Pas de salaires, pas d'internat

Résumé IA
Le collège de Taremen, à Maré, ferme son internat à partir du 14 septembre 2026, le personnel ATOSS cessant le travail faute de salaires versés. Les élèves internes sont renvoyés chez eux et passent en demi-pension, tandis que la direction évoque une situation « indépendante de notre volonté ».
Un courrier d'une page, daté du 9 septembre 2026. Et des dizaines de collégiens de Maré renvoyés chez eux dès le lendemain, 16 heures.
Derrière la formule administrative, une réalité sèche : l'internat ferme parce que les salaires n'ont pas été payés.
Un courrier d'une page, une rentrée qui déraille
Le document est signé de la direction du collège de Taremen et de l'ASEP MHT, l'Association scolaire de l'enseignement protestant Maré–Hnaran–Taremen. Objet : « Situation de l'internat et arrêt de travail du personnel ATOSS ». Le ton est administratif. Le contenu, lui, ne l'est pas.
Les salaires du mois d'août n'ont pas été versés. En conséquence, le personnel ATOSS, secrétaires, cantinières, techniciens, surveillants se met en arrêt de travail à compter du 11 septembre 2026.
Les dispositions tombent en cascade. Jeudi 10 septembre, les élèves internes sont « exceptionnellement libérés à 16 h » et doivent regagner leur domicile. Le collège, lui, reste ouvert et les cours sont maintenus. La cantine assure encore les repas de midi.
Puis vient la phrase que la direction a choisi d'écrire en rouge : à compter du lundi 14 septembre, l'internat est fermé jusqu'à nouvel ordre et l'ensemble des élèves passe en demi-pension.
Sur une île, cela ne signifie pas la même chose qu'à Nouméa. Maré n'est pas un quartier périphérique desservi par un réseau de bus. Les internes viennent des tribus, parfois de l'autre bout de l'île. La demi-pension imposée à tous suppose que chaque famille trouve, du jour au lendemain, une solution de transport quotidienne. Ou qu'elle renonce.
La direction promet de réévaluer la situation « en fonction de son évolution » et remercie les parents pour leur compréhension face à une situation « indépendante de notre volonté ».
C'est précisément là que la lecture doit commencer.
Quatre millions par mois, et un feuilleton qui dure depuis 2024
Taremen n'est pas un accident isolé. C'est un dossier connu, documenté, et déjà vécu.
Il faut rappeler le contexte. L'Alliance scolaire de l'Église évangélique, l'ASEE, a été liquidée administrativement le 21 décembre 2023 ; les établissements qu'elle encadrait ont été repris par huit associations désormais responsables de leurs finances, de leur recrutement et de leur fonctionnement administratif. Le collège de Taremen, son internat et son école sont entrés dans ce nouveau cadre au sein de l'ASEP MHT, une structure qui gère les fonds versés par les communes, la province des Îles et le gouvernement.
L'autonomie a été présentée comme un assainissement. Elle a surtout transféré la fragilité au plus près du terrain.
Dès février 2024, la même scène s'est jouée. L'association scolaire de l'enseignement protestant Hnaran-Taremen demandait alors à la province des Îles de verser sa subvention pour pouvoir payer les salaires ; son président Nelson Waheo évaluait le besoin à quatre millions de francs par mois, salaires et fournisseurs compris.
Quatre millions de francs. À l'échelle des budgets publics calédoniens, c'est une ligne d'écriture. À l'échelle d'un internat de Maré, c'est la différence entre accueillir des enfants et les renvoyer chez eux.
Et le mécanisme censé régler tout cela existe. La délibération 360 prévoit que le gouvernement contribue pour les lycées, les provinces pour les collèges, les communes pour le primaire, ces contributions couvrant les dépenses de personnel, de restauration et d'hébergement ainsi que les frais de siège. Sur le papier, la chaîne est claire.
La province des Îles a versé 95 millions de francs en 2025 pour les collèges, tout en rattrapant une subvention qui n'avait pas été honorée en 2024. Côté communes, plusieurs maires refusent d'appliquer la part que la délibération leur assigne, estimant qu'elle a été décidée sans leur accord et sans compensation financière.
Un texte voté, trois niveaux de collectivités, et des calendriers de versement qui ne se parlent pas.
Le maillon faible, lui, était identifié de longue date. Avant la délibération, les dépenses dites « facultatives » internat, cantine n'étaient encadrées par aucun texte. Et le forfait d'externat, financé par une dotation de l'État reversée par la Nouvelle-Calédonie, couvre l'eau, l'électricité, l'entretien, les salaires des non-enseignants, mais précisément hors cantine et internat.
Le trou est structurel. Il n'a jamais été comblé.
Le sujet n'est pas l'internat : c'est la ponctualité de l'argent public
On entendra, dans les jours qui viennent, le vocabulaire habituel. L'abandon. La relégation. L'oubli des îles.
Ce vocabulaire est confortable, et il passe à côté du problème.
L'État paie. En 2022, il a financé la rémunération des enseignants de l'enseignement privé calédonien à hauteur de 13 milliards de francs. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a engagé 2,6 milliards de francs en 2025 au titre de la délibération 360, dont 542 millions pour les lycées. Les montants existent, les compétences ont été transférées, le texte a été adopté par le Congrès.
Ce qui manque n'est pas la dépense publique. C'est la ponctualité, la coordination et la responsabilité assumée.
Un versement qui glisse de quelques semaines dans un bureau, c'est un salaire qui ne tombe pas à Tuo. Un salaire qui ne tombe pas, c'est un agent qui cesse le travail ce qui est son droit et un enfant qui rentre à la tribu.
La séquence est mécanique. Elle a déjà eu lieu. Elle recommencera tant que le circuit de financement de l'enseignement privé confessionnel restera ce mille-feuille où chacun peut renvoyer la charge au suivant.
Rappelons ce que ce réseau représente. L'enseignement privé scolarise historiquement près d'un tiers de la population scolaire calédonienne, et il a assuré cette mission dans des zones où l'école publique n'existait pas encore. Ce n'est pas une annexe du système éducatif calédonien. C'en est une colonne porteuse.
Et cette colonne a déjà fléchi ailleurs. En novembre 2025, les élèves de l'enseignement catholique ont connu une journée sans cantine, avant que le gouvernement ne demande publiquement la réouverture des cantines dans l'ensemble des établissements concernés.
Neuf mille élèves alors. Un internat aujourd'hui.
Les familles de Maré n'ont pas besoin de compassion institutionnelle. Elles ont besoin qu'un virement arrive à date. Que l'ASEP MHT dispose d'une trésorerie prévisible plutôt que d'une avance sur promesse. Que chaque collectivité signataire applique le texte sans attendre que le voisin bouge le premier.
Le collège reste ouvert. Les cours continuent. La direction a fait ce qu'elle pouvait avec ce qu'elle avait, et elle l'a écrit noir sur blanc aux parents.
Le problème n'est pas là où l'on ferme. Il est là où l'on paie.
Sur ce point, le courrier du 9 septembre ne dit qu'une chose : les salaires d'août n'ont pas été versés. Reste à savoir qui, dans la chaîne, viendra l'expliquer aux familles de Maré.

(Crédit photo : Vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie)

