Aller au contenu
0%
L'actualité locale

Le Nord face à ses propres indicateurs

10 septembre 2026 à 14:00
5 min de lecture
Le Nord face à ses propres indicateurs

Résumé IA

La province Nord ouvre lundi la quatrième édition du Mois du Climat, du 14 septembre au 16 octobre 2026, avec pour thème la résilience climatique. Neuf mairies participent, dont Dau Ar, Koumac, Vook (Voh), Koné et Pouembout, avec un concours de mascotte pour les écoles. Le Plan Climat Énergie, adopté en 2019, devait être évalué après cinq ans, mais aucun bilan public n’a encore été publié.

Aa

Sept ans après son adoption, le Plan Climat Énergie de la province Nord entre dans sa saison des comptes.
Un mois d'événements, 63 actions promises, et une question qui dérange : où en est-on vraiment ?

Un programme dense, porté par les communes plus que par les discours

Un mois entier consacré au climat, du 14 septembre au 16 octobre 2026. La province Nord, avec le concours de l'ADEME, ouvre lundi la quatrième édition de son Mois du Climat. Thème retenu cette année : la résilience climatique.

Le principe est simple. Pendant un mois, la collectivité et ses partenaires, communes, associations, acteurs économiques regroupent leurs actions au même endroit, au même moment, pour donner de la visibilité à ce qui se fait autour du Plan Climat Énergie de la province Nord.

La méthode a du sens. Elle a aussi ses limites, sur lesquelles nous reviendrons.

La Semaine de l'Écomobilité revient, avec le Challenge Écomobilité Inter collectivités « Cap Vers Zéro », porté par l'Agence Calédonienne de l'Énergie.

Des actions s'inscrivent dans le cadre de la Fête de la Science.

Et surtout, les mairies entrent dans la danse : Dau Ar, Koumac, Vook (Voh), Koné, Pouembout, Nékö-Poya, Canala, auxquelles s'ajouteront Pweevo et Kaa Wi Paa. Les différentes directions provinciales apporteront elles aussi leurs initiatives.

C'est peut-être là l'essentiel. Quand une politique publique descend jusqu'à l'échelon communal, elle cesse d'être une abstraction. Un maire de brousse qui organise une opération de plantation ou une campagne sur les feux, c'est plus efficace qu'un colloque de plus à Nouméa.

Le temps fort annoncé de cette édition ? Un concours de mascotte du Plan Climat Énergie, avec la participation des écoles du Nord. Les votes s'ouvrent le lundi 14 septembre sur la page Facebook du dispositif.

On sourira. On aurait tort.

Faire dessiner des enfants, c'est modeste, c'est concret, et c'est infiniment plus utile que les discours culpabilisateurs qu'on sert habituellement à la jeunesse. On n'éduque pas une génération en lui expliquant qu'elle est condamnée. On l'éduque en lui donnant quelque chose à construire.

Le PCEPN : ce que le document dit vraiment

Revenons aux faits, parce qu'ils sont têtus.

Le Plan Climat Énergie de la province Nord a été validé par délibération provinciale du 1er mars 2019. Son élaboration a mobilisé près de quarante organismes pendant deux ans. Deux sessions de concertation, en mars et en mai 2018, réparties volontairement sur quatre communes différentes : Koohnê, Koumac, Pwêêdi Wiimîâ, Ka wipa. Soixante-dix-sept participations enregistrées.

Trois étapes structurent la démarche. Un état des lieux en 2015, un bilan énergétique et gaz à effet de serre. Des prospectives à horizon 2030 et 2050. Puis un programme d'actions détaillé, établi pour cinq ans et révisable : six thématiques, dix-huit axes stratégiques, soixante-trois actions.

Deux objectifs affichés : atténuer les émissions, et s'adapter aux nouvelles conditions climatiques. Le livret le formule d'ailleurs avec justesse, si le changement est global, ses conséquences et ses solutions sont locales.

Maintenant, le chiffre que personne ne met en avant.

En 2015, le territoire de la province Nord a émis directement 755 000 tonnes équivalent CO2. Répartition : mines et métallurgie, 51 %. Déplacements de personnes, 26 %. Agriculture et pêche, 8 %. Résidentiel, 5 %. Tertiaire, 4 %. Autres industries, 3 %. Transport de marchandises, 2 %. Déchets, 1 %.

Relisez la première ligne.

Plus de la moitié des émissions directes du Nord vient d'un seul secteur. Le tri des déchets ménagers, lui, pèse un pour cent. Cela ne rend pas les écogestes inutiles, la sensibilisation a sa place, et le plan y consacre un axe entier. Mais cela impose une hiérarchie honnête. Le levier décisif est industriel et énergétique, pas domestique.

Le PCEPN ne l'ignore pas, à son crédit : son axe neuf porte précisément sur la performance énergétique des procédés, le mix énergétique et un cadre de compensation CO2. L'objectif chiffré est une baisse de 50 % de l'intensité énergétique de la métallurgie.

L'heure des comptes, pas des célébrations

Voilà où le bât blesse.

Le programme a été bâti pour cinq ans, avec une évaluation des actions prévue à échéance de cinq ans. Adopté en mars 2019, il aurait donc dû livrer son verdict autour de 2024. Une structure de concertation, le « Club Climat », était prévue pour porter le suivi partagé avec les acteurs du territoire.

Les objectifs, eux, sont datés et vérifiables. 100 % d'eau chaude sanitaire solaire en 2030. Plus de 10 % des toitures équipées en photovoltaïque. Part modale des transports en commun passant de 8 % à 30 %. Trois pour cent de rénovation du bâti par an à partir de 2030.

2030, ce n'est plus l'horizon lointain de 2019. C'est dans quatre ans.

Alors oui, un Mois du Climat est utile. Il fédère, il rend visible, il embarque les communes et les écoles. Mais une politique publique ne se juge pas au nombre de ses événements, elle se juge à ses indicateurs. Le PCEPN en a défini des dizaines, précis, chiffrés, opposables. C'est sa force. C'est aussi ce qui interdit de se contenter de communication.

Le contribuable calédonien, dans une période budgétaire que personne n'ose qualifier de confortable, est en droit de demander un bilan d'étape public et lisible. Pas un catalogue d'intentions : des chiffres, secteur par secteur, action par action.

Le Nord a fait le choix courageux de se doter d'un outil que peu de collectivités françaises d'outre-mer possèdent avec ce niveau de détail. Il serait dommage de laisser cet outil se transformer en décor.

Le rendez-vous est pris. Du 14 septembre au 16 octobre. Et après, il faudra publier les résultats.

(Crédit photo : page Facebook "Plan Climat Energie Province Nord")