui ne vient pas.

Dans son courrier, elle rappelle avoir alerté l'État depuis de nombreuses semaines. Elle a renouvelé cette alerte auprès d'Emmanuel Macron lui-même la semaine dernière, comme auprès des responsables nationaux rencontrés lors de la mission transpartisane à Paris. Son diagnostic est net : les discussions à rallonge sur les experts chinois et les exigences ajoutées par l'État ont retardé le projet.

NBM, de son côté, pointe deux obstacles. D'abord la flambée du soufre liée aux tensions à Ormuz, sans cadre de soutien public disponible dans les délais. Ensuite les exigences sur la composition du consortium technique, avec le remplacement tardif d'ENFI, le partenaire chinois initialement retenu pour l'ingénierie du redressement.

Ormuz, personne ne le maîtrise. Mais sur le reste, l'État dispose de leviers directs.

Le premier est financier. Il s'agirait de compenser l'écart entre le prix du soufre prévu dans le plan de reprise et celui dicté par les tensions internationales. De quoi rendre au repreneur la visibilité dont il a besoin.

Le second est politique. La présidente de la province Sud demande une décision rapide sur les compétences techniques chinoises, en insistant sur une distinction de fond : recourir à de l'expertise et de l'ingénierie n'a rien à voir avec l'actionnariat ou le contrôle de l'entreprise. Protéger le capital ne doit pas conduire à bloquer l'expertise dont l'usine a besoin.

La porte reste entrouverte. NBM se dit prêt à revoir sa position si une visibilité suffisante lui est apportée sur ces deux points. Sonia Backès demande donc au chef de l'État de faire arrêter, dans les tout prochains jours, une position claire sur les partenaires techniques et sur l'accompagnement économique du projet.

Le nickel, une promesse présidentielle à honorer

Pour appuyer sa demande, Sonia Backès renvoie Emmanuel Macron à ses propres mots.

Le 23 juillet 2023, à Nouméa, devant des milliers de Calédoniens, le président décrivait le nickel comme « une ressource stratégique majeure pour la France et l'Europe ».

Ces paroles engagent l'État, rappelle-t-elle. Sans décisions rapides et courageuses, c'est la crédibilité de la parole publique qui serait en jeu, tout comme la capacité de l'État à tenir ses engagements envers ses citoyens, même éloignés de l'Hexagone.

Le calendrier renforce encore la pression. Stéphane Séjourné, ancien ministre de l'Europe et des Affaires étrangères devenu vice-président de la Commission européenne, doit prochainement se rendre en Nouvelle-Calédonie. Il y portera l'ambition européenne de sécuriser les approvisionnements en matières premières critiques. Le nickel en fait partie.

Laisser se dégrader l'usine du Sud au moment où l'Europe veut reconquérir sa souveraineté industrielle ? Pour Sonia Backès, ce serait une contradiction politique et stratégique majeure. Et un coup porté aux intérêts de la France.

Sur le site, les salariés tiennent bon. Les équipes font tout leur possible, sans bruit, pour faire tourner l'outil de production. Mais le manque de visibilité, souligne la présidente, atteint l'entreprise en profondeur.

Sa lettre se termine sans détour :

Nous ne disposons plus du temps nécessaire pour différer ces choix.

Les solutions existent, martèle-t-elle. C'est possible.

Reste à Paris de trancher.

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(Crédit photo : AFP)